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Dernier jour à Budapest : Sándor Márai tout en nostalgie, en mélancolie…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : lundi 27 novembre 2017 00:26 Affichages : 589

sandorPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Le monde francophone l’a découvert dans les premières années 1990. Ce fut le choc avec « La Conversation de Bolzano », « Confessions d'un bourgeois » ou encore « Les Braises », grand roman écrit paru en 1942. Avec ces livres, jusqu’à nous se glissait Sándor Márai, auteur hongrois humaniste et tant désespéré face à l’écroulement du monde qu’il en développa une œuvre toute en mélancolie. A l’image de Stefan Zweig, ses textes vibrent de déchirements et de fulgurances. C’est encore le cas avec, publié en Hongrie en 1940, « Dernier jour à Budapest », la nouvelle livraison de l’éditeur français Albin Michel dans la collection « Les Grandes Traductions ». Dans un avant-propos écrit en 1978, Márai (1900- 1989) explique : « Il n’est pas rare en littérature de voir un romancier se représenter (sous un nom d’emprunt) en protagoniste de ses propres romans : « Madame Bovary, c’est moi ». Toutefois, il est plus rare de rencontrer un romancier (toujours déguisé) transformé en personnage dans un roman écrit par l’un de ses contemporains. En écrivant, il y a près de quarante ans, Dernier jour à Budapest, c’est pourtant ce que j’ai fait. Mon antihéros est un écrivain hongrois disparu, du nom de Gyula Krúdy. Je n’ai pas l’intention d’écrire un « roman biographique » : le Sindbad du roman est à la fois une personne réelle et un être de fiction… » Voilà donc le lecteur prévenu.

Dès les premières pages, on est embarqué dans le sillage de deux virtuoses de la littérature hongroise, deux des maîtres du genre du côté de Budapest au 20ème siècle. C’est aussi l’hommage de Sándor Márai à son maître Gyula Krúdy (1878- 1933)- dandy ténébreux, il était une des légendes de la bohème littéraire de Budapest. Dans son « Dernier jour à Budapest », Sándor Márai l’a surnommé Sindbad, comme le héros de plusieurs de ses nouvelles. Résumé de cet hommage : un matin de mai, Sindbad quitte son domicile d’Óbuda. Il fait une promesse : avant la venue de la nuit, il rapportera les soixante pengös indispensables pour acheter une robe pour leur petite fille et il sera de retour pour manger du chou farci. Mais comment de bonnes intentions peuvent-elles résister à la tentation ? Par exemple s’offrir une balade en calèche… et l’occasion d’une douce flânerie dans ce Budapest qu’on a tant aimé hier. C’est le bain turc là où « Orient et Occident fusionnaient dans les brumes de chaleur ». C’est aussi le café Chicago où il écrivait. Ou encore les restaurants où il dînait… Sindbad ne veut surtout pas voir ni rencontrer ces personnages devenus des « amuseurs publics ».
Dans cet éblouissant hommage au maître, Sándor Márai propose un aussi magnifique que bouleversant périple dans une ville disparue. On lit : « Toute sa vie, Sindbad avait aimé voyager dans le confort. Il affirmait que rien n’était trop confortable pour le voyageur dont le cœur était aussi lourd que le bagage. Il ferma les yeux et son corps brisé se souvint du plaisir qu’il éprouvait toujours à ce bercement familier et à ce sympathique ballottement… » Dans le Budapest de Sindbad (et de Márai ?), on parlait de Charles Dickens et de Victor Hugo- c’était un autre temps. Dans toutes les pages de « Dernier jour à Budapest », transpirent bien sûr l’hommage au maître Gyula « Sindbad » Krudy mais aussi une nostalgie, une mélancolie. Et, dans une écriture somptueuse, le désespoir...

Dernier jour à Budapest
Auteur : Sándor Márai
Editions : Albin Michel
Parution : 2 novembre 2017
Prix : 19 €