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Angelus Novus : l'AntiFaust jubilatoire de Sylvain Creuzevault

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : mercredi 7 juin 2017 16:05 Affichages : 393

AntiFaustPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Le mythe de Faust n’est-il pas obsolète dans notre monde actuel où le savoir est devenu un pouvoir, une marchandise? Aujourd’hui le savant n’est pas condamné à l’aporie, son « art » est récompensé et source de richesses et d’honneurs divers et il n’a donc plus besoin d’un pacte avec le diable pour devenir tout ce qu’il n’est pas …. D’autant plus que la société ne cesse de nous inviter à nous épanouir dans ce que nous sommes, un moyen comme un autre, sans doute, de nous garder subordonnés à nos gouvernements et nos schémas sociétaux dûment actés. Surtout, surtout, ne pactisons pas avec les démons qui pourraient nous faire sortir du cadre! Alors Sylvain Creuzevault et ses onze comédiens nous invitent à un AntiFaust justement, choisissant pour titre de la pièce celui de son démon : Angelus Novus. 

Nous manquons de démons, ces « autres-de-nous ». Ils nous manquent. Les temps en sont vides. Les Idoles sont partout, la guerre entre leurs grimaces. Dans leurs plis, l’insoutenable silence des Démons.

Sylvain Creuzevault

Déstabilisante de par sa forme singulière, tonitruante d’énergie, fourmillante d’inventions scéniques et de réflexions engagées, cet AntiFaust séduit d’abord par sa capacité à plonger dans le tragique de l’existence et les conséquences de notre société dévoratrice de l'être par le biais d’ambiances très variées. L’on entre dans l’univers faustien par le truchement de tableaux oniriques superbes, toiles mouvantes où des diables cornus et aux lourds sabots côtoient des créatures-larves qui finissent par se métamorphoser en papillon, de scènes « réalistes » à l’humour chahuteur et fin, d’un opéra en allemand aux paroles aussi délirantes que faisant sens ou encore de projections-vidéos -qui s’invitent le plus souvent en contrepoint - au propos engagé. La scénographie est en outre percutante, débutant avec un dispositif frontal de bureau qui instaure une connivence jouissive avec le public et autorise des mises en abîme récurrentes, joue ensuite avec des éléments de décors amovibles qui ne cessent de réinventer l’espace, sont parfois tenus par des comédiens et réagissent donc à ce qui se joue sur le plateau…ou instaure un espace en aquarium derrière lequel exultent en fin de pièce les mal-êtres de chacun. N'oublions pas d’évoquer les têtes d’animaux, les masques et les costumes qui contribuent à créer des atmosphères surprenantes, à la lisière du cauchemar. Enfin, la distribution mérite nos applaudissements : Servane Ducorps convainc tout autant dans le registre de l’humour que celui d’une parole engagée et désespérée, Alyzee Soudet est extraordinaire et s’avère presque la raison suffisante à découvrir cette création : époustouflante de par ses mimiques, l’implication totale de son corps et de sa voix ravit, artiste virtuose, protéiforme et sensible ; Eric Charon séduit par sa présence tantôt tourmenté tantôt insolente de confiance en lui, Arthur Igual joue les scientifiques perchés avec conviction, Antoine Cegarra incarne avec pertinence un personnage spatio-temporellement décalé …
Faust

Savoir est un mot; Chute son écho.

Totalement revisité, le mythe faustien qui, chez Goethe, développait les thèmes d’une nature qui ne livre pas ses secrets, d’une science vaine, d’une religion qui n’apporte aucune réponse, d’une sensualité éphémère, d’une vie familiale insipide et d’une vision de l’art désillusionné, réfléchit toutefois sur les mêmes problématiques chez Sylvain Creuzevault mais sur une note volontairement atypique et déjanté. Il y a bien une Marguerite mais c'est une généticienne brillante avec « son insatiable besoin de reconnaissance », et  qui fantasme sur son ex, Kassim (un Faust au look défraichi de rat de laboratoire), leur fille pré-adolescente, que ces deux derniers se laissent tenter d’égorger comme un agneau innocent sur l’autel de leur égoïsme, Théodore, l'amant, le musicien atrabilaire, le terre-à-terre à la réussite « macronienne », adepte de l’auto-satisfaction, Christophe Wagner, l’assistant propre sur lui, joues rosies de timidité et son parapluie, les fantômes de Notre-Dame des Landes, une chiffonnière à la langue bien pendue et au sac plastique inquiétant, Baal, l’employé de bureau au teint livide,le narrateur Boulgakov…et tout ce monde hétéroclite aux failles bien réelles chute...et se relève dans un chant intemporel et ancestral.

En bref, cette pièce est une expérience géniale tant elle fourmille de références et de clins d’oeil au mythe et à l’actualité…et parfois, c'est vrai, l'on est un peu perdu mais peu importe, le mouvement l’emporte, l’énergie des comédiens est contagieuse, s’y enchainent des duos désopilants, le sang gicle sur les chemises, il n’y a pas un Faust mais plusieurs - et pourquoi pas?!- , l’audace y rayonne et la satire est délicieuse. On y croise une souris n°9 insensible à l’odeur du fromage, le souvenir désagréable d’une béance dans une travée, des injustices narratives, des bouches déformées, un Faust chef d’orchestre et sa cantatrice momifiée, « des Don Quichotte déquichottés », des têtes humaines empaillées, les manifestants de Nuit Debout et tant d'autres éléments curieux….et dans ce théâtre multiforme, le cauchemar côtoie l’éclat de rire, le mythe renoue avec la réalité et cette « déglingue existentielle » qui se propage comme un fléau irrémédiable dans les rangs des personnages invite à s’interroger sur l’authenticité et l’objectif de nos démarches…

C’est pas qu’on se souvient, c’est qu’on oublie d’oublier.

Angelus Novus - Antifaust
Sylvain Creuzevault

Mise en scène : Sylvain Creuzevault
Avec : Antoine Cegarra, Éric Charon, Pierre Devérines, Évelyne Didi,
Lionel Dray, Servane Ducorps, Michèle Goddet, Arthur Igual,
Frédéric Noaille, Amandine Pudlo, Alyzée Soudet
Création musicale : Pierre-Yves Macé
Régie générale et son : Michaël Schaller
Scénographie : Jean-Baptiste Bellon
Peinture : Camille Courier de Méré
Lumière : Nathalie Perrier
Vidéo : Gaëtan Veber
Masques : Loïc Nébréda
Costumes : Gwendoline Bouget
Production et diffusion : Élodie Régibier

Dates et lieux des représentations : 

Du 2 au 4 juin 2017 à HTH dans le cadre du Festival du Printemps des Comédiens ( 34)