Ter : "Le récit a sans doute pris sa source dans un fragment de rêve."

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Interviews Mis à jour : jeudi 1 juin 2017 05:15 Affichages : 772

TERPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Pip, garnement aguerri dans le pillage de tombes, découvre, endormi au fond d’un tombeau dans un cimetière perdu au milieu d’un désert inhabité, un homme dénudé et silencieux. Qui est-il ? D’où vient-il? Le mystère reste entier. On lui découvre un tatouage avec une main qui lui vaut le surnom de « Mandor ». Ce dernier suit Pip chez lui, fait connaissance avec sa séduisante grande soeur, apprend petit à petit à parler, montre très vite une intelligence fine et une capacité à réparer des objets étranges que Pip a récupérés de ses rapines…Très vite, d’ailleurs, la présence de Mandor alerte les institutions religieuses de la communauté qui voit en Mandor une possible menace qu’ils souhaiteraient bien étouffer au berceau.

Rodolphe a imaginé un récit de science-fiction, à la lisière du fantastique, attrayant et dépaysant. Mêlant personnages attachants et sbires aussi inquiétants qu’attirants, cette histoire nous invite à plonger dans le mystère d’une étrange planète superbement mise en couleurs et en formes par Christophe Dubois.
Rencontre avec les deux démiurges de cette série prometteuse au parfum poivré…

Rodolphe - Scénario

Vous dites que l'une des premières images que vous avez eues de Ter était sans doute ce personnage-narrateur, sans nom, sans âge, sans passé...nu au milieu des sépultures...Toutes vos histoires débutent-elles par une situation humaine? Un mystère?
Le récit a sans doute pris sa source dans un fragment de rêve…Une sorte de vision (toutes proportions gardées! Je ne suis pas un prophète, Dieu m’en garde!). Il y a rarement des idées à la base de mes récits, plutôt des images ou des sensations. Des émotions aussi...

D'ailleurs Mandor, " prophète ou imposteur"? Est-ce là toute la question?
Un récit, c’est un peu une auberge espagnole: on y trouve ce qu’on y apporte. Pour les uns il s’agit là d’un grand roman épique, pour d’autres ce sera en effet une réflexion sur les sociétés, le savoir, la façon dont il est transmis. Le pouvoir des religions… On peut encore y voir une interrogation sur le rôle du langage et l’usage de la mémoire...

Un récit, c’est un peu une auberge espagnole: on y trouve ce qu’on y apporte.

RodolpheVous situez cette série à la croisée de la science-fiction et du fantastique ...Quelles ont été vos sources d'inspiration pour Ter?

Non, je la situe nulle part… A mi chemin de mon globe cervical gauche et du droit (avec un zeste de moelle épinaire, aussi!). Sérieusement, les influences sont innombrables et ceux qui prétendent faire une oeuvre totalement originale dégagée de toute influence sont de jolis farceurs! Toute la vie de l’auteur et celle du monde dans lequel il s’agite interpénètrent bien sur l’oeuvre en gestation. Mais il n’y a dans TER nulle connotation volontaire ou clin d’oeil délibéré à telle ou telle oeuvre de SF ou de fantastique.

Ceux qui prétendent faire une oeuvre totalement originale dégagée de toute influence sont de jolis farceurs!

Évoquons la présence inquiétante la présence inquiétante des collèges religieux du Haut-Mesnil. Comment sont nés Le Bourdon et Beth d'Orlane? Pourquoi avoir donné cette libido décomplexée à Beth? C'est le diable en jupons!

Comme il est écrit dans la Bible Dieu est le sel de la Terre. Mais pour moi le diable en est le poivre. Beth d’Organe est délicieusement poivrée. Si j’étais parfumeur je rêverais de créer un BETH d’ORLANE, mystique et charnel, tendre et sulfureux.

Si j’étais parfumeur je rêverais de créer un BETH d’ORLANE, mystique et charnel, tendre et sulfureux.

Un autre personnage séduit par sa spontanéité rugueuse, c'est Vern, l'amoureux éconduit. N'est-il là que pour exacerber le désir naissant entre Yss et Mandor? Ou va-t-il trouver une place plus glorieuse par la suite?
Je n’ai pas le sentiment de créer des personnages. Ils surgissent et s’imposent. Ensuite je les écoute et je les fait avancer là où leur destin irrémédiablement les conduit. Des fois la ligne de ce destin est complexe à suivre. Là, pour ce généreux bénêt de Vern, elle était assez lisible. Mais vous la découvrirez plus en détail dans le second volet...

