Gagnez 3 x 2 places au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse avec La Grande Parade !

Tentez votre chance avant le 23 novembre en envoyant vos nom, prénom et adresse postale à :

lagrandeparade@lagrandeparade.fr

- See more at: http://lagrandeparade.fr/index.php/le-manege-des-momes/coups-de-coeur/319-fabian-negrin-jouons-avec-les-mots-au-caprice-du-vent#sthash.o4JUph3T.dpuf

Shake : La nuit des rois, fantaisiste et musicale, de Dan Jemmett

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 11 juin 2017 16:31 Affichages : 361

Dan JemmettPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Shake...Rien que le titre annonce la teneur! Comme à l'accoutumée avec Dan Jemmett, ça secoue et ça pétille! C'est rafraîchissant, décalé, ça puise autant dans le jeu classique et ses ressorts comiques que ça opte pour un dépoussiérage intégral tel que seul un anglais peut se le permettre avec talent! Divertissant sans être, à notre humble avis, la meilleure création du metteur en scène, ce Shake mérite toutefois le déplacement! 

 

Au menu ? Une tempête qui fait échouer sur les côtes d'Illyrie, en deux points séparés, des jumeaux orphelins : Viola et Sébastien. La première se travestit en homme et entre au service du duc Orsino dont elle s'éprend en secret...ce dernier soupirant d'amour pour sa voisine, la comtesse Olivia, qu'il n'intéresse pas! Un jour, Orsino demande à son serviteur de convaincre l'élue de son coeur de lui accorder un entretien...Olivia tombe sous le charme de ce visage juvénile...entraînant des quiproquos en série! Heureusement, nous sommes dans une comédie et tout finit bien quand Sébastien tombe à pic pour faire chavirer le coeur d'Olivia en se substituant sans le savoir à sa soeur travestie et que...le duc Orsino découvre la vérité sur Viola qui lui plaît ma foi plutôt bien!

Dan Jemmett a imaginé une fantaisie théâtro-musicale à la scénographie aussi efficace que bien huilée. Les inconditionnels du metteur en scène y retrouveront en effet le même principe que pour sa "Comédie des erreurs": des cabanons - avec des fenêtres et des portes qui se rabattent - autorisent des jeux de scène et de chorégraphies fort amusants. La musique accompagne avec autant d'espièglerie que de sens cette comédie qui disserte sur l'amour et ses complexités exquises. Côté trouvailles scéniques, le choix d'un Sir Andrew marionnette manipulé par un Sir Toby ( énergique Vincent Berger) séduit un temps puis finit par lasser un tantinet...sans doute parce que les répliques accordées à la marionnette sont trop longues et qu'elles ne sont - forcément - pas incarnées. Le duo offre cependant l'occasion de quelques mots d'esprit cocasses : " Sir Toby, ça vous dérangerait d'arrêter de boire quand je parle?". Delphine Cogniard est délicieuse en Viola et Sébastien, jeune femme à la beauté androgyne qui rayonne de sincérité et de délicatesse. Valérie Crouzet en vamp, Olivia aux robes dignes de Dalida, et Antonio Gil Martinez ( alternativement mélancolique Orsino et stupide Malvolio) séduisent par leur jeu baroque et offrent un contrepoint attrayant à la retenue des jeunes premiers. Ils explosent d'excentricité, de fanfreluches et de paillettes...et la palme du comique revient à Marc Prin, cocasse Feste, présence malicieuse, aussi discrète qu'amusée, bouffon avec sa tasse de café, qui enchaîne avec une maladresse hilarante les blagues de comptoir qui tombent souvent à côté...En connivence avec le public, toujours, il a un petit côté "Pierre Palmade" désopilant. 

Dans cette réécriture de Dan Jemmett, le spectateur averti a le plaisir de retrouver le triangle amoureux de cette fameuse "Nuit des rois" mais dans une version plus déjantée. Mixant avec une énergie communicative l'esprit du music-hall, du théâtre élizabéthain ou encore de la commedia dell'arte, jouant de la mise en abyme, l'esprit british jubile dans cette ingénieuse comédie de mangeurs de grenouilles à la raie pas si nette...pour notre plus grand plaisir!

