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Théâtre - Zoé de Julie Timmerman : un texte magnifique, une quête personnelle émouvante

  • Écrit par : Xavier Paquet

zoéPar Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Comment grandir et se construire quand on est née de deux parents comédiens, qu’on est fille unique et qu’on a un amour immodéré pour son acteur de père dont les troubles psychologiques ne vous sautent aux yeux qu’une fois que l’enfant a laissé place à l’adulte ? Comment être soi-même quand on ne sait pas réellement qui est son père ?

Zoé raconte cette histoire, son histoire, de son enfance chérie à son monde d’aujourd’hui, de l’insouciance de la petite fille au regard plus cruel sur ses souvenirs de la femme quarantenaire elle-même devenue maman. Un père fou de théâtre, aimant, qui lui transmet sa culture et sa passion artistique ; une mère qui a plus de mal à assumer ses responsabilités et dont les sautes d’humeur régulent la vie familiale. Pourtant elles ne font qu’écho aux troubles paternels oscillant entre l’euphorie et la dépression, entre calme et violence intérieure, entre amour et haine.
La pièce chemine de manière chronologique et cible trois pans de la vie de Zoé, trois stades de sa construction personnelle et de la déconstruction du foyer familial, trois évolutions de la bipolarité du père. Zoé se définit dans l’amour qu’elle a pour ce père brillant et lumineux dont la solarité masque les passages plus troubles de son existence : elle a bien Victor, un ami d’école, mais qui n’a pas l’aura et la puissance de feu de son père.
Et puis l’armure se fissure laissant ressurgir les tourments intérieurs de la dépression : l’émerveillement laisse place à la peur alors Zoé décide de tout mettre en œuvre pour sauver son père. Les crises se répètent et le quotidien autrefois joyeux se ternit de jour en jour : au sein de ces montagnes russes, la petite fille tente de se construire une personnalité et d’explorer son propre chemin vers la liberté.
Le texte, magnifique, alterne scènes de la vie quotidienne avec un phrasé rythmé, intense et précis dans son rapport à la réalité et des fragments plus poétiques, plus tendres ou plus sombres sur les abîmes paternels ou la difficulté à devenir-soi-même. Il y a de l’émotion sur un récit très personnel, très intime tout en gardant des touches d’humour pour désaxer et ne jamais tomber dans le pathos.
La mise en scène en est le reflet avec un univers coloré, pétillant et riche en trouvailles et ingéniosité (les repas de salade mimés par des morceaux de tulle) et des jeux de lumière projetant l’inquiétude grandissante et le désespoir de cette famille désaxée. Les comédiens apportent de la fraicheur et de la puissance à l’ensemble dans des registres variés et une belle énergie collective : une mention spéciale à l’interprète de Zoé qui porte à elle-seule le fardeau de l’histoire familiale et apporte une touche singulière et authentique aux émotions bien réelles.
Malgré quelques longueurs, on suit avec passion cette quête d’un lâcher prise, d’une construction personnelle dans un monde où la norme est légion mais où l’amour se révèle un facteur d’émancipation et de révolte. Sur la base d’un complexe d’Oedipe très (trop) prononcé, Zoé se laisse porter par le regard au monde que lui offre son amour pour son père jusqu’à une rupture brutale quand il n’est plus celui qu’elle a admiré. Pourtant dans cette quête de soi, les racines restent bien plus que des souvenirs et un terreau où pousse notre arbre de vie.

Zoé 

Texte et mise en scène : Julie Timmerman
Dramaturgie : Pauline Thimonnier
Collaborateur artistique et conseiller musical : Benjamin Laurent
Assistante à la mise en scène : Véronique Bret
Avec Anne Cressent, Mathieu Desfemmes, Alice Le Strat et Jean-Baptiste Verquin
Scénographie : James Brandily assisté de Laure Catalan et Lisa Notarangelo
Lumières : Philippe Sazerat
Costumes : Dominique Rocher
Création sonore : Xavier Jacquot assisté de Paul Guionie
Directeur technique  : Vincent Tudoce
Chargée de production & diffusion : Anne-Charlotte Lesquibe
Attachée de presse : Nicole Czarniak
Administratrice : Isabelle Frank pour Gingko Biloba
Construction du décor : Benjamin Bertrand et Agnès Champain

Dates et lieux des représentations: 

- Du 5 janvier au 29 février 2024 au Théâtre de Belleville ( • 16 passage Piver, 75011 Paris • 01 48 06 72 34 • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ) 


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