Pauline

Manuel Blanc : « L’écriture, c’est un marathon »

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : mercredi 31 janvier 2018 22:18 Affichages : 1176

manuel blancPar Serge Bressan -  Lagrandeparade.fr / Acteur exigeant au théâtre et au cinéma, Manuel Blanc nous offre « Les corps électriques », un deuxième roman étincelant avec une héroïne qui passe ses nuits à faire métier de la pole dance et ses jours à se chercher, à chercher son père… d’entrée, on entend des mots, ceux de Virginie : « Enroulée à la barre, tourner, tourner, lancer une jambe, la replier, tête inclinée sur le côté, mes cheveux roses synthétiques volent. Cambrée, voir mon public, défiler à l’envers, tourner autour de l’axe métallique, du sol au plafond, ma colonne vertébrale ».

Virginie bosse la nuit dans un club, elle pratique la pole dance. Elle est l’héroïne de ce deuxième et envoûtant roman de Manuel Blanc, 49 ans, qu’on a connu comédien- au théâtre, au cinéma (César du meilleur espoir masculin et prix Jean-Gabin). On l’a découvert romancier en 2014 avec « Carnaval » qui racontait joliment la quête d’un homme lors du carnaval de Berlin. Avec « Les corps électriques », il a écrit au féminin- c’est grandement réussi. A toutes les pages, on perçoit, on entend la respiration, le souffle. L’écriture est électrique, dynamique, prête à s’enflammer à tout moment. Et il y a Virginie, jeune femme de son temps, qui met fin à une relation avec un homme qui lui apporte si peu. Une jeune femme qui se cherche, qui accepte le job dans un club de pole dance. Découverte de soi, du corps. Et puis, dans son dos, il y a cette cicatrice- à jamais, elle lui rappellera cette boule qu’elle a fait enlever, ce « fœtus in foetu ». Ainsi, elle s’est inventé, rêvé un frère jumeau à qui elle parle. Il y a aussi la mère, femme ordinaire… et le père, parti avant même la naissance de Virginie. Elle se met en quête de ce père inconnu. A toutes les pages de ces « Corps électriques », Manuel Blanc fait jeu de lumière, imagine des chorégraphies, glisse avec son héroïne le long de la barre… Un roman étincelant qui confirme que son auteur est vraiment un écrivain. Rencontre.

Comment vous sont venus ces « Corps électriques » ?
Au départ, j’avais deux personnages. J’étais parti sur un thriller, et j’avais deux livres en un. J’étais parti avec l’idée d’écrire un roman sur une femme, sur le corps et sur le désir. Le hasard m’a fait rencontrer une éditrice qui m’a suggéré de reprendre mon texte initial. Alors, je me suis centré sur le personnage féminin, sur Virginie…
Vous ne vous êtes pas seulement centré sur le personnage féminin : à la lecture, on ressent que vous êtes totalement entré dans la peau et le costume de Virginie…
La vie est faite de hasards. Dans ma première version, j’avais écrit à la troisième personne du singulier. Et puis, il se trouve qu’en même temps, j’ai joué un transgenre. Le tournage a duré trois semaines, j’ai longuement discuté avec une comédienne sur sa vie de femme, son ressenti,… Et là, j’ai mon personnage de Virginie…
corps electriquesJustement, comment percevez-vous Virginie ?
Avec elle, j’ai voulu explorer trois thématiques : un personnage, un corps et un métier. Et, en tant qu’auteur, je me suis trouvé face à la même problématique que celle que connait l’acteur : être crédible, être le meilleur avocat possible d’un personnage somme toute assez mystérieux…
Il y a aussi le choix du prénom de l’héroïne des « Corps électriques ». Il ne parait pas totalement innocent : avec Virginie, on songe à virginité, à vierge, à blanche…
Dans ma première version, c’était avant une référence à « Paul et Virginie », le roman de Bernardin de Saint-Pierre. J’aimais l’idée de la virginité véhiculée par le simple prénom, en opposition à l’exhibitionnisme voulu par le métier dans le club de pole dance. Et là, avec Virginie, on a une femme en quête d’identité, en quête de père. Pour tout cela, il y a le corps. Et le corps est le vecteur de tout ce qu’on trimballe dans la vie, de tous les non-dits…
En tant qu’auteur, avez-vous toujours eu le contrôle sur vos personnages ? est-il arrivé que l’un d’entre eux vous échappe ?
Mes personnages m’échappent. Je leur fais confiance dans leur cheminement- je ne souhaite pas être en contrôle permanent. L’auteur doit être disponible, dans l’instant présent ; il doit aussi éprouver du plaisir à faire travailler son inconscient… Et après des mois et des mois de travail, j’ai été troublé de croire à cette femme…
Acteur et auteur, vous êtes dans un cas comme dans l’autre au service des mots…
Pendant vingt ans, je n’ai pas écrit. J’ai dit les mots des autres. Mais avec « Carnaval » et encore plus avec « Les corps électriques », je sais que j’ai des choses à dire. Mais pour écrire, il faut le vertige stimulant d’être sur un fil. Il n’y a pas de secret, pas de hasard avec l‘écriture. Oui, l’écriture, c’est l’école de l’humilité… L’écriture, c’est un grand chantier, c’est un marathon. Et il faut que domine la jubilation du vertige !
Aujourd’hui, vous vous sentez plus écrivain qu’acteur ?
Je sais juste que l’écriture prend de plus en plus de place dans ma vie, que j’éprouve énormément de plaisir à écrire. J’organise ma vie pour l’écriture… alors, quant à savoir si je suis un écrivain, j’adopte une posture humble parce que ce qui compte, c’est avant tout le plaisir d’écrire. Même si, quand on écrit, ce n’est pas toujours facile d’être seul face à soi-même…

Les corps électriques
Auteur : Manuel Blanc
Editions : L’Observatoire
Parution : 10 janvier 2018
Prix : 17 €