Shake
D’après La Nuit des Rois de 
William Shakespeare
Traduction
: Marie-Paule Ramo
Mise en scène: 
Dan Jemmett
Scénographie
: Dan Jemmett
 & Denis Tisseraud
Création lumière : 
Arnaud Jung
Création costumes
 : Sylvie Martin-Hyszka
Costumes
 : Nathalie Grimault
, Paola Mulone, 
Cécile Vercaemer-Ingles
Coiffures : 
Véronique Nguyen
Accessoires
: Georgie Gaudier
Construction du décor : 
Atelier Le Pied en coulisse
Peinture décor : 
Valérie Margot
,Stéphanie Mérat
,José Pires Liberato
 
Avec
 Vincent Berger,
Geoffrey Carey, Marc Prin (en alternance)
,Delphine Cogniard
,Valérie Crouzet
, Antonio Gil Martinez

Dates et lieux des représentations: 
- Les 11 et 12 mai 2017 - Scène Nationale de Sète (34)

 

Pour prolonger l’esprit Jemmett:

RichardInterview de Dan Jemmett - juin 2012

Dan Jemmett est un metteur en scène créatif et multiforme dont le curriculum vitae intègre des lieux prestigieux (Opéra Comique, Opéra de Rome, Reisopera de Hollande, Comédie-Française) et se mêle à des auteurs et compositeurs qui ne le sont pas moins (Shakespeare, Molière, Mozart et Rossini!). Pour le Printemps des Comédiens, il oeuvre à la créaction d'une pièce hybride intitulée Les Trois Richard, un Richard III et qui s'appuie sur le Richard III du grand William.A quoi s'attendre? "Enfermez vos enfants à double tour, accrochez vous à vos chapeaux: cela promet d'être une sacrée soirée", voilà la réponse énigmatique mais ô combien stimulante et pétrie d'humour de Dan Jemmett. Nous l'avons soumis à la question alors que le travail était en cours puisque les répétitions n'avaient commencé que depuis une semaine et que tout restait à faire sur le plateau…voilà donc des pistes, interrogations, réflexions que nous fait partager le metteur en scène entre deux répétitions. Un zeste d'excentricité britannique, le charme d'un accent anglais et l'élégance chevillée au sourire, rencontre avec un metteur en scène de grand talent dont vous seriez assurément bien fou(s) de vous dispenser!

Qu'est-ce qui pousse, un jour, à se lancer dans la mise en scène?
J'ai fondé avec Marc von Henning une troupe à Londres, Primitive Science, il y a vingt ans et nous faisions en commun un travail énormément basé sur l'improvisation ; donc on portait tous le chapeau de metteur en scène en fait. J'avais produit la compagnie donc j'étais un peu l'homme à tout faire; il était tout naturel ensuite que je me lance dans la mise en scène tout seul.

Vous tournez en ce moment un Ubu enchaîné avec Eric Cantona dans le rôle du Père Ubu…
Ubu Roi a été ma première mise en scène et j'ai voulu monter la suite, Ubu enchaîné, pour compléter mon travail sur ce personnage d'Ubu. Il y a eu un écart de 13 ans entre les deux productions; j'ai voulu commencer au moment où j'avais arrêté Ubu Roi. Je suis parti sur des univers identiques mais je voulais voir où ça pourrait me mener à la fin du deuxième texte et comment exploseraient - peut-être- les conventions que j'avais utilisées.

