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« Antonia. Journal 1965-1966 » de Gabriella Zalapì : entre histoire et fiction

  • Écrit par : Serge Bressan

ZalapiPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Tout commence en date du 21 février 1965. Il est écrit : « Ce matin, lorsque j’ai ouvert les yeux, j’étais incapable de bouger. Mon corps semblait s’être dissous dans les draps et baignait dans une sueur toxique. Ce n’est qu’en entendant la gouvernante- « Nurse » comme elle désire être nommée- que j’ai sauté du lit… » Premiers mots, premières lignes d’« Antonia. Journal 1965-1966 », le premier livre de Gabriella Zalapì, artiste plasticienne anglo-italo-suisse formée à la Haute école d’art et de design à Genève qui vit à Paris après avoir séjourné à Palerme, Genève, New York, Cuba ou encore en Inde. Pour ce premier livre entre histoire et fiction, elle avoue s’être inspirée de sa propre généalogie pour offrir un texte en forme de vrai-faux journal qui raconte la famille, l’amour, l’émancipation d’une femme…

Ainsi, on se retrouve à Palerme dans les années 1960, on y déambule dans les sphères de la haute bourgeoisie. Antonia a alors 29 ans et est la mère d’Arturo, un garçon de 8 ans dont s’occupe une gouvernante anglaise. A 20 ans, elle a épousé Franco qu’elle n’aime plus, piégée qu’elle a été dans un mariage qui n’en est pas un- elle relève « le mépris dans sa voix » : « En disant trop gentille, il a bien décomposé les syllabes et des bulles de salive s’accumulaient sur les côtés de sa langue qui roulait ». Son fils Arturo, elle ne l’aime pas plus que son mari. Epouse frustrée, elle dépérit, est habitée par des pensées malheureuses… et va se raconter. Se confier dans un journal intime du 21 février 1965 au 3 novembre 1966. Dans ces pages, Antonia se raconte sans filtre, en toute vérité. Elle note : « ‘’Il paraît qu’un jour on se réveille affamé de ne pas avoir été ce que l’on souhaite’’. Où ai-je lu cette phrase ? Depuis, au lever, je regarde autrement ce qui m’entoure », ou encore : « J’ai 29 ans. Mes désirs tombent, s’enfoncent dans l’insonore. Impossible d’envisager une vie de « perfect house wife » pour le restant de mes jours. J’aimerais abandonner ce corset, cette posture de femme de, merde de. Je ne veux plus faire semblant ». Un autre jour, elle rapporte dans les pages de son journal le menu d’un dîner mondain à son domicile : « Dîner à la maison avec Valentina, Felice, Matilde et époux. Menu : Timbalines de macaronis à la sauge / Filets de soles à la Diplomate / Petits pains de foie gras à l’aspic ».
Et puis, il y a la mort de « Nonna », la grand-mère d’Antonia. Laquelle reçoit des boîtes de photos, de documents, de lettres… La jeune femme ouvre, découvre… C’est un véritable électrochoc. Elle va, en notes courtes consignées sur les pages de son Journal, assembler les pièces du puzzle d’une famille cosmopolite, de son enfance avec des séjours aux Bahamas et au Tyrol. Elle va aussi se rappeler le grand-père juif qui a dû fuir Vienne, le père anglais tué à la guerre, la mère ne pensant qu’à son rang social… Et puis, elle note, elle pointe son quotidien, ses « journées-lignes », c’est les premiers temps de l’émancipation féminine en cette Italie des années 1960. Vrai-faux journal rédigé sur près de deux ans, fait de fragments ponctués par des photographies sépia usées, « Antonia. Journal 1965-1966 » brille de l’écriture de Gabriella Zalapì, toute en douceur et venin, en sensibilité et violence…

Antonia. Journal 1965-1966
Auteur : Gabriella Zalapì
Editions : Zoé
Parution : 3 janvier 2019
Prix : 12,50 €


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