Vous aviez déjà travaillé avec Christophe Dubois? Dans quelle mesure diriez-vous que la complicité est indispensable entre le dessinateur et le scénariste? Dans quelle mesure prenez-vous part à la partie graphique ? Donnez-vous par exemple des indications de couleurs, le type de vignettes que vous priseriez ( panoramiques ou autres..)…etc?
Non, je n’avais pas jusqu’alors travaillé avec Christophe. Nous avons été présentés par notre éditeur Daniel Maghen. Mais je connaissais son travail et celui-ci me séduisait et me semblait tout particulièrement adapté à l’univers de TER. Je n’ai pu, dés lors, que me féliciter de cette rencontre et de cette collaboration. La symbiose est parfaite… Concernant les indications que je donne il me semble que celles ci font partie de mes attributions. Et dont je décris scènes, plans, attitudes, expressions. Mais je précise aussitôt qu’il ne s’agit là que de suggestions. N’oublions pas que le dessinateur a généralement une plus grande intelligence graphique que le scénariste. Alors que le meilleur gagne! En final ce n’est pas la part de l’un ou de l’autre qui importe, mais l’oeuvre commune. Le résultat final. Un livre écrit et dessiné à 4 mains...

Enfin pensez- vous avoir des marottes en tant que scénariste? Et lesquelles?
Une bonne douche et un bon Islay single malt à 19 heures…

Christophe DuboisChristophe Dubois - Dessin

Qu’est-ce qui vous a immédiatement séduit dans ce triptyque?

L’histoire! J’ai tout de suite trouvé que c’était un très bon scénario.

Où avez-vous puisé votre inspiration pour ces décors fantastiques?
Après avoir reçu le découpage des dix premières planches, j’ai fait pas mal d’essais pour inventer un univers qui soit cohérent. C’est finalement un séjour sur l’ile de Lanzarote qui m’a inspiré une bonne partie des décors de TER.

C’est un séjour sur l’ile de Lanzarote qui m’a inspiré une bonne partie des décors de TER.

Beth est digne de Manara, Mandor pourrait être un héros de Gibrat…certains des personnages sont-ils sortis de votre pinceau plus difficilement que d'autres?
Merci, ce sont des références flatteuses! Le dessin des personnages est venu très naturellement, je n’ai pas eu de difficulté particulière. Les trois ou quatre principaux protagonistes ont été définis avant de commencer les planches et les autres sont venus au fur et à mesure.

Avec quels outils, supports et matières avez-vous travaillé pour concevoir les planches de Ter? Quelles techniques utilisez-vous?
Je commence par faire un storyboard rapide que j’envoie à Rodolphe. Une fois que nous sommes d’accord, je fais un crayonné sur un calque que je transfère sur un papier à dessin. J’encre. Puis, je colorie directement sur mon encrage. Mes outils sont: de l’encre de chine pour le noir et de l’écoline pour la couleur, il m’arrive, au moment du crayonné, de modéliser en 3d certains éléments, principalement architecturaux.

Mes outils sont: de l’encre de chine pour le noir et de l’écoline pour la couleur, il m’arrive, au moment du crayonné, de modéliser en 3d certains éléments, principalement architecturaux.

Une exposition au Centre Belge de la Bande Dessinée accompagne la parution de Ter  : qu'y trouvera-t-on? En avez-vous imaginé une mise en scène particulière?
J’ai découvert l’expo hier, Je l’ai trouvée vraiment très chouette! C’est très flatteur d’être exposé dans un tel lieu. Pour répondre à votre question, je n’ai pas participé à sa conception. L’exposition présente des planches et des esquisses dont certaines qui n’apparaissent pas dans l’album.

TER 
- L'Étranger (tome 1)
Scénario: Rodolphe
Dessin : Christophe Dubois
Editions : Daniel Maghen
Date de publication : 13/04/2017
ISBN : 9782356740502
Nb de Pages : 80 pages dont un cahier graphique 16 pages
Prix : 16,00 €

Rodolphe - ©GUY BUCHHEIT

Le site de la galerie Daniel Maghen

EXPOSITION TER 
CHRISTOPHE DUBOIS & RODOLPHE
- Du 23 mai au 08 octobre 2017
 au Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles