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Democracy in America : une peinture saisissante de l’Amérique rurale par Romeo Castellucci

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 3 septembre 2017 08:03 Affichages : 641

democracy in americaPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Quel sens donner au mot démocratie? Une question qui traverse obsessionnellement l’oeuvre du metteur en scène Romeo Castellucci. S’inspirant de l’essai d’Alexis de Tocqueville sur le nouveau système politique américain, qui dissèque l’anatomie de cette démocratie qui renaît sur un territoire vierge, à partir « d’un modèle politique usé par les siècles dans la vieille Europe », Democracy in America « n’est pas une réflexion sur la politique mais plutôt, peut-être, une de ses conclusions possibles», affirme son démiurge.

La démocratie américaine se fonde sur les principes du puritanisme et de l’égalité des individus. Elle a ôté « l’expérience de la Tragédie en tant que forme de conscience et de connaissance politique de l’être. Le grand laboratoire artificiel de la négligence de l’être - la Tragédie » y a été mis au rebut. Avant, sur les gradins du théâtre, le spectateur vivait une « expérience vitale et antibiotique » qui permettait «  au citoyen de constater, encore et encore, la dysfonction existentielle, d’écouter la plainte de la victime expiatoire, qu’aucune politique n’était en mesure - encore - de sauver. » Dans la Grèce classique, « la Tragédie était le double nécessaire et l’ombre de la Démocratie athénienne. » La démocratie américaine a supprimé le sacrifice, les dieux, le Bouc Emissaire…Vers qui alors tourner le couteau? Expier ses erreurs? Dans « Democracy in America, le théâtre « retrouve sa fonction première: être le double obscur et nécessaire du combat politique et des formes que prennent les sociétés de l’espèce humaine. »

Vous êtes perdu(e)? Il ne faut pas...les pièces de Romeo Castellucci remuent les tripes, plongent l'imagination dans des visions fantasmagoriques à la facture originelle et le viscéral est au moins aussi important que la démarche intellectuelle sous-jacente. Ce sont des oeuvres qui peuvent être reçues donc sans intellectualiser et dont on ne peut sortir indifférent...

1705. Elisabeth vend sa petite fille pour acheter des outils agricoles. Pauvres fermiers évangélistes que la faim tenaille, la foi inébranlable en Dieu de Nathanaël culpabilise son épouse qui ne peut résister, parfois, au blasphème. Le jour de l’abandon de son enfant, elle se met soudain en « parler en langues », littéralement possédée. Des représentants de l’Eglise Pentecôtiste ( seulement présents par des voix off terrifiantes) viennent l’accuser et condamnent les deux parents à une punition terrible…et même des indiens, non loin de là, ont vu passer une femme effondrée portant un enfant. Eux aussi sont des boucs émissaires. Leur dialogue invite à une réflexion sur le langage. « Parler sert à chasser et à poser des pièges », dit l’un d’eux. Ces envahisseurs « peuvent tuer avec les mots. » Ils ne connaissent pas le silence : «  pour eux, le silence est un mot qui parle. » Tandis que l’autre ne « veut pas plier sa langue », son compagnon insiste sur la nécessité de connaître les mots de leurs adversaires : « Tu glisses dans le ruisseau de leurs mots. » « Nous devons savoir où va le ruisseau. » Autour de cette parabole tragique se dessine un portrait de l’Amérique rurale, qui puise dans le fantasme et le cliché pour nous plonger dans un réalité saisissant. Tous les protagonistes y laissent littéralement leur peau et la langue, à la fois outil de communication et d’identification, s’invite au coeur de chaque tableau : glossolalie hystérique chez Elisabeth, leçon d’anglais pour le duo d’apaches, anagrammes cyniques à partir du titre de la pièce ( Enemy Macro Cardiac / Ice Canada Memoir Cry) énoncés sur les drapeaux de jeunes femmes en tenue de parade blanche, aux hanches ceintes de grelots.

Constatons le vide à la fin.


democracyUn plateau aussi vaste qu’épuré. Une noirceur de charbon sur laquelle sautillent des soldates blanches, comme autant de moutons peut-être. Une femme nue maculée de sang. Une mère déchue qui espérait que Dieu, comme pour Abraham, retiendrait son geste d’abandon de son propre enfant. Martyre aux cheveux baguette qui font vibrer le fer. Un mur de statues antiques qui, plus tard retourné, fera office de décor caverneux aux peaux rouges. Des minutes évanescentes où la vue se trouble et laisse transparaître un monde oublié. Un dialogue bouleversant d’intensité où seule une fourche et quelques cailloux-patates percent sur le sol. Une bacchanale de coquelicots à toges ou de nymphes à la nudité virginale où se balance le corps christique d’une femme sans tête. L’Amérique en dates et en lois. Des indiens concernés au bord d’une rivière. 
Dans "Democracy in America", l’Amérique est terriblement vibrante de vérité. Roméo Castellucci instaure un fil narratif plus lisible que dans ses précédentes créations mais cela n’édulcore en rien sa capacité fantastique à nous faire ressentir l’originel à l’état pur. Tout contribue à cette sensation troublante : la musique, lancinante, entêtante, qui se nourrit de crépitements, de bruitages. Acouphènes parfois irritants d’un monde sans partie intacte, où tout est trop peu. Véritable sculpteur de la lumière, maître de la perspective, l’on reste aussi admiratif de la pertinence de la scénographie et fasciné par la qualité plastique des quelques minutes proposées derrière l’écran plastifié. Sur scène, douze danseuses locales dirigées en une semaine effectue une performance épatante qui en dit long sur les qualités de direction de Roméo Castellucci. Olivia Corsini et Giulia Perelli, enfin, sont brillantes. Nous sommes au source du mythe. Là où l’imaginaire, à partir de valeurs fondamentales d’une communauté, et à la recherche de sa cohésion, fonde une pratique sociale. Poétique et philosophique, ce manifeste théâtral bourdonne à nos oreilles comme une mouche que l’on n’arrive pas à chasser d’un revers de la main, s’étale sous nos yeux avec la morbidité de pattes de bétail suspendues à des crochets de boucherie, frissonne devant le poitrail dénudé d’Elisabeth… Rappelons que le mot théâtre vient du grec θέατρον qui signifie « regarder, contempler ». Alors on a regardé, on a souffert avec Elisabeth, on s'est rappelé la fragilité de nos démocraties aujourd'hui et on a applaudi fort.

Nos prières sont vaines.

 Democracy in America
Librement inspiré du livre d'Alexis de Tocqueville
Mise en scène, décors, costumes, lumières : Romeo Castellucci
Textes : Claudia Castellucci et Romeo Castellucci
Musique : Scott Gibbons
Avec : Olivia Corsini, Giulia Perelli, Gloria Dorliguzzo, Evelin Facchini, Stefania Tansini, Sofia Danae Vorvila
Et avec les danseuses : Laura Boudou, Judith Arazi, Alice Bounmy, Emmanouela Doliantini, Rosabel Huguet, Roberta Rugiero, Jeanne Colin, Elizabeth Ward, Elise Moreau, Charlotte Hanriot, Charlotte Bossu
Chorégraphies librement inspirées par les traditions folkloriques d'Albanie, de Grèce, du Botswana, d'Angleterre, de Hongrie, de Sardaigne ; avec des interventions chorégraphiques d'Evenlin Facchini, Gloria Dorliguzzo, Stefania Tansini, Sophia Danae Vorvila.

Assistante à la mise en scène : Maria Vittoria Bellingeri
Maître répétiteur : Evelin Facchini
Mécanismes, sculptures de scène et prosthesis : Istvan Zimmermann et Giovanna Amoroso
Réalisation des costumes : Grazia Bagnaresi
Chaussures : Collectif d'Anvers

Machinistes : Andrei Benchea, Pierantonio Bragagnolo, Filippo Mancini
Technicien lumières à la console : Giacomo Gorini
Technicien son à la console : Paolo Cillerai
Technicien de soustitrage : Matteo Braglia
Habilleuse : Elisabetta Rizzo
Photo : Guido Mencari
Direction technique : Eugenia Resta
Equipe technique de production : Carmen Castellucci, Francesca Di Serio, Gionni Gardini, Daniele Magnani
Décorateur : Silvano Santinelli
Attachée de production : Benedetta Briglia
Promotion et distribution : Valentina Bertolino et Gilda Biasini
Assistante à la Production : Giulia Colla
Administration : Michela Medri, Elisa Bruno, Simona Barducci
Consultation fiscale et administrative : Massimiliano Coli

Production déléguée: Societas | En coproduction avec : deSingel International Artcampus; Wiener Festwochen; Festival Printemps des Comédiens à Montpellier; National Taichung Theatre in Taichung, Taiwan; Holland Festival Amsterdam; Schaubühne-Berlin; MC93 - Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny avec le Festival d’Automne à Paris; Le Manège - Scène nationale de Maubeuge; Teatro Arriaga Antzokia de Bilbao; São Luiz Teatro Municipal, Lisbon; Peak Performances Montclair State University (NJ-USA) | Avec la participation de : Théâtre de Vidy-Lausanne, Athens and Epidaurus Festival | L’activité de Societas est soutenue par : Ministero dei beni e attività culturali, Regione Emilia Romagna e Comune di Cesena

Crédit-Photos : Marie Clauzade
Spectacle en italien - surtitre en français

Dates et lieux des représentations :

- Du 15 au 17 juin 2017 au Festival du Printemps des Comédiens - Montpellier ( 34)
- Du 30 juin au 2 juillet 2017 à l’Athens & Epidaurus Festival - Athènes
- Du 12 au 22 octobre 2017 à MC 93 - Bobigny
- Du 7 au 8 novembre 2017 - Le Manège - Maubeuge

- Les 27 et 28 septembre 2017 et le 3 octobre 2017 au Grand Théâtre ( les Grands Théâtres de la ville de Luxembourg)

- Les 25 et 26 janvier 2018 au Maillon ( Strasbourg) & La Filature (Mulhouse)

On avait vu aussi au Printemps des Comédiens en 2015: 

Go DownGo down, Moses : la parabole assourdissante et énigmatique de Romeo Castellucci

Il est des noms dont l'on attend sans doute trop. Le " Go down, Moses" de Romeo Castellucci, l'un des metteurs en scène les plus en vue du théâtre avant-gardiste européen, déçoit parce qu'il semble qu'il cède, selon les scènes, à la facilité d'un symbolisme nébuleux. Comment expliquer cette turbine assourdissante sur laquelle viennent d'enrouler successivement des perruques féminines? Que représentent ces badauds qui ouvrent la pièce par leurs déambulations énigmatiques? Et même s'il existe une explication, quel intérêt ont cette machinerie et ce tableau introductif s'ils semblent illisibles au premier abord et qu'ils ennuient?
Si l'on reconnaît la qualité plastique de cette œuvre et notamment celle de la scène finale, qui plonge admirablement le spectateur à la naissance de l'humanité, si l'on s'accorde à dire que cette parabole, d'inspiration biblique, transposée dans un cadre spatio-temporel contemporain est troublante et si enfin l'on reconnaît que les thèmes abordés exsudent d'une violence originelle et d'une humanité troublante, le tout reste cependant décousu, physiquement épuisant et somme toute inachevé. 
A l'issue de la représentation, le sang a coulé, les prophéties ont été entendues et menacent mais le théâtre, lui, n'a pas réussi complètement à transcender.

Go down, Moses

Mise en scène, décors, costumes, lumières : Romeo Castellucci

Musique : Scott Gibbons

Textes : Claudia Castellucci, Romeo Castellucci

Avec :  Rascia Darwish, Gloria Dorliguzzo,  Luca Nava,  Stefano Questorio, Sergio Scarlatella et avec 3 figurants



Collaboration à la scénographie : Massimiliano Scuto

Assistante à la création lumière : Fabiana Piccioli

Responsable de la construction des décors : Massimiliano Peyrone

Sculptures en scène, prothèses et automatisations :  Giovanna Amoroso, Istvan Zimmermann

Réalisation des costumes : Laura Dondoli

Assistant à la composition sonore : Asa Horvitz

Photo : Guido Mencari

Coproduction : Printemps des Comédiens



Extraits de musique dans le spectacle :
“O Heavenly King”, composé par Alexander Knaifel, joué par Oleg Malov et Tatiana Melentieva
 - Album :“Alexander Knaifel” : Shramy Marsha, Passacaglia, Postludia - Megadisc, 1996 - 
“Wade in the Water”, composé par John Wesley Work II et Frederick J. Work, joué par Empire Jubilee Quartet - 
Album : “Take Me To The Water” : Dust-to-Digital, 2009