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Songes et Métamorphoses : un diptyque qui lasse de trop de paillettes

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : lundi 3 juillet 2017 16:47 Affichages : 241

SongesPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Dans "Le songe d’une nuit d’été" shakespearien, une troupe improvisée de comédiens met en scène la « courte et fastidieuse histoire du jeune Pyrame et de son amante Thisbé », l'une des métamorphoses d’Ovide…de là à faire le lien avec d’autres récits de l’auteur latin, il n’y a que des artifices scéniques dont Guillaume Vincent use avec plus ou moins de force dans un diptyque un tantinet longuet.

Non que l’on n’applaudisse pas à sa juste mesure le travail effectué autour de la mise en abîme qui se décline sous des formes aussi extravagantes que judicieuses tout au long des deux volets ; dans « Métamorphoses » notamment s’enchaînent en effet des situations de théâtre diverses et qui parlent à tout un chacun : la représentation scolaire de fin d’année durant laquelle des enfants interprètent le mythe de Narcisse, l'atelier-théâtre d’un groupe de lycéens en féroce crise d’adolescence autour des mythes des deux jeunes crétoises lesbiennes Iphis et Ianthé et de l’incestueuse Myrrha, ou encore la présentation de scènettes de comédiens en formation : un Pygmalion à la Galatée blonde péroxydée, une Procné infanticide pour venger sa soeur Philomèle. S’ajoute, en fil conducteur, un personnage, ce fameux prof de français, Monsieur Gailhac, que tout le monde a bien identifié comme le révélateur indispensable de toute vocation théâtrale… Il est déjà là à l’école, enseignant charrié par des parents plus ou moins convaincus par la pertinence du mythe représenté; on le retrouve au lycée, charismatique et adoré de ses élèves qui voient en lui la possibilité de faire un acte politique, de s’affirmer en tant que soi; il est acclamé enfin par l'animatrice des cours des comédiens professionnels, incarnation de la nostalgie des premières heures sur les planches. A cela aussi Guillaume Vincent associe toute la "machinerie" du théâtre qui se met en place avec des jeux de rideaux constants, des costumes en veux-tu-en-voilà, des perruques, des accessoires, des effets spéciaux (l’apparition d'un hermaphrodite est d’une illusion remarquable!)…sans compter des répliques, dialogues et tirades tissant sur le thème lui-même : l'on pense notamment aux quelques minutes de la colère de Milie qui exprime son rejet d’un type de théâtre qui part de la personnalité de l'acteur :" ça regarde qui d'où l'on vient?"…

Si l’un des objectifs consiste à démontrer la puissance cathartique du théâtre, il est atteint assurément! Ovide dépeint des attitudes monstrueuses qui révèlent des malaises profonds : une effrayante leçon de psychanalyse. Guillaume Vincent retranscrit ici avec une sensibilité troublante toute l’essence de ces mythes au propos flirtant avec le cauchemar et l’ubris. La fantasmagorie du récit se heurte de plein fouet avec une réalité de plateau très concrète et cela crée une impression fort dérangeante. 
Songes L’on dérive ensuite vers "Le songe d’une nuit d’été", comédie shakespearienne qui perd, c’est le moins que l’on puisse dire, de sa légèreté dans cette adaptation trop portée, à notre goût, au creux de la culotte et d’une folie inquiétante et latente. On y retrouve les acteurs des "Métamorphoses" : les deux adolescentes surexcitées incarnent respectivement une Hermia androgyne ( Elsa Agnès) et une Helena cul-cul-la-praline ( Elsa Guedj), leurs compagnons de classe sont Demetrius et Lysandre ; M.Gailhac s’est métamorphosé en Puck pour l’occasion et la troupe des comédiens professionnels incarnent les interprètes amateurs devant représenter « Pyrame et Thisbe ». La scénographie est épatante ; elle drape un décor entre rêve et réalité : une salle de répétition dans un lycée, un soir de bal où les cadavres des bouteilles s’entrechoquent régulièrement sous le poids de nouvelles compagnes de détresse. Au travers des baies vitrées attenantes au plafond transparait un monde merveilleux à la végétation aussi magique que luxuriante. Tout autant dans la forêt enchantée d’Obéron et de Titania ( toutes deux incarnées par des femmes…choix que l’on trouve peu pertinent mais que l’on comprend commode) que dans le monde d’aujourd’hui, les deux couples de jeunes premiers se heurtent à la sauvagerie de leurs émotions et désinhibés par le cadre exceptionnel dans lequel ils sont livrés à eux-mêmes et les sorts qu’on jette sur certains d’entre eux, ils outrepassent les règles de bienséance que leur éducation devrait leur conférer. En contrepoint joyeux, il y a la troupe composée de Lecoin, devenu blonde nymphomane pour l’occasion qui ne cesse de rouler des fesses en direction de Bottom (clin d’oeil anthroponymique), benêt notoire qui est transformé en âne pour satisfaire la vengeance d’un mari ; Groin qui jouera le mur ou encore Etriqué, qui s’acquitte du rôle du lion ( truculente Emilie Incerti Formentini).
Que dire pour rester juste vis à vis de ce diptyque théâtral sinon qu’il pourrait être de génie s’il ne pêchait par un excès d’effets? Que ce songe vire doucement au cauchemar est aussi pertinent que drôle, qu’un dialogue s’invite entre Ovide et Shakespeare est une idée exquise mais il y a, assurément, dans cette mise en scène un trop plein de tout qui vire à l’écoeurement : trop de pluie de paillettes, trop de rideaux, trop de chandeliers... Alors oui, le souffle reste en suspension devant la maison effrayante de l’ogresse Procné, les visages blêmissent devant l’inceste consommé ; les comédiens en herbe de Narcisse touchent...Merci, en vrac, à la lune en Moon-Boots pour ses rayons solaires, au lion égyptien, à Puck feu follet diablotin et à cette clôture délirante qui nous extirpe de la noirceur de ce songe bien sombre d'une nuit d'été...Et, pour emprunter au maître, concernant cette critique qui n'a pas su s'enthousiasmer à la juste mesure - peut-être - du travail effectué, nous dirons simplement : " Pardon, nous ferons mieux la prochaine fois" car Guillaume Vincent ne manque pas de talent, c'est indéniable! 


