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Une femme extraordinaire : sexe, mensonges et vidéo

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Théâtre Mis à jour : mercredi 29 novembre 2017 17:07 Affichages : 245

Femme extraordinairePar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ Quoiqu’on pense de la pièce, "Une femme extraordinaire", le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux acteurs, comme l’auteur-metteur en scène, sont culottés… Enfin, façon de parler, parce qu'Anna Stern et Daniel Hederich qui jouent, respectivement, Lila et Renaud, passent une bonne partie de la pièce à poil, mimant les scènes de sexe, comme dans un peep-show. C’est chaud ! Les propos, au début, sont même parfois trash et dignes d’un film porno gonzo (les amateurs apprécieront). Ce spectacle est  d’ailleurs déconseillé aux moins de 18 ans. Il faut savoir que le sexe est une des obsessions d’Arthur Vernon. Il s’est souvent exprimé sur cette thématique, que ce soit dans ses écrits (« La vie, l’amour, le sexe »), au cinéma (« Les Filles d’Eve et du Serpent »), ou à la radio, notamment auprès de l’ex-hardeuse Brigitte Lahaie sur RMC, puis sur Sud Radio.

Or donc, Lila et Renaud, deux jeunes gens épris de liberté sexuelle, forniquent comme des lapins. Ils vivent une passion torride, qui les pousse à envisager le mariage, à Las Vegas. Ce qui tendrait à penser que tout ça n’est pas destiné à durer. On apprend d’ailleurs très (trop ?) vite que Lila aurait brisé le cœur de nombreuses personnalités du cinéma. Du moins, c’est ce qu’elle dit, comme le fait qu’elle serait mannequin (d’origine russe ?!), et reviendrait d’un shooting de lingerie, au Brésil… payé 20 000 euros (!!), pour quelques heures. Il parait évident que Lila dissimule un secret, que Renaud n’est censé découvrir qu’après la cérémonie de mariage. Bref, non seulement elle le trompe, mais il se trompe sur son propre compte. D’ailleurs, il est question d’argent entre eux, mauvais signe. Elle lui a emprunté 10 000 euros. Alors, ou bien Renaud est naïf, voire idiot. Ou bien il est aveuglé par l’amour. Ou plutôt par sa dépendance sexuelle. Lila le mène par le bout de la… corde au cou. C’est là où le bât blesse. Le spectateur a quasiment tout compris, dès le début : elle lui ment et ça se terminera mal.
Cette pièce contemporaine, très branchée réseaux sociaux, se veut un travail sur la « désacralisation de la sexualité ». Qui se doit d’être libre, on l’aura compris. Rien de nouveau sous le tréteau. Ce travail a déjà été accompli - l’auteur n’est pas sans le savoir - , depuis les années 70, que ce soit en danse contemporaine, à l’opéra, comme au théâtre. Alors, qu’apporte cette pièce de plus ? Où est l’originalité ici ? Le fait qu’elle est à contre-courant, par les temps qui courent, peut-être. Est-ce suffisant ? Car, que voit-on ? Deux jeunes qui s’envoient en l’air comme aux premiers jours. Logique, ils viennent de se rencontrer. Quant à la symbolique du jeu de domination, et de soumission (par la pratique du bondage), c’est aussi du déjà-vu. Au cinéma notamment (Oshima, Polanski, Liliana Cavani, avec Portier de nuit, etc…) et en littérature (la liste serait trop longue). Les ficelles sont donc un peu grosses… Tout au long de la pièce, on se demande où veut en venir Arthur Vernon qui, en voulant trop en mettre (vidéo, musique, photos, smartphones, réseaux sociaux, nudité, dialogues, monologue explicatif…) alourdit son propos, en l’embrumant. Notons qu’il n’y a pas un livre dans le décor, constitué d’un lit rouge passion, d’un côté, d’un balcon, de face, sur fond de jardin en mobilier basique. Quand ils ne « baisent » pas (car ils ne font pas l’amour, ils font du sexe, comme on dit aux Etats-Unis), ils sont au téléphone, ou se prennent la tête dans de vaines tentatives de réconciliation… sur l’oreiller.
Quel est le vrai sujet, se demande-t-on alors ? L’aveuglement provoqué par l’amour ? La puissance de l’alchimie sexuelle ? La folie humaine ? La prétendue schizophrénie féminine ? La domination de l’argent ? L’obsession de la célébrité ? A ce propos, le jeune auteur use et abuse du name-droping (le fait de citer des noms célèbres) et des références cinématographiques (Fabrice Luchini est ainsi une nouvelle fois invoqué), mais aussi Gaspard Honoré, Jean-Luc Godard, Cluzet… Les jeunes d’aujourd’hui sont fascinés par le monde du showbiz et de l’entertainment : du divertissement. Un monde de l’image et du loisir, factice, superficiel, sans réelle profondeur. Le fameux miroir aux alouettes, basé sur une « peopolisation » exacerbée de la vie publique : to be bankable or not bankable. Vendeur, connu ou pas connu… "Une femme extraordinaire" a le mérite de soulever la question. Où va une société basée sur l’argent, l’image et le rapport de force ? Dans le mur… Comme nos deux tourtereaux dont l’union ne prendra pas, parce qu’ils sont creux. Ils n’ont pas assez de vécu. Ils veulent tout trop vite. Abandonnent avant d’atteindre leur but, pour ne pas avoir voulu faire l’effort de patienter, travailler, souffrir dans l’effort.
Sur ce point, reconnaissons l’engagement des acteurs, Anna Stern (au corps de danseuse, sensuelle et musclée, et d’une beauté troublante), et Daniel Hederich (plus râblé, il tente de garder les pieds sur terre et montre bien la souffrance de l’amant), comme celui de l’auteur, qui se dévoile sans fards. Il se dégage de la pièce des images fortes, des notes d’humour (trop rares) qui font mouche (comme le visage de Sartre qui apparait en photo de profil, ou le private joke du mystérieux impresario et producteur, en papa de substitution, prénommé René). La construction narrative est audacieuse et originale. Le public est sollicité, par exemple, et une psy et un flic interviennent, lors d’une astucieuse mise en scène, pour illustrer le regard, le jugement, de la société. Il s’agit d’un texte qui serait peut-être mieux adapté au cinéma, tant il est avant tout basé sur des éléments visuels (sexe, écrans). L’Affiche d’Une femme extraordinaire ressemble d’ailleurs beaucoup à une affiche de cinéma. Alors, pourquoi pas une adaptation entièrement filmée ? Ah ! oui, l’argent... encore l’argent. Mais bon, y’a qu’à demander à René. Bon, allez, rien que pour le couple d’acteurs « extraordinaires », il faut aller à la Folie Théâtre, rue de la Folie-Méricourt. Un truc fou va forcément vous arriver en fin de spectacle… Que vous n’êtes pas prêt d’oublier.

Une femme extraordinaire
Texte et mise en scène:  Arthur Vernon
Avec Anna Stern et Daniel Hederich

A la Folie Théâtre, jusqu’au 27 janvier 2018 , les jeudis, vendredis et samedis à 21 h 30 ( 6, rue de la Folie-Méricourt – 75011 Paris. Métro St-Ambroise. - Réservation au 01 45 55 14 80 / www.folietheatre.com )

Le blog de Guillaume Chérel