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Italienne scène et orchestre : une folie théâtro-lyrique jubilatoire!

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : lundi 25 juin 2018 16:57 Affichages : 626

ItaliennePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Une italienne, dans le langage de l’opéra, c’est cette répétition durant laquelle chanteurs et orchestre se rencontrent pour la première fois. Et quand elle se déroule en plus dans un théâtre à l’italienne - l’écrin superbe de l’Opéra-Comédie - avec ses ors, ses velours, ses balcons et son lustre magistral, comment ne pas réaliser la chance inédite et extraordinaire de pouvoir vivre une telle expérience? Imaginez donc…vous allez devenir l’espace d’une représentation le choeur puis l’orchestre d’une Traviata délirante! Incarner « le choeur au coeur de l’histoire »! 

Je ne veux pas que vous soyiez un décor mais des corps.

Ce spectacle, créé il y a vingt ans, a été peu joué - et pour cause! la jauge est forcément réduite et l’on imagine le coût d’une telle mise en place!- et n’a été donc vu que par quelques privilégiés dont nous sommes heureux de faire maintenant partie!…Quel cadeau merveilleux du Printemps des Comédiens ! Alors, avant même de vous en dire davantage, commençons par vous dire de ne pas être rebuté.e(s) par la durée (3h30 c'est vrai...) qui passe en un clin d’oeil ( si si…faites-nous confiance!) et à vous précipiter sur la billetterie pour décrocher peut-être l’inespérée possibilité de partager un moment RARE de théâtre en compagnie d’un texte d’une intelligence fine et d'acteurs de haut talent! Et si vous n’avez pas été convaincu.e(s) à la fin de la représentation, nous serons tentés de vous répliquer que tout le monde ne peut pas avoir bon goût!

Nous ne sommes plus en retard - nous sommes au delà du retard.

Impossible d'expliciter de manière exhaustive toutes les raisons de l’enthousiasme grandissant qui se propage dans le public...Citons tout de même l'opportunité de déambuler dans un bâtiment exceptionnel d’abord. De la scène à la fosse de l’orchestre en passant par les traverses souterraines, l'âme exploratrice et curieuse exulte à pénétrer dans des lieux jusqu'alors jamais foulés par le spectateur, l’oeil sensible est happé par la magnificence des lieux qui deviennent un décor fabuleux, exploité avec pertinence dans la mise en scène : angles de vue changeants, plongée, contre-plongée, champ, contrechamp, nos perceptions sont sans cesse bousculées dans leurs habitudes de regardant.

Le texte de Jean-François Sivadier, ensuite, dissèque - et expose- avec autant d’espièglerie que d'intelligence les réalités du plateau : sont passés au crible de son écriture enlevée et pétrie avec des jeux de mots audacieux tous les états et les situations traversés par une troupe en répétition. « Le début d’une esquisse d'une certitude qu’il se passe quelque chose », les balbutiements aux propositions fantaisistes plus ou moins heureuses, la nécessité d’apprendre à se connaître et à travailler ensemble, « We talk about it after the repeat », le trac qui monte, les questions de planning, les caprices des vedettes que l’on attend, ceux qui ont double casquette mais un seul cachet, les recadrages nécessaires, l’apprentissage des claques, le pétage de plomb en bataille de polochons, les heures de découragement et les délais qui semblent ne jamais pouvoir être respectés, les accessoires qui ne conviennent pas, les blues des interprètes, les rivalités entre le chef d’orchestre et le metteur en scène…Aux comiques de situation et de mot s'ajoutent celui des caractères. Sont croqués ici des personnages drôlissimes : Mareva « qui n’a aucune espèce de conscience du plateau » mais tient son rôle de régisseuse avec autant de fermeté que de bonhomie, Alessandro aux bavardages continuels et dont le « carburant, c’est le calme », Antoine Markowsky aux conseils avisés « Être en jeu sans ne jamais rien jouer » et aux analyses historico-philosophico-littéraires obsessionnelles, la diva aux costumes au grotesque aussi percutant que sa capacité à nous émouvoir, la jeune première qui confie au choeur ses doutes et devrait ménager ses emportements de jeu emphatiques...ou encore le chef d’orchestre blagueur à la récurrente réplique désopilante «  ceux qui l’auront compris l’expliqueront aux autres »…

Si tout se passe bien, ça devrait pouvoir ressembler à un cauchemar.

Mise en abîme jubilatoire, réflexion sur l’art vivant tout autant que comédie foutraque, "Italienne scène et orchestre" est servie par une distribution confondante de talent. Avec autant de simplicité que de justesse, de capacité d’improvisation délicieuse que de rigueur de jeu, Nicolas Bouchaud (prodigieux à son habitude!), Vincent Guidon (véritable pitre immaîtrisable d’une grande drôlerie!) , Nadia Vonderheyden (à la présence charismatique remarquable!), Charlotte Clamens ( stupéfiante par sa capacité à nous mener du rire à l’émotion), Marie Cariès ( tout aussi touchante dans son rôle de jeune femme peu sûre d'elle qu’hilarante lors de sa logorrhée verbale vindicative), tous nous offrent une parenthèse de complicité jubilatoire où l’interactivité avec le public est constante. C’est disjoncté à souhait et ça finit en apothéose lyrique, feu d’artifice de lumières et de notes... ce « petit bout de chemin avec eux » est tout aussi drôlissime que magique, disons-le.

Quand ce sera vraiment vous, ça commencera à devenir quelqu’un.

Venez dépenser du temps auprès d’une troupe tonitruante de pêche, imaginer la neige bleue tomber délicatement sur un lit de camélias, rencontrer un artiste surmené au Rubik's Cube dans la tête, percevoir - ou pas- quand «  on tient quelque chose », toucher un peu au concept du miroir de Verdi, voir «  ce qu’il y a de l’autre côté de votre certitude », remonter à contre-courant, vous implanter dans un choeur statique minéral au sein d’une Traviata à la lenteur durassienne, attraper au vol un compliment, assister à une scène, saisir pourquoi c’est tordant parfois de ne pas finir ses phrases et en quoi s'attarder au téléphone peut être inopportun, vous laisser mener à la baguette, vous demander si l’émotion est liée à la pensée ou si elle est livrée avec le canapé....bref : écouter cette tordante leçon de théâtre où la théorie se mêle à la démonstration en live. Ici les comédiens semblent déconner à pleins tubes, en faire des caisses par moments et user à l'envi du vibrato…et pourtant ils prouvent d’un bout à l’autre leur simplicité intrinsèque, leur dépouillement de jeu - « La Traviata, c’est l’actrice. Descendez un peu vers nous. » - et leur contrôle absolu de la situation, pouvoir indispensable pour « emporter votre auditoire vers les étoiles »! Bravissimo! 

Italienne scène et orchestre
Texte et mise en scène : Jean-François Sivadier

Avec : Nicolas Bouchaud, Marie Cariès, Charlotte Clamens, Vincent Guédon, Jean-François Sivadier, Nadia Vonderheyden

Collaboration artistique : Véronique Timsit

Son : Jean-Louis Imbert

Lumière : Jean-Jacques Beaudouin

Régisseur général : Laurent Lecoq

Photo 1 : Alain Dugas / Photo 2 : Marie Clauzade
Production de la création : Théâtre National de Bretagne - Rennes et Compagnie Italienne avec Orchestre | Avec le soutien de l’Adami | Production de la reprise : MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis et Compagnie Italienne avec Orchestre | Coproduction : Festival Printemps des Comédiens - Montpellier, Festival Paris l’été | Avec le soutien du Ministère de la culture et de la communication | Les textes "Italienne avec Orchestre" et "Italienne scène et orchestre" sont publiés aux Éditions Les Solitaires Intempestifs

Dates et lieux des représentations:
- Du 22 au 29 juin 2018 à l’Opéra-Comédie dans le cadre du Festival du Printemps des Comédiens ( 34)
• Rencontre avec Jean-François Sivadier, Mercredi 27 juin à 11h au Gazette-Café à Montpellier

- Du 9 au 28 juillet 2018 au MC93 à Bobigny dans le cadre du Festival Paris l’été

Italienne