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Buffles : une fable urbaine de Pau Miró au rythme haletant

Écrit par Valérie Fettu Catégorie : Théâtre Mis à jour : lundi 9 avril 2018 07:19 Affichages : 722

BufflesPar Valérie Fettu - Lagrandeparade.fr/ La mise en scène d'Edouard Signolet, remarquablement servie par les comédiens se révèle une incroyable et époustouflante machine théâtrale, spectacle total et protéiforme, qui captive, au sens littéral du terme, pendant une heure trente. Le rythme haletant plein de ruptures et de fausses pauses déroute autant qu'il tient en haleine. C'est tout simplement magnifique 

Dans le cadre intimiste du théatre 13/Seine, les spectateurs découvrent le décor minimaliste imaginé par le metteur en scène, une petite place carrée recouverte d'un sable aussi rouge que celui de la savane, nue à l'exception, dans le fond, d'un carré blanc éclairé d'un néon, métaphore de la blanchisserie. 

Tout se joue ou plutôt se raconte dans cet espace confiné qui poétise le dedans, la famille et le dehors inquiétant, la ville-savane aux ruelles dangereuses, à l'esplanade interdite. C'est là que l'histoire va se raconter, que les voix des frères et sœurs vont se mêler et se superposer pour construire, ou plutôt reconstruire au fil de la narration l'histoire de la famille et de ses drames.

Scène organique pour un texte et un jeu qui ne le sont pas moins. La fratrie prend la dimension d'une cellule presque primitive où les corps se heurtent, s'enchevêtrent, se mêlent ou s'écartent dans une chorégraphie proche d'un ballet. La brutalité et la violence animales d'une fratrie livrée progressivement à elle-même, à ses interrogations familiales restées sans réponse happent et retiennent. Les corps, pulsionnels, se substituent aux mots qui manquent pour dire les sentiments de plus en plus violents qui s'épanouissent au fil de l'histoire. La haine qui monte, la jalousie qui plane, la rancune, et surtout l'amour se traduisent dans l'expression démesurée d'un jeu proche de la figure de la dévoration parfois, temporisée par les moments tendres, où les cinq frères et sœurs se referment les uns en les autres en une figure d'oeuf originel.

Avec cette première pièce d'une trilogie, "Buffles" est bien une réflexion sur la famille, et plus particulièrement sur la fratrie, que nous propose Pau Miró. A travers la pièce, nous suivons le processus d'une double construction d'identité. Celle de la fratrie d'abord, comme unité, comme force, comme lieu de violence et d'apprentissages, où l'on expérimente aussi et surtout l'instinct de survie. Un lieu violent dans un cadre urbain qui ne le semble pas moins. Les lions rôdent. Au fil du texte, la mythologie fantasmée de la famille se construit entre non-dits, silences, questions et interprétations magiques des enfants. La disparition du petit frère Max, offert en sacrifice aux lions, puis celle, inexpliquée de la mère, et enfin celle du père.
Dans ce silence bruyant comblé par la communication violente, physique, qui se déplace de l'intérieur de la famille vers le dehors, les autres, les identités individuelles se construisent, se déterminent. Chacun des enfants cherche sa place, avec ou contre l'autre, chacun fantasme une réalité ou une vérité aux événements jamais expliqués qui originent cette famille de buffles jusqu'à l'éclatement d'une unité fraternelle qui n'est plus que source de souffrances. La fratrie rassurante, protectrice et source d'énergie inverse son processus pour devenir mortifère. La survie est dans la séparation, définitive, qui s'incarne dans la vente du seul lien encore familial, la blanchisserie. Dans cette séparation, Les enfants trouvent une forme de résilience, s'interrogent encore sur les actes des parents, y trouvent l'explication leur permettant de continuer à vivre, à survivre à la disparition du petit frère.

C'est bien une fable puisque le texte est écrit comme un long poème qui n'identifie pas les voix. Les enfants, les parents, sont des buffles. La distribution de ce texte polyphonique est malléable, et par là accède à l'universalité. Universalité de la cellule familiale, des sentiments qui s'y jouent, des drames et de la question de la survie après une perte qui éclate et en séparent les membres.
Une fable aussi grâce à ce qui pourrait ressembler à une morale qui déjouent les idées reçues : ici, le dominant est sacrifié au profit du plus faible.

BUFFLES 
Mise en scène : Edouard Signolet – traduction : Clarice Plasteig
Avec Amaury de Crayencourt, Nicolas Gaudart, Véronique Lechat, Clarice Plasteig, Marion Verstraeten - Collaboration artistique : Leslie Menahem - Scénographie et Costumes : Lauriane Scimeni – Compositrice : Mélie Fraisse – Lumières : Virginie Galas - Son : Camille Frachet

Production : Cabinet Vétérinaire – production déléguée : Théâtre Romain Rolland – co-production : groupe des 20 théâtre en Ile-de-France.
Le texte est publié aux Éditions espaces 34

Cette pièce a reçu : le Prix de la critique « Meilleur texte théâtral »

Dates et lieux des représentations: 

- Du 5 au 18 avril 2018 au Théâtre 13/Seine – vendredi 6 (20h00), samedi 7 (20h00) et dimanche 8 avril (16h00) dans le cadre du festival BARCELONE EN SCENE - 1er Festival de théâtre d’auteurs catalans à Paris et en Ile de France


A propos des créateurs : 
Pau MIRÓ (auteur)
Il est acteur, auteur et metteur en scène, né à Barcelone. Après un diplôme en interprétation obtenu à l’Institut del Teatre de Barcelone, il se tourne vers la dramaturgie et fonde alors la compagnie Menudos. Son premier grand succès en tant qu’auteur est monté au Teatre Internacional en 2004 Plou a Barcelona puis Bales i ombres, en 2006, qu’il dirige lui-même au Teatre Lliure, Barcelone et dont la version française a été présentée lors du festival Mousson d’été 2012. Aujourd’hui, considéré comme un des 2 auteurs phares de l’écriture contemporaine catalane, ses pièces sont traduites et montées aussi bien en Europe qu’en Amérique latine, aux Etats-Unis ou au Canada.  En 2012, Lluís Pasqual fait appel à lui pour écrire et mettre en scène une nouvelle pièce, Els jugadors, créée au Teatre Lliure. Il devient auteur associé au Teatre Lliure pour la saison 2012/2013.
Depuis 2014 Pau Miró devient auteur/ metteur en scène associé au Teatre Nacional de Catalunya, dirigé par Xavier Albertí. Il y a créé en 2016 Victória. En 2017, dans le cadre du festival Grec, il créé et met en scène Un tret al cap a la Sala Beckett. En 2018, il met en scène l’acteur Lluis Homar pour la pièce Cyrano.
 
Edouard SIGNOLET metteur en scène et directeur de la compagnie Le Cabinet Vétérinaire
Après une formation en lettres modernes, il intègre le CNR de Poitiers puis le Master II de mise en scène et dramaturgie de Paris X Nanterre. En 2008 il crée Main dans la main de Sofia Freden à Théâtre Ouvert. En 2010, il met en scène Pourrie, une vie de princesse et Le vélo de la même auteure à Théâtre Ouvert et en tournée au CDN de Nancy et au CDN de Sartrouville. Il est artiste associé à Théâtre Ouvert, sur la saison 2013/2014. Depuis 2006, il collabore avec Jeanne Debost pour des mises en scènes d’Opéras. En 2015 ils mettent en scène Sorcières opéra électronique. Il met également en scène des concerts avec l’orchestre Les Siècles, Le Carnaval des Animaux, Pierre et le loup. En 2016 il met en scène un opéra contemporain Folk songs de Berio. Il expérimente depuis 2009 des formes courtes d’opéras, pour deux chanteurs, un musicien et un comédien qui ont déjà été présentée à la Cité de la musique et à la Salle Pleyel : La Flûte enchantée, Carmen, Didon et Enée de Purcell. il signe le livret et met en scène Alice au pays des merveilles Opéra jeune public, en partenariat avec l’ONDIF et la Philharmonie  de Paris.