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Bodas de sangre : des noces funèbres remarquablement accompagnées par la musique de Joan Garriga

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : samedi 16 juin 2018 12:56 Affichages : 559

Bodas de sangrePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Oeuvre majeure de Federico García Lorca, "Noces de Sang", drame s'inspirant de la vie traditionnelle des villages andalous, narre l'histoire d'une passion impossible, irrépressible…et qui finira tragiquement.

Novio se fiance à la belle et riche Novia : le mariage se prépare mais déjà, des nuages inquiétants s’amoncellent au-dessus des futurs mariés. La mère du Novio, craignant de se retrouver seule jusqu'à sa mort, voit d'un mauvais œil cette union ( « Nous aimons savoir ce qui peut nous faire du mal ») et prête l'oreille à tous les commérages au sujet de la promise. Seule la promesse de petits-fils et petites-filles la persuade de donner son accord pour ces noces. La Novia, de son côté, résolue d’épouser son fiancé, n’arrive cependant pas à étouffer son amour pour Leonardo, son précédent fiancé (issu d'une caste farouchement ennemie avec celle du Novio), bien qu’il soit désormais marié. Il faut dire que la réalité d'alors est fort austère pour les jeunes épouses : «  Le mariage, c’est un homme, des enfants et un mur de quatre mètres entre toi et tout le reste. » 

Le matin même des noces, Leonardo arrive avant même que la fiancée ne soit prête : au fil de leur conversation, l’on comprend leur désarroi vis à vis de leur incapacité à éteindre l’amour qui les consume l’un pour l’autre. Le mariage est toutefois célébré, « les amandes amères se remplissaient de miel » et alors que la fête bat son plein, Leonardo s'enfuit avec la Novia. Une longue traque dans les bois s’ensuit, guidée par des voix fantastiques : le fiancé outragé finit par retrouver les fuyards et, dans la nuit funeste, les deux jeunes hommes s’entretuent : « l’heure du sang est revenue. »

Maintenant la nuit est le jour.

BodasDans cette création d’Oriol Broggi, outre le plaisir évident d’entendre en langue originale la prose poétique superbe, teintée de surréalisme et empreinte des traditions andalouses, de Federico Garcia Lorca, ce sont aux compositions musicales et à leur interprétation que reviennent toute l’originalité et la valeur ajoutée. Les mélodies et chants de Joan Garriga renforcent la musicalité et le rythme de la prose de Lorca, s'imposent en protagoniste à part entière, dissertent autour de cette tragédie et imposant le flamenco, emblème de la culture espagnole, invitent au voyage, racontant en notes les passions contenues et déchirées. A l’arrière de la scène sont projetées des séquences vidéos à la photographie superbe qui se marient avec esthétique au sol recouvert de terre, aux lumières sensibles de Pep Barcons et aux déclinaisons de couleurs chaudes qui, seules, avec le blanc du voile de la mariée et le noir austère des costumes des hommes et des dentelles des veuves, s’imposent. Sur scène, trois musiciens de chair et d’os sont entourés de quelques squelettes, représentant sans doute tous les morts que les couteaux cueillent dans ces contrées sauvages où le code de l’honneur ne cesse d'endeuiller les familles.

Le cheval m’emportait vers toi.

Si les comédiens, d’une grande justesse d’interprétation, endossent tour à tour tous les rôles de ce drame amoureux, parfois ils se regroupent sur le devant de la scène pour former un groupe choral qui fait résonner les mots de Lorca avec une belle énergie. On aime aussi la volonté de la mise en scène d’alléger parfois l’ambiance par le biais notamment des chansons entonnées sur le plateau ; quand l’accordéon et les guitares sèches, le temps d’un début de noces entraînant, font danser les convives ; ou par la présence des serviteurs et amis enthousiastes, eux, pour ce mariage. La présence physique du cheval sur scène nous paraît cependant moins pertinente ; si l’on comprend qu’elle symbolise l’animalité et la sauvagerie et qu’elle se veut surréaliste dans ses apparitions décrochées de l’intrigue, l’oeil de cette monture projeté sur le mur de scène, par exemple, suffirait largement à exprimer cela. C’est cependant un détail qui n’enlève rien à la qualité de ce travail. La qualité de la traduction française des surtitres, par contre, est un point faible auquel il est indispensable - et facile -de remédier!

On peut maîtriser, pas pardonner.

"Noces de sang" de Federico Garcia Lorca est une oeuvre puissante... tant elle met en scène des êtres qui ont mal jusqu’au bout des veines, se consument d’amour, de colère ou de tristesse dans une Andalousie corsetée où la pudeur et la retenue font acte de loi...tant les personnages subissent l'échine courbée le poids fatal des héritages familiaux... tant le destin des hommes est intimement lié à celui des paysages et des éléments. Oriol Broggi offre l’opportunité d’entendre la merveilleuse langue du dramaturge-poète par le truchement d’une pièce qui joue habilement avec la force de l’implicite et donne aux personnages la texture de l'allégorie. Stoïques et fiers, profondément espagnols, Ivan Benet, Anna Castels, Nora Navas, Pau Roca, Clara Segura, Montse Vellvehi portent cette histoire de feu et d’eau, d’amour et de haine, d’hommes et de femmes avec une dignité intestine convaincante. Un beau spectacle assurément!

Les garçons appartiennent au vent…les filles ne quittent pas la maison.



Un cri qu’on cache sous ses voiles. Un visage couleur de cendre. Un cavalier drapé de l’étoffe de la nuit. Une couronne de fleurs d'oranger. Une amoureuse amère. Une nuit qui se meurt au tranchant de la pierre. Je t’aime - Ecarte-toi!

Bodas de Sangre
Par Federico García Lorca
Direction et espace : Oriol Broggi
Création musicale : Joan Garriga
Avec : Ivan Benet, Anna Castells, Nora Navas, Pau Roca, Clara Segura, Montse Vellvehí, Un cheval
Musiciens : Joan Garriga, Marià Roch, Marc Serra
Costumes : Berta Riera
Illumination : Pep Barcons
Son : Damien Bazin
Vidéo : Francesc Isern
Caractérisation : Helena Fenoy et Marta Ferrer
Distribution international : Àngels Queralt, Dos Orillas Cultura
Photos : Bito Cels
Remerciements : Marta Filella et Sala Beckett | Une production de La Perla 29 en collaboration avec le Festival Grec de Barcelone.

Dates et lieux des représentations:
- Du 15 au 17 juin 2018 au Festival du Printemps des Comédiens - Domaine d’Ô - Montpellier ( 34)
- Du 20 juin au 28 juillet 2018 au Teatro Biblioteca de Catalunya

Bodas de sangre

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