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Le dernier voyage de Sindbad : un récit du XXIème siècle reçu comme un message enfermé dans une bouteille jetée à la mer

Écrit par Philippe Delhumeau Catégorie : Théâtre Mis à jour : lundi 4 décembre 2017 19:03 Affichages : 1155

SinbadPar Philippe Delhumeau - Lagrandeparade.fr/ Pâques 1997. La mer Adriatique. Une embarcation d’Albanais, le Kater I Rades. La mer, une vaste étendue de liberté et d’eaux interdites. Un navire de guerre italien éperonne le bateau albanais qui coule à pic. Plus de quatre-vingt victimes ne reverront plus jamais le jour.

Années 2000 à aujourd’hui. La mer Méditerranée. Des dizaines d’embarcations de gens fuyant leur pays. La mer, une vaste étendue de liberté et d’Occident à l’horizon. Des garde-côtes italiens, grecs, maltais dépassés et submergés par le flot incessant d’hommes, de femmes et d’enfants en grande détresse. Combien de bateaux de fortune arriveront à bon port ? Où ? Combien de migrants fouleront la terre ferme ? Laquelle ?
2003, Erri De Lucca écrit L’ultimo viaggio di Sindbad (texte édité chez Gallimard en 2016).
Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Ont-ils tous eu un capitaine Sindbad qui connait la mer comme personne ?
Platon : « il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer. »
Les vivants, ces passagers soufflés par la détermination de partir vers un ailleurs où le ciel est peut-être plus bleu que bleu. Les morts, ceux qui ont versé leur dernier souffle pour ne plus voir le ciel plus noir que noir. Sindbad, celui qui va sur la mer et embarque à son bord des porteurs d’histoires tragiques pour un ultime voyage. Des hommes, des femmes dont une enceinte qui ont tout juste le droit de rester dignes à fond de cale. Leur musique, la caresse des vagues sur la coque, le fracas des lames se brisant sur la carcasse du vieux rafiot, la voix de Sindbad qui résonne comme un écho porté par une légende maritime séculaire.
2017, Thomas Bellorini met en scène Le dernier voyage de Sindbad.
Théâtre 13 Seine, douze comédiens murmurent en silence des mots inaudibles. Une prière avant le grand départ vers l’inconnu ? Les yeux sont rivés sur le néant, les corps sont immobiles comme transis par un froid intérieur qui glace le sang.
Le spectacle lève l’ancre, les voix sont jetées à leur propre sort. L’histoire de Sindbad le marin lève le voile sur une histoire extraite des Mille et une nuits. La direction musicale, une guitare, un violon, des percussions, une contrebasse, un accordéon, un vibraphone.
La scène s’empare de ces hommes et de ces femmes condamnés contre leur gré à prendre le large coûte que coûte. La mer les emporte sur ses eaux calmes, les enserre dans sa rage, les métamorphose à les rendre presque insouciants et festifs, les délivre d’un temps suspendu aux doutes et à la peur. Les respirations se font vives quand les voix entonnent des chansons à l’accent turc et hongrois. Les langues se font plurielles, la polyphonie rassemble des cœurs et des âmes en déshérence d’avenir. Leur histoire respective est tue le temps du voyage et se livre à qui veut l’écouter dans la pénombre de la cale.
La lumière, bleue ou sombre, est le point qui relie le ciel et la mer. Les espaces s’ouvrent, se ferment et s’éclaircissent au fur et à mesure que le bateau avance. La scénographie, une concentration établie sur l’eau avec ses emportées mythologiques et maritimes, dans l’air conçu comme un espace de liberté et de poésie. Preuves en sont les performances acrobatiques de la danseuse qui suspendent la respiration du public au gré de la calligraphie dessinée par son corps.
Les comédiens ont pris possession de l’espace en s’imposant volontairement des limites réduites de déambulation. Une façon de sortir entier de l’étreinte du destin et des règles imposées par Sindbad.
Ces hommes et ces femmes sont l’incarnation de tous ces errants qui traversent les mers au risque et péril de leur vie. L’Europe ne leur ouvre pas ses bras, les migrants tendent leurs mains à la civilisation occidentale. Comment les accueillera-t-elle ? Les acceptera-t-elle dans son poumon oxygénant la vie et l’amour ?
Brenda Clark, Anahita Gohari, Stanislas Grimbert, Simon Koukissa, Frédéric Lapinsonnière, Adrien Noblet, Céline Ottria, François Pérache, Marc Schapira, Gülay Hacer Toruk, Zsuzsanna Varkonyi et Jonathan Zeugma, tous ont ébloui le spectacle de leur présence, de leur force à se surpasser dans leur interprétation respective, de crier leur humanité au nom de tous les migrants vivants ou disparus.
La mise en scène de Thomas Bellorini, une poésie écrite en vers et contre toutes les bêtises des hommes qui font couler larmes et sang des leurs dans leur pays, une fable contemporaine où résonne une musique interrompue de volontaires porteurs d’espoir et fardés de courage pour tout un peuple, une chorégraphie esquissant les rêves en espoir, la doute en inconnu.
C’était la dernière traversée de Sindbad. Thomas Bellorini et de son équipage continueront de traverser d’autres scènes, d’autres paysages artistiques foisonnant de récits de vie et d’humanité.

Le Dernier voyage de Sindbad - Fable contemporaine musicale
Erri de Luca / Thomas Bellorini
Avec Brenda Clark, Anahita Gohari, Stanislas Grimbert, Simon Koukissa, Frédéric Lapinsonnière, Adrien Noblet, Céline Ottria, François Pérache, Marc Schapira, Gülay Hacer Toruk, Zsuzsanna Varkonyi et Jo Zeugma

Traduction : Danièle Valin (éditée chez Gallimard)
Direction musicale : Thomas Bellorini
Lumière : Victor Arancio
Costumes : Jean-Philippe Thomann
Son : Nicolas Roy
Collaboration artistique : Anahita Gohari
Assistanat : Marie Surget


Co-production : Compagnie Gabbiano, Le Centquatre-Paris, avec le soutien du Théâtre 13 / Paris

- ‎Du 30‎ ‎novembre au ‎20‎ ‎décembre‎ ‎2017 au Théâtre 13 Seine - PARIS