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Désenchantements : quand de jeunes auteurs italiens grattent les plaies de nos sociétés occidentales

Écrit par Christian Kazandjian Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : mardi 28 novembre 2017 16:35 Affichages : 764

grenellePar Christian Kazandjian - Lagrandeparade.fr/ Deux romans de deux jeunes auteurs italiens grattent les plaies de nos sociétés occidentales. Lucides et un brin désespérés.

On doit au nouvel éditeur Grenelle, la découverte de deux jeunes (31 et 21 ans) écrivains italiens, Iliara Gaspari et Edoardo Maspero qui décrivent crûment les malaises de nos sociétés modernes. Dans "L’éthique de l’aquarium", l’héroïne d’Iliara Gaspari, Gaia, revient dans la ville où elle a étudié et connu un amour qui toujours la poursuit, convoquée par une enquête de police concernant le suicide d’une compagne de collège qu’elle a plainte et haïe. L’occasion de retrouver celui quelle n’a jamais pu oublier et deux amis qu’elle ne voyait plus. L’amour renaît des cendres du passé pour s’éteindre à nouveau : on ne revit pas le passé dix ans plus tard ; la jeunesse est morte, la trentaine arrivée. Les souvenirs remontent au gré des interrogatoires policiers, ainsi que les doutes et les rancoeurs enfouis. La frivolité des temps anciens pose sur les lèvres un goût amer et ramène ce « sentiment pérenne de délicieuse consternation pour la défaite intellectuelle des compagnons dont se nourrissait la vie » au collège, avant, il y a si longtemps. Reste une sensation de vide que ne comble plus un amour définitivement enterré.
Edoardo Maspero, avec "Sans aucun remords", nous plonge dans le monde interlope et factice de la jeunesse dorée milanaise. Adam et ses potes ne parlent que de fringues, de soirées, de voitures, de conquêtes et de baises. Mais parler ne suffit pas, il faut qu’on sache au-delà des cercles mondains, chez les pauvres, ceux qu’on méprise, qu’on humilie, qu’on peut même tuer. On dispose pour cela de Tweeter, Instagram : on photographie les magnums de champagne, les costards, les filles nues et on attend les « likes », car « si t’as des milliers de « likes » ; alors tu vaux quelque chose ». Ces jeunes adultes qui sont passés « des fringues aux bouteilles, des bouteilles aux prostituées, des prostituées à la cocaïne », sont obsédés par l’image qu’ils renvoient à travers leur iphone, vivant, en boîte, soirées privées et restaurants hors de prix, en marge de la société réelle, dans une « vie parallèle » qui est « la seule qui compte » annonce docte, un fêtard, entre deux lignes de cokes. Adam se laisse entraîner dans ce tourbillon, pensant « toutefois » à "ceux qui résistent". Lui n’en a pas le courage. Pas plus que celui de se suicider, comme son seul véritable ami. Il continuera à vivre pour lui, loin désormais des ectoplasmes qui se délectent d’un lynchage et lorgnent sur la nouvelle Rolex de leur pote ou sur la mère d’un autre qui a déjà couché à son tableau de chasse quelque autre de la bande.
Ce roman écrit, un quart de siècle après American Psycho de Bret Easton Ellis, renvoie l’image d’une jeunesse italienne, et plus largement mondiale, friquée et cynique, à l’heure des réseaux sociaux. Comme avec l’auteur américain, on sort sonné du roman de Maspero. Lui et Iliana Gaspari, en appellent, en creux, aux mythologies fondatrices de la civilisation. Leurs narrateurs ne s’appellent-ils pas Gaia, la déesse Terre, et Adam ?


L’éthique de l’aquarium
Auteur : Iliara Gaspari
Traduction de Marie Odile Volpoet
190 pages
Prix :14 euros

Sans aucun remords
Auteur : Edoardo Maspero
Traduction de Laurent Desroches
296 pages
Prix : 16 euros

Tous deux aux éditions Grenelle