Vous avez monté en novembre 2010 La Comédie des erreurs. Vous enchaînez avec les trois Richard. Qu'est-ce qui vous séduit tout particulièrement dans l'écriture shakespearienne ?
Tout d'abord ce quelque chose de profondément lié à l'être humain. Se plonger dans l'univers du dramaturge anglais, c'est poser un regard vraiment complet sur humain. Alfred Jarry, qui est un auteur que j'aime beaucoup, se préoccupe dans Ubu surtout de la noirceur de l'âme humaine, Shakespeare en explore, lui, toutes les facettes. Pour nous qui aimons le théâtre, Shakespeare est peut-être le repère: on trouve une véritable liberté dans le travail parce que , dans n'importe quelle de ses pièces , tout est possible! Quels que soient les registres, on trouve quelque chose de très équilibré , très arrondi…de la cruauté ou de la brutalité sera parfois tout de suite suivie d'une scène comique ou d'une réflexion sur ce que l'on a vu complètement différente. C'est simplement vaste l'écriture shakespearienne!

Votre esthétique a t-elle pour objectif de dépoussiérer les classiques?
Je ne peux pas dire ça. Pendant le travail avec les acteurs, les idées viennent et le résultat - comment vous dire?- c'est juste comme ça que je voisUn Richard les choses…(rires). Je n'ai pas envie d'illustrer des pièces de théâtre. Ce qui m'intéresse, c'est de traiter les textes, même ceux des plus grands auteurs, comme un matériau et de voir ce que l'on peut faire avec. Dans ce sens-là, dans le sens classique du texte, c'est vrai que je ne suis pas très respectueux mais je ne fais pas ça par provocation ou parce que je veux dépoussiérer les classiques.

Vous aviez installé la Comédie des Erreurs dans les années 80, les trois Richards maintenant dans les années 50: projeter les pièces dans une autre époque, quels en sont les enjeux?
Ce changement est toujours ancré dans du concret. Pourquoi les années 80? parce que j'avais étudié Shakespeare à l'école, à cette époque-là donc et sur cette musique-là que l'on entend lors de la pièce. J'essaie parfois d'insérer des éléments pris de ma propre expérience; je force la confrontation entre quelque chose de réel, tiré de ma vie, et le texte. Je trouve que parfois, de cette façon, ça peut produire des résultats intéressants.
Pour les trois Richards, je ne sais pas si l'on se situe vraiment dans les années 50. Je me suis intéressé à un trio de clowns américains qui se nomment les Trois Stooges qui a commencé dans les années 30 jusqu'aux années 60/70. Après esthétiquement, je ne sais pas pour l'instant où ça va nous mener. Notre idée de départ, c'est de traiter le personnage de Richard par ce trio clownesque.

Après une première semaine de répétition, où en êtes-vous de ce travail de mise en scène?
Les trois comédiens vont tous jouer Richard, ça c'est sûr et incarner d'autres personnages aussi. C'est curieux, je ne sais pas ce que c'est exactement et pour l'instant, ça m'échappe encore intellectuellement…(rires). Je me dis que c'est intéressant de mettre en place ces clowns qui ont un humour assez rude et populaire, qui sont assez violents aussi…car ils sont toujours en train de se donner des coups les uns aux autres. Cette violence, que l'on trouve dans Richard III, est peut-être un peu liée à la tradition des marionnettes à gaine où l'on trouve cet humour basique, violent - on pense à Guignol par exemple. Richard peut s'inscrire dans cette tradition comique - acteur comique ,clown ou marionnette- et c'est cet univers-là qui m'intéresse.

Côté texte, vous avez imaginé un montage d'extraits de la pièce originale?
On a imaginé avec Mériam Korichi une adaptation de la pièce; on se sert du texte comme matériau car évidemment il est impossible - et je n'en avais pas envie- de monter la pièce dans sa version originale avec trois acteurs. On va donc prendre ce dont on a besoin. Pour l'instant, on n'utilise que le verbe de Shakespeare mais il n'est pas exclu qu'on insère ensuite des textes inventés lors des répétitions.

Quelle distribution pour cette pièce? Comment s'est fait votre choix?
Valérie Crouzet et Giovanni Calo sont deux acteurs avec qui j'ai travaillé plusieurs fois. Je viens de rencontrer le troisième, Philippe Bérodot. Je cherchais des acteurs au registre plutôt comique et puis pour le reste….on verra (rires)!

