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De Meiden : Madame est un homme comme les autres

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : vendredi 21 juillet 2017 20:27 Affichages : 323

Les bonnesPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Solange, Claire, Madame...Extraordinaire huit-clos de Jean Genet où fermentent tout à la fois une relation sororale d'une fusion-répulsion morbide, et un lien domestique où fascination et éxécration s'embrassent. Lieu de toutes les oxymores dans lequel tout peut déraper tant les réactions sont épidermiques, les rancœurs étouffantes et les enjeux enfouis débordent du socialement acceptable. Sublime théâtre au bout des doigts duquel dominants et dominés s'étreignent et s'entredévorent confusément. 

En déplaçant les appartements de Madame dans le centre d'un Amsterdam d'aujourd'hui, Katie Mitchell a préféré à la thématique de la domination des femmes par les femmes, mettre en exergue l'exploitation patriarcale de milliers de femmes d'aujourd'hui, émigrées économiques, recluses dans la clandestinité et sous l'autorité écrasante de ceux dont elles dépendent. Pour ce faire, Claire et Solange sont ici polonaises. Deux langues s'imposent ainsi dans cette pièce, celle imposée par les maîtres et celle du pays d'origine. Atmosphère pesante et aux accointances de polar ( on use des gants mappa comme pour éviter de laisser des traces, on fait des clichés de la future scène du crime et des bruits inquiétants font tressaillir le coeur itérativement). Jeux de lumières au travers des baies vitrées protégées de voiles transparents, menaces potentielles de l'arrivée d'un tiers indésirable. Ces bonnes ne cessent de guetter les allers et venues de la rue, s'inquiètent d'être toujours découvertes. Si elles ont réussi, au moyen de lettres anonymes, à faire emprisonner Monsieur, il faut maintenant se débarrasser de Madame, son impressionnant conjoint travesti. Madame et ses tenues d'apparat, ses accessoires pour faire d'elle une femme, les fascine autant qu'elle leur donne des envies de meurtres. Solange et Claire aiment à jouer en boucle une même scène, celle de l'heure où elles oseront franchir le pas et se débarrasser de cette maîtresse immaitrisable et arbitraire. Ces scènes que tout un chacun se rejoue en boucle, celles de nos fantasmes où nous avons enfin le courage d'achever ce que notre lâcheté quotidienne empêche systématiquement à l'ultime sursaut.
Dans une scénographie époustouflante de réalisme, représentant un appartement cossu avec, à gauche, l'immense dressing de Madame, au centre sa chambre et sa table de maquillage et à droite le couloir de l'entrée et qui mène à la cuisine, ces bonnes en leggings s'activent et se démènent à ce que l'impeccable soit toujours de mise. Claire ( Marieke Heebink) tousse beaucoup, crache parfois du sang et pourtant elle semble plus sûre d'elle, plus forte que Solange ( Chris Nietvelt) qui la dépasse en taille mais tremble et faiblit sans cesse. Leur jeu de travestissement et de comédie met immédiatement mal à l'aise; Madame n'est-elle qu'un prétexte à l'expiation d'autres pensées homicides? " Tu es ma mauvaise odeur." La soeur est un miroir déformant de soi-même, une image avec laquelle il faut composer, qui agace et qui attire ou émeut selon les heures, et le confinement n'aide en rien à lisser les mauvais penchants de leurs âmes vidées et lasses. Lorsque Thomas Les bonnesCammaert entre, immense créature blonde plantée sur ses talons, il magnétise le regard et de son déshabillage de diva caractérielle à son rhabillage d'amoureuse surexcitée, il électrise tout le plateau, reléguant les deux bonnes à des faire-valoir ternes et impuissants...même à lui faire ingérer une petite gorgée de tisane de camomille. Madame explose en paillettes, en faux-cils-culs-seins et perruques et le comédien incarne à la perfection ce rôle tant il est à la fois d'une beauté scandaleuse, intrinsèquement délicat et élégant, et se pare en même temps de tenues et de maquillages d'une vulgarité outrageuse, reflet de ce scandaleux écart entre la condition de ces femmes qui travaillent avec des salaires de misère et le luxe et le manque de savoir-vivre et être de ceux qui les payent. Katie Mitchell insère aussi des épisodes de ralentis d'une belle facture qui mettent le temps en suspension, l'espace de quelques secondes, expression tragique d'un basculement vers le sordide qu'on ne maîtrise plus. Le choix des musiques insérées fait sens de même; toujours en contraste saisissant avec la situation du moment.
Ces "Bonnes" et Madame saisissent par leur surprenante contemporanéité; souvent, les mises en scène des "Bonnes" de Genet nous plongent dans une atmosphère détachée de la réalité, le fantasme l'emportant sur la réalité. Ici Claire et Solange, sur le lit de Madame, bouleversent dans l'ultime scène, par leur humanité retrouvée et l'acceptation résignée de leur condition d'esclave moderne.

Les Bonnes
Texte :Jean Genet / Traduction Marcel Otten

Mise en scène : Katie Mitchell

Dramaturgie : Peter van Kraaij
Musique : Paul Clark

Scénographie : Chloe Lamford

Lumière : James Farncombe

Son : Donato Wharton

Costumes : Wojciech Dziedzic

Assistanat à la mise en scène : Tatiana Pratley
Avec Thomas Cammaert, Marieke Heebink, Chris Nietvelt

Production : Toneelgroep Amsterdam
 - Avec le soutien de Emmerique Granpré Moliere, et pour la 71e édition du Festival d'Avignon : Dutch Performing Arts Fund
Les Bonnes de Jean Genet est publié aux éditions Gallimard.

Dates et lieux des représentations: 

- Du 16 au 21 juillet 2017 à l'Autre Scène du Grand Avignon-Vedène - Première en France - Festival d'Avignon

- Du 22 novembre au 2 décembre 2017 au Stadsschouwburg d'Amsterdam