SONGES ET METAMORPHOSES
Mise en scène : Guillaume Vincent
Avec : Elsa Agnès, Paul-Marie Barbier, Lucie Ben Bâta, Jeanne Cherhal, Elsa Guedj, Emilie Incerti Formentini, Florence Janas, Hector Manuel, Estelle Meyer, Alexandre Michel, Philippe Orivel, Makita Samba, Kyoko Takenaka, Charles Van de Vyver, Gerard Watkins, Charles-Henri Wolff et la participation de David Jourdain, Muriel Valat
et les enfants : Margot Bansront (Narratrice), Hugo Darbousset (Narcisse), Anna Darbousset (Echo), Tristan Gayet (Narrateur)
Dramaturgie : Marion Stoufflet
Traduction : Jean-Michel Déprats
Scénographie : François Gauthier-Lafaye en collaboration avec James Brandily et Pierre-Guilhem Coste
Lumières : Niko Joubert en collaboration avec César Godefroy
Composition musicale : Olivier Pasquet et Philippe Orivel
Son : Géraldine Foucault en collaboration avec Florent Dalmas
Costumes : Lucie Ben Bâta en collaboration avec Elisabeth Cerqueira et Gwenn Tillenon
Collaboration mouvement : Stéfany Ganachaud
Assistanat à la mise en scène et répétiteur enfants : Pierre-François Pommier
Régie générale et vidéo : Edouard Trichet Lespagnol
Régie plateau : Muriel Valat, David Jourdain
Régie micros : Rose Bruneau
Perruques et maquillages : Justine Denis et Mytil Brimeur
Marionnette : Bérangère Vantusso
Moulage : Anne Leray
Photo décor : Flavie Trichet Lespagnol
Coach vocal : Marlène Schaff
Communication/diffusion : Ninon Leclère
Production/administration : Laure Duqué et Simon Gelin
Photos : Elisabeth Carecchio
Musiques de Benjamin Britten, Félix Mendelssohn, Henry Purcell
Remerciements à Carole Jolinon
Crédit-Photo : Elisabeth Carecchio

Dates et lieux des représentations:
- Du 23 au 25 juin 2017 au Printemps des Comédiens - Montpellier ( 34)

On avait vu aussi en 2013: 

 la nuit tombeIl était une fois une histoire qu'on ne vous racontera pas... parce que les récits les plus indélébiles sont ceux que l'on s'invente soi-même et aussi car "La nuit tombe" a l'envergure de laisser son ombre durablement dans votre esprit. L'écriture de Guillaume Vincent, aux confins d'un merveilleux hystérique et décalé, vous invite à être le deuxième être démiurge de cette fable étrange. Maître d'orchestre d'une "cacophonie " harmonieuse épatante ( avec une distribution de grande qualité , une mise en scène savante, l'utilisation pertinente de marionnettes, des effets spéciaux saisissants et des décors superbes ), il entremêle des voix , des destins, qui se croisent parfois , sont sensibles à l'atmosphère du lieu qui les enserre comme une malédiction et chaque "moment" dramatique éclabousse par son intensité. Des bouts de vie mis côte à côte qui se répondent, se heurtent, vibrent , sourient parfois et espèrent avec une rage souffreteuse qu'un ange les libère. La nuit tombe , comme un cri à mi-chemin entre l'horreur et l'acceptation résignée, fait résonner en nous des questions existentielles aussi complexes que salutaires. Mais elle ménage aussi des parenthèses furtives de soleil , de tendresse et d'humour. Les personnages sont des albatros que leurs ailes de géant empêchent de voler tant ils se font mal et se brisent par maladresse...Métaphore poignante de la vie, cette pièce a la fragilité émouvante d'une aile de papillon. Alors oui, foncez voir...on ne peut être indifférent au travail de Guillaume Vincent : on est à Babel, ici ou là, on voit un rêve ou la réalité...c'est Noël ou un soir de noces... la vie est là en tous cas, palpitante et écorchée, et n'attend que votre oreille pour s'épancher...et elle n'oublie pas de rire à la fin, comme un trésor de générosité , en rappelant l'illusion du théâtre , et rassurer - un peu- la pauvre petite chose humaine que nous sommes...

La nuit tombe
Texte et mise en scène: Guillaume Vincent
Avec Francesco Calabrese, Émilie Incerti Formentini, Florence Janas, Pauline Lorillard, Nicolas Maury, Susann Vogel.