Kazuo Kamimura : le mangaka au style rétro aussi chic que choc

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Manga Mis à jour : vendredi 27 janvier 2017 16:06 Affichages : 772

Kazuo KamimuraPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Kazuo Kamimura naît en 1940 à Yokosuka, sort diplomé de la section de design des Beaux-Arts à 23 ans et commence ensuite à travailler dans une agence de publicité. Très vite, il se met à créer aussi ses premiers mangas et s'avère un auteur extrêmement productif. Il décède prématurément en 1986. Il a été en outre l'assistant du maître du manga Osamu Tezuka et s’est associé à de grands noms du scénario tels que Kazuo Koike, Yu Aku ou encore Ikki Kajiwara. Il est l'un des auteurs renommés du gekiga, un genre du manga spécifiquement destiné aux lecteurs adultes, dont la popularité coïncide avec la carrière de l'auteur et qui se caractérise par des scénarios sophistiqués et une mise en scène qui met en exergue la profondeur psychologique. 

C'est la première fois que le travail original de cet auteur et illustrateur culte des années 1970 est présenté en France : 150 planches exceptionnelles venues spécialement du Japon proposent aux visiteurs du festival d'Angoulême ( et l'expo se prolonge jusqu'au 12 mars 2017!) d'explorer l'âge d'or du gegika et de découvrir "une esthétique à la merveilleuse facture rétro, révélant un monde où l’élégance et la sexualité sont bien plus au cœur des préoccupations des auteurs de manga qu’elles ne le sont aujourd’hui."

KamimuraCette exposition permet donc de découvrir des planches originales issues des oeuvres majeures du mangaka et permet de découvrir le portrait saisissant d’une société japonaise, alors encore sous tutelle américaine, au travers de divers thèmes obsessionnels dans le travail de l'artiste : l'amour ( thème central de "Lorsque nous vivions ensemble", avec lequel Kamimura connaît le succès dès 1972 mais aussi des trilogies "Le fleuve Shinano" et "Folles passions" et de "Le Club des divorcés" qui décrit le quotidien d’une femme seule dans la société patriarcale japonaise), l'Eros ( l'on est saisi par sa capacité à exprimer le désir, ne serait-ce que par une planche dans laquelle les vignettes ne sont constituées que d'une mise en scène de pieds enfiévrée), la vengeance ( où la lame, le sang et les serpents se mêlent à la beauté terrifiante d'un visage féminin ou à une scène de promenade sous les cerisiers en fleurs ; on découvre ainsi Lady Snowblood, une jeune meurtrière à la beauté froide qui part en croisade dans le Japon du XIXe siècle), le portrait des femmes showa, les fleurs ( prétexte à de superbes déclinaisons de couleurs et de motifs élégants)...

Parallèlement à son travail de mangaka, Kazuo Kamimura a produit de nombreuses illustrations, notamment pour des couvertures de magazine, auxquelles l'exposition rend également un bel hommage et qui constitue, à notre humble avis, l'intérêt majeur de cette exposition.

Ce qui frappe devant le travail de Kazuo Kamimura, surnommé le "peintre de l'ère Showa", sans doute parce que son style graphique a une poésie intrinsèque émouvante et des accointances saisissantes avec l'estampe japonaise, c'est d'abord la puissance et l'émotion qu'il produit. Chaque dessin a un pouvoir de suggestion troublant et l'expressivité des visages est étonnante. Kazuo Kamimura confère aux femmes qu'il dessine une personnalité délicieuse, une sensualité gracieuse et les rend littéralement vivantes. Auteur de chroniques sociales intimistes qui se focalisent sur la condition féminine et la société japonaise en pleine mutation, la modernité de son propos se marie en contraste pertinent avec l'aspect rétro de son graphisme...et c'est ce qui nous reste en mémoire à la sortie de cette présentation intelligente de son oeuvre.


Exposition Kazuo Kamimura - L'estampiste du manga

Du 26 janvier au 12 mars 2017 au Musée des Beaux-Arts d'Angoulême

Le site du Musée

copyright : ©KAZUO KAMIMURA

Kazuo

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