Gagnez 3 x 2 places au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse avec La Grande Parade !

Tentez votre chance avant le 23 novembre en envoyant vos nom, prénom et adresse postale à :

lagrandeparade@lagrandeparade.fr

- See more at: http://lagrandeparade.fr/index.php/le-manege-des-momes/coups-de-coeur/319-fabian-negrin-jouons-avec-les-mots-au-caprice-du-vent#sthash.o4JUph3T.dpuf

Ruy Blas : amour et politique au temps de Charles II d’Espagne

Écrit par Imane Akalay Catégorie : Théâtre Mis à jour : vendredi 2 février 2018 19:49 Affichages : 429

Ruy BlasPar Imane Akalay – Lagrandeparade.fr / Ruy Blas est une pièce politique très moderne dont le héros éponyme, homme du peuple épris de justice, combat la corruption des grands politiciens. Dans l’Espagne puritaine du XVIIème siècle, Ruy Blas, laquais du peu scrupuleux marquis de Finlas, se voit ordonner de prendre l’identité du cousin de ce dernier, Don Garofa, bandit gentilhomme aussi chevaleresque que son cousin est obscur et cynique. Sous cette identité d’emprunt, le héros romanesque secrètement amoureux de la reine gravira les échelons sociaux et s’engagera pour faire triompher la justice. La mise à nu de son identité sonnera sa fin.

Dans cette œuvre qui dénonce l’élitisme institutionnalisé et la collusion du pouvoir et de la richesse, les véritables héros sont ceux qui transgressent les règles sociales : Don Garofa, noble désargenté qui change d’identité et se fait connaître sous le nom de Zafari, voyou romanesque et généreux ; son ami Ruy Blas qui représente la voix du peuple, prend le pouvoir non par ambition sociale mais par amour, en use non pour s’enrichir mais pour dénoncer la corruption ; mais également la reine, qui rêve d’aller à la rencontre des lavandières, et admet son amour pour un roturier. Les anti-héros quant à eux, se définissent par leur rang social ou les pouvoirs qu’il leur confère : Finlas, disgrâcié pour avoir séduit et refusé une d’épouser une suivante de la reine ; les ministres qui, sans scrupule, négocient entre eux le partage des biens de l’Etat pour leur enrichissement personnel. Les costumes classiques soulignent les personnalités : Finlas est aussi sombre que ses desseins, Don Garofa/Zafari superbement dépenaillé porte la cape avec la prestance d’un héros d’Alexandre Dumas ; le modeste et incorruptible Ruy Blas se définit par la sobriété de son habit. Les personnages de la cour, duègnes et ministres -- ceux qui restent dans leur rang-- sont des sosies de noir vêtus, mantilles pour les premières, longues chevelures blondes pour les deuxièmes.

Ruy Blas est aussi une pièce féministe où la jeune reine étrangère a le pouvoir de faire tomber en disgrâce un aristocrate, de prendre les rênes du pays en l’absence de son royal époux peu enclin à gouverner, et de faire nommer son amant premier ministre, mais tout cela, sous l’oppression de la tradition symbolisée par les duègnes gardiennes de l’orthodoxie et tout en tenant son rang de femme.

La mise en scène rythmée et dynamique de cette pièce en cinq actes et en alexandrins combine tous les ingrédients permettant d’offrir aux spectateurs un excellent moment de théâtre, et évite l’ennui d’une représentation trop classique : pointes d’humour en finesse, conception sonore très moderne avec des musiques allant du blues à la samba brésilienne, scènes de cape et d’épée remarquablement exécutées et autres pirouettes, utilisation de tout l’espace – certains personnages surgissent des balcons du théâtre ou du fond de la salle. Le lieu d’ailleurs se prête parfaitement à cette pièce, avec son style suranné et charmant offrant balustrades de bois sombre sculpté, plafonds à caissons et tentures de velours rouge. La mise en scène offre quelques moments inénarrables : les duègnes, dont la principale est jouée par un homme, valent leur pesant d’or et la scène où elles entourent la reine telles dans un tableau du Greco, toutes de noir vêtues, sinistres et compassées, est caricaturale ; les épisodes de beuverie truculente et gaguesques déclenchent l’hilarité. La mise en scène respecte avec finesse les équilibres du cocasse et le tragique.

Corruption et intrigues, hiérarchisation des classes, solitude du pouvoir, mais également engagement féministe et démocratique, les thèmes traités en font une œuvre résolument contemporaine et toujours d’actualité. La mise en scène de la compagnie les Nomadesques est de qualité et la pièce convient à tous les publics. A voir pour réviser ses classiques en passant un très agréable moment.

Ruy Blas

Auteur : Victor Hugo
Artistes : Franck Cadoux, Vincent Caire ou Alexandre Tourneur, Gaël Colin, Damien Coden, Cédric Miele, Aurélie Babled, Karine Tabet
Metteur en scène : Vincent Caire

Crédit-photo : Charlotte Spillemaeker

Dates et lieux des représentations: 

- Jusqu'au 20 avril 2018 au Théâtre le Ranelagh ( 5 Rue des Vignes, 75016 Paris)