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Billie Morgan : Avec Joolz Denby, le noir est très noir…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : mardi 2 mai 2017 21:28 Affichages : 662

DenbyPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr/ On l’attendait depuis plus de dix ans. Enfin, « Billie Morgan », le roman de la Britannique punk Joolz Denby, est traduit en français. Dès la première page de ce roman furieusement naturaliste, aussi dérangeant que réaliste, on est prévenu : « Ce récit constitue mes mémoires ; la vérité, telle qu’elle existe dans mon souvenir ».

Puis le début du prologue : « Je sais que la femme qui se tient à la fenêtre n’est autre que moi-même, bien qu’elle ne me ressemble guère ». Et nous voilà embarqués dans un de ces livres coup de poing, un de ces thrillers écrits au scalpel- c’est « Billie Morgan » de la Britannique Joolz Denby, un roman paru outre-Manche en 2004 et dont la VF nous arrive seulement maintenant mais enfin… A 62 ans, née Julianne Mumford, Joolz Denby déroule un sacré CV- romancière mais aussi poétesse, artiste graphique, tatoueuse professionnelle et, depuis 2005, manager du jeune groupe New York Alcoholic Anxiety Attack. Surtout, depuis les années 1980, elle est une des figures emblématiques de la scène punk anglaise. Romancière, elle s’est fait connaître en 1998 avec « Stone Baby » (2006 pour la VF), roman devenu cultissime pour lequel elle a reçu le premier prix de la Crime Writers' Association (ACW New Writer Award).

En ce printemps, avec un plaisir immense, on retrouve donc Joolz Denby avec « Billie Morgan ». Le moins qu’on puisse dire et écrire, c’est que ça déménage. Voilà un roman écrit au scalpel bien affuté, hyper tranchant. On est à Bradford (Yorkshire de l’ouest), près de 300 000 habitants. Le quotidien de Billie, c’est sa mère indigne, son gang de motards et la drogue. Un jour, elle dézingue un des membres du gang qui est son fournisseur de came. Un geste aux conséquences multiples : d’abord, son mariage capote ; ensuite, elle se rapproche de l’amie (plongée dans l’enfer de la drogue) du motard qu’elle a dézingué et de son filleul, un ado désespéré qui attend le retour de son père, pour bientôt- il en est persuadé… L’idée fixe de Billie Morgan : aider la femme et l’ado à sortir du gouffre de l’horreur quotidienne. Question : comment venir en aide à une personne qui fuit cette aide ? Surgit une autre question : Billie est-elle vraiment aussi coupable qu’elle le croit, que nous le croyons ? L’écriture de Joolz Den by est aussi fiévreuse qu’enfiévrée- exemple : « Je me garais comme une burne, la roue de devant écrasée contre le trottoir, l’arrière de guingois. En général, j’étais fière de ma conduite ; ce soir-là, je m’en fichais. Ça n’avait aucune importance. Plus rien n’avait d’importance » ou encore : « Vous pensez qu’ensuite j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, non ? C’est bien ce qu’on fait dans les films ou les feuilletons à la téloche ? Eh bien non, ce n’était pas ce que je voulais. Peut-être est-ce vrai, j’ai un cœur de glace, comme mon père, mais quelque chose en moi s’était flétri. Comme un bout de papier qu’on jette dans le feu… » Avec « Billie Morgan », on le dit, on le répète, Joolz Denby a écrit un roman furieusement naturaliste, terriblement noir, aussi dérangeant que réaliste. Follement poétique et sans concessions. Donc, indispensable.

Billie Morgan
Auteur : Joolz Denby
Editions du Rocher
Parution : 26 avril 2017
Prix : 21,90 euros