Dan jemmettLa comédie des erreurs - mars 2011

Si on sait que William shakespeare est un maître des situations cocasses et des dialogues qui rebondissent et n'en finissent pas de briller d'audace et de virtuosité, on constate toujours pourtant avec ravissement combien sa parole est profondément contemporaine. La comédie des erreurs, l'histoire de deux paires de frères jumeaux séparés à la naissance par une tempête funeste, est un petit chef de virtuosité comique: quiproquos, gestuelle, bons mots, caractères truculents contribuent à donner aux spectateurs de multiples occasions d'éclater de rire. Une intrigue écrite en 1593 à laquelle Dan Jemmett a ajouté un grain de folie moderne et d'excellents comédiens!
Ne pas lésinons donc pas sur les compliments: cette mise en scène de la Comédie des Erreurs offre un divertissant spectacle et les rappels enthousiastes du public de ce mardi 29 mars 2011 l'ont confirmé. Voilà une adaptation qui respecte l'esprit et le mot du dramaturge tout en se permettant des licences délicieuses! Le décor, tout d'abord, ne manque pas d'ingéniosité et Shakespeare, en digne anglo-saxon qui ne dédaignait pas les haltes au pub, aurait sans doute apprécié le clin d'oeil , sur le plateau, des distributeurs de bière qui coulent à flots et des portes des maisons représentées par celles de sanitaires de chantiers où l'on va se soulager souvent du trop plein d'émotion. La mise en scène décalée, ensuite, mêle l'ancien et le moderne avec beaucoup de finesse et de drôlerie. Les protagonistes endossent des tenues un rien excentriques et se revêtent d'humour british et d'une énergie décapante. Leur gestuelle porte tous les stigmates de la Commedia dell'arte : exagération des mimiques, mimes des situations évoquées etc...et le sens visuel évident de cette mise en scène a convoqué , pour parfaire la farce que joue le destin à ces frères séparés, un escadron des procédés comiques les plus efficaces de tous les grands répertoires théâtraux. En bref, Dan Jemmet respecte l'univers shakespearien sur un mode décalé qui rafraîchit!
Applaudissons pour terminer la prestation des comédiens. Vincent Berger et David Ayala s'exécutent en métamorphoses impressionnantes lorsqu'ils jouent tour à tour l'un des deux jumeaux séparés. La scène finale des retrouvailles est d'ailleurs un beau moment théâtral durant laquelle sur une ligne de cinq visages s'entrecroisent les sourires candides de Dromio de Syracuse, la moue rebelle de Dromio de d'Ephèse, la préciosité d'Antipholus, la bonhommie d'Antilope, la pétillance de Luciana ( Fany Mary), la vieillisse émue d'Egéon, les illuminations de l'Abesse, la provocation sensuelle de l'entraîneuse, la naïveté amoureuse d'adriana etc...et puis, oui, en vrac, un grand bravo aux crises de nerfs désopilantes d'Adriana ( Valérie Crouzet), à la droiture impassible du juge ( Thierry Bosc) qui détone avec l'atmosphère déjantée qui règne sur le plateau et de façon générale au travail de prononciation de chaque acteur qui confère à chaque personnage une couleur très spécifique. Cette comédie des erreurs est à voir absolument! Une pièce qui vous désaltère de rire même si, supplice de Tantale! ,quand vous en sortez, inspiré par les dizaines de verres déglutis sous vos yeux, vous n'aspirez qu'à vider quelques bocks dans une bonne taverne assurément!

La Comédie des Erreurs
Auteur: Shakespeare
Adaptation et mise en scène: Dan Jemmet
Traduction, assistante à la mise en scène: Mériam Korichi
Scénographie et accessoires: Dick Bird
Lumière: Arnaud Jung
Son: François Planson
Costumes: Sylvie Martin Hyszka