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Je veux seulement que vous m’aimiez : la Bulle bleue et Fassbinder règlent leur coeur au diapason

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : vendredi 1 décembre 2017 07:51 Affichages : 412

jacquesPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ « Je veux seulement que vous m’aimiez » est un spectacle imaginé avec et pour les comédiens de la troupe permanente montpelliéraine de La Bulle Bleue. L'écriture progressive du dialogue s'est construite à partir d'interviews et d'écrits de R. W. Fassbinder qui traitent de la société, du couple, de l'anarchie, de l'amour ; autant de questions posées aux comédiens et auxquelles chacun a répondu avec sa propre sensibilité et son vécu. Partant du principe qu’ « il n’est pas possible de parler raisonnablement de la vie », voilà un moment de théâtre aussi singulier que beau qui part de chacun pour atteindre l’universalité, s’appuie sur les différences pour mettre en exergue les similitudes, mord pour mieux étreindre - et la réciproque est tout aussi vraie.

De quoi y parle-t-on? d’eux, de toi, de moi, de nous. De la difficulté d’être soi, d’être bien là, seul et/ou avec les autres, de croire en quelque chose…en un idéal ou en l’amour. Et rappeler, si besoin était de le faire, qu'on en bave tous. Même le grand et beau costaud qui écrit des poèmes a le coeur qui saigne.
Au sein d’une très belle scénographie rehaussée des savants jeux d’ombre et de lumière de Christophe Mazet et Clément Potié, évoluent douze personnages fascinants. Dans ce bar de quartier, après s’être observés et jaugés, les confidences fusent peu à peu, les colères explosent, les sentiments se manifestent et tout devient terriblement sincère et juste. Il y a Martha l’insatisfaite à la robe rouge Carmen, Théodore, le maladroit romantique, l’irascible Sasha, Marlène, beauté fragile et frêle, Ali le philosophe révolté et anarchique, Werner et sa danse de la libération…et d’autres encore dont les phrases transpercent comme des éclairs, sans doute parce que les comédiens sont là, sans fard, sans masque et qu’ils font résonner par leur présence brute et investie les réalités de l’insoutenable légèreté des êtres et de notre monde, hostile et dur, qui « fait commerce de tout avec tout » et n’aime rien tant que les choses lisses, insignifiantes, qui se faufilent inaperçues dans les schémas pré-modelés de la normalité. « Tu n’as pas besoin de mentir pour être aimé » entend-on…et l’on grince des dents. Ah oui, vraiment? Ici on rit, on danse, on trépigne, on se cherche, on se trouve, on se gifle, on râle, on pleure mais on vit. Malgré tout. C’est une soirée où l’on va s’étourdir de danse, d’alcool et d’amour, où les désillusions attendent et se rient au fond des verres. Une soirée au lendemain-gueule de bois durant laquelle l’humour et l'auto-dérision ne manquent pas. Une soirée qui donne paradoxalement terriblement envie d’aimer… malgré les promesses d’échecs, de déboires et de loupés. L’amour, c’est un peu comme quand on danse le mambo, on essaie, on se plante souvent, on a des fulgurances parfois mais on vit la chose avec une énergie irradiante...« Je continue toujours d’essayer » dit l'un des protagonistes au sourire bienveillant. Un autre dira aussi: « L’amour n’existe pas tant qu’on a peur. »
« Main dans la main », sous une boule à facettes ou à genoux devant l'élu de notre coeur, qu’on ait une physique de crooner des années 50 ou de moustique à bouclettes, nous sommes tous gauches et maladroits…humains quoi merrrrdeee! Assis, désabusés et amorphes sur les sofas ou la tête étourdie de musiques électroniques ou d’un slow populaire, on sait qu’ « on ne peut exister sans personne d’autre. » On cherche toujours un regard, une approbation, voilà peut-être tout le drame et le sublime de la condition humaine : la nécessité d'être aimé, la contigence d'être exaucé. 
« Je veux seulement que vous m’aimiez » offre des tableaux d’une belle esthétique où le groupe d’acteurs s’impose autant en choeur homogène et pertinent que lorsqu’il se dispatche en contrepoints dissonants. On saluera la remarquable direction d’acteurs, les choix saisissants de mise en scène et la confrontation récurrente des comédiens avec le public.
« On devrait pouvoir apprendre le sens de la vie. » dit l’un. « La vie, ça se vit! », dit l’autre. « Je ne sais pas si c’est normal de se sentir normal. » s’entend plus loin. Bribes de pensées sensées, invitation à la réflexion et au partage, la troupe de la Bulle Bleue dirigée par Jacques Allaire nous a conquise !

Je veux seulement que vous m’aimiez
Triptyque Prenez garde à Fassbinder ! - Premier volet de Jacques Allaire
Création le 15 novembre 2017 : La Bulle Bleue (Montpellier)

Conception : Jacques Allaire
Interprétation avec les comédiens de La Bulle Bleue : Matthieu Beaufort, Mélaine Blot, Axel Caillaud, Julien Colombo, Mireille Dejean, Laura Deleaz, Steeve Fricke, Arnaud Gelis, Soizic Henocque, Sarah Lemaire, Philippe Poli, Mickaël Sicret
Scénographie : Christophe Mazet & Clément Potié
Lumières : Christophe Mazet & Clément Potié
Son : Jérémy Nègre
Assistanat à la mise en scène : Audrey Prolhac & Paul Deleligne
Assistanat aux lumières : Claire Eloy
Direction artistique : Bruno Geslin
Production : La Bulle Bleue (Montpellier) & La Grande Mélée - Compagnie Bruno Geslin (Montpellier)

- Du mercredi 15 nov. au vendredi 1er déc. 2017 au Chai de La Bulle Bleue - Montpellier 34.