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Jupiter and Okwess : « Kin Sonic », ou comment danser sur les braises du Congo ?

Écrit par Virginie Gossart Catégorie : Lyrique Mis à jour : vendredi 14 juillet 2017 07:57 Affichages : 520

jupiterPar Virginie Gossart - Lagrandeparade.fr/ Jamais les richesses et les contradictions du Congo n'auront été retranscrites avec autant de vitalité et de fougue que sur l'excellent deuxième album du groupe Jupiter and Okwess, où se mêlent joyeusement soul, afrobeat, funk, rock, et musiques traditionnelles congolaises. Oscillant sans cesse entre héritage et modernité, celui qu'on surnomme « le général rebelle » continue d'exposer au monde la diversité musicale, humaine et culturelle de son pays.

Après un premier album remarqué en 2013 (Hôtel « Univers »), Jupiter (alias Jean-Pierre Bokondji), bénéficie pour ce nouvel opus de collaborations variées, mais toujours en parfaite adéquation avec un art du métissage musical que le grand échassier en tenue de général cultive depuis sa naissance à Kinshasa : Damon Albarn, leader de Blur et des Gorillaz (qui avait déjà participé à la conception du premier album, aidant ainsi Jupiter à sortir de l'ombre) ; le violoniste Warren Ellis, membre des Bad Seeds de Nick Cave ; et enfin Robert del Naja, le « 3 D » de Massive Attack, à qui l'on doit le superbe artwork de l'album (et qui a tenu à faire don de son cachet pour cette pochette à une association de Lemba, le quartier où vit justement Jupiter).

Les influences que l'on peut déceler sur ce nouvel album sont de ce fait multiples : on sait que Jupiter a grandi en Allemagne et qu'il y a écouté le meilleur de la soul américaine : James Brown, les Jackson 5, les Temptations ou encore Kool and The Gang. Au Congo, il a également découvert la rumba, genre dominant, mais aussi une multitude de rythmes et de styles musicaux qui végétaient dans son ombre (comme le soukouss ou le kwassa kwassa) et qui lui rappellent le funk, la soul et le rock. C'est dans cette connivence permanente entre musique traditionnelle et occidentale que s'est façonné son propre style. On n'est donc pas très étonné de reconnaître sur certains morceaux comme « Hello », « Emikele Ngamo » ou « Nