Le héros : une figure de l'imaginaire indispensable

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Coup d’plume Mis à jour : mercredi 5 avril 2017 07:52 Affichages : 665

Super herosPar Julie Cadilhac / Illustrations: Arnaud Taeron dit Arnoo - Lagrandeparade.fr/ Un héros, d'abord, on l'imagine sur un piédestal, figure noble et imposante au sommet de sa gloire...ou bien fendant l'air d'un bras conquérant, dans les cieux ou à cheval, prêt à pourfendre l'ennemi de la pointe de son épée.
Les nostalgiques de l'époque antique encenseront la force physique du héros, vous rediront des choses dures et violentes... «Rappelez-vous d'un temps que les moins de deux mille ans ne peuvent pas connaître où Achille et Hector brandissaient leur glaive sur la plaine troyenne et leurs muscles bandés ne redoutaient que la fureur des dieux! L'âge d'or où des êtres aux pieds légers, aux mille tours, aux douze travaux titanesques, invulnérables, braves et tenaces participaient à des guerres légendaires et étaient prêts à tous les sacrifices pour la gloire!»

D'autres loueront la piété des croisés, les combats loyaux où les damoiselles se pâmaient devant des cavaliers empanachés. Ils nommeront héros ceux qui, autour des tables rondes, juraient fidélité jusqu'à la mort à un bon roi ou au contraire chapardaient chez les seigneurs l'argent qu'ils avaient ravi aux pauvres et le leur rendaient avec la malignité des renards. Vous pourrez entendre sur les bancs des villages ceux qui prient pour les héros patriotes qui ont résisté malgré les horreurs promises de la torture, ont avancé sous les huées étourdissantes des bombes, ont supporté les pluies de feu, d'acier et de fer, encore et encore, avant même d'être des hommes souvent...
Et puis d'autres citeront simplement des noms: Gavroche, Zorro, Jeanne d'Arc, Roland, Le Cid, Don Quichotte, Lucky Luke, Jean Moulin ou Sophie Scholl, l'israélien David mais aussi Nelson Mandela, l'Abbé Pierre, Gandhi,  Mère Térésa...Les derniers vous chuchoteront les exploits de leurs voisins durant les inondations ou les tempêtes, évoqueront les sirènes rassurantes des pompiers ou de la police et ne plaisanteront qu'à moitié en évoquant "Papa" ou "Maman"...ou leur petite soeur.

Il y a des héros dotés d’un pouvoir d'ubiquité, d'invisibilité, de téléportation, de régénération, d'invisibilité, de métamorphie, de télépathie...Tous ces super-héros qui assurent sont d'autant plus attirants qu'ils ont également des failles sensibles ( De la kryptonite à l'amour d'une belle jeune femme...). Mon héros de coeur est téméraire au combat, fait voeu de célibat forcé par abnégation et par amour immodéré pour une jeune femme cultivée. Mon héros, c'est une cape qui passe, se drape de patience dans la nuit qui le voile et s’éteint en emportant son panache. C'est Cyrano de Bergerac. L'être de vers et de vaillance qu'Edmond Rostand a sublimé dans une pièce que je connais presque par coeur. Spirituel et engagé, délicat et attentionné, cet être de papier incarne des valeurs qui m'ont toujours précédées. Une en particulier me séduit et me touche car elle me semble en terrible voie d'extinction... Vous souvenez-vous  de cette scène provocatrice des Non Merci ou Cyrano hurle en même temps que son indépendance  sa douleur de ne pas être aimé de Roxane? Il tempête :"Ne pas monter bien haut peut-être mais tout seul"....ne jamais imiter le lierre parasite, ne pas se compromettre, cultiver son jardin et en cueillir les roses, qui, si rachitiques et faiblardes qu'elles soient, n'ont pas de prix parce qu'elles sont fruits de nos efforts et de notre persévérance."

Cyrano est un héros salvateur. Je m'y suis accrochée bien des fois où je glissais dans le doute et dans l'envie de succomber à l'arrivisme et  la tentation des gloires faciles. Cyrano est un héros salvateur car il donne au sacrifice et à la bonté un caractère héroïque. Dans ce monde qui écrase et vante ceux qui ironisent et méprisent sans vergogne, il est bon de venir se blottir dans les pages de ce texte sensible où authenticité et intégrité riment avec honneur...Et vous, qui est votre héros?

DavidLe héros, c'est aussi celui dont on se souvient. Celui qui a vaincu l'ennemi terrible qu'est le temps et sa compagne défaillante, la mémoire. Si avoir besoin de héros à l'échelle collective me semble dangereux car synonyme de période de guerre et de crise -  où l'on espère être sauvé par un ( ou des..)  SuperX, à l'échelle personnelle et pour la sauvegarde de l'imaginaire, l'héroïsme ne doit pas être une valeur dépassée. Si la désillusion et la lassitude peuvent gagner les foules, si aujourd'hui le héros publiquement adulé est éphémère et n'a que peu de chances de se voir  immortalisé en statue, si les deux guerres ont peut-être érigé les derniers monuments de courage, au fond de son petit crâne, pour chacun d'entre nous, Ne pas avoir de héros nuit gravement à la santé.

Aujourd'hui le héros, à l'école, a plus que jamais la côte auprès des élèves. Est-ce parce que le monde a sombré dans la pessimisme et l'acceptation résignée? Est-ce parce qu'il n'apparaît qu'accompagné de son double indispensable, le monstre, que l'on a la joie de voir terrassé? Et étonnamment me direz-vous, l'enseignement du latin et du grec a de plus en plus de succès dans ce même lieu. Les élèves plongent dans la mythologie avec bonheur, rêvent de Métamorphoses ovidiennes, s'embarquent pour une Eneïde ou une Odyssée avec enthousiasme...et pourtant l'on supprime peu à peu les heures d'enseignement de ces matières, en prétendant qu'elles peuvent être enseignées maintenant dans toutes les matières dans des projets transdiciplinaires. Les raisons prétendues? L'élitisme soi-disant! Pourtant, depuis quelques années, étaient acceptés dans les classes de latin tous les élèves qui se passionnaient pour sa civilisation, son histoire, sa culture. Et depuis la Réforme alors? Qui est accepté dans les classes latinistes et héllénistes? Faîtes un sondage...Messieurs Dames, il faut sauver le soldat LATIN ! Ave Cesar, les dinosaures de l'Antiquité, les professeurs de ces lettres classiques, te saluent...et ils résistent comme ils peuvent mais ils ont besoin d'une prise de conscience ( et de position!) collective qu'être sensibilisé à la culture antique, connaître ses "classiques" ne peut construire que des individus passionnants et passionnés. L'élève ému devant une statue d'Hercule, face au buste d'un empereur ou sur les ruines d'un temple grec a toutes les chances d'être un individu ouvert...car l'antiquité se nourrit de tout le bassin méditerranéen, inspire les artistes du monde entier et est un socle duquel il serait prudent de ne pas tomber!

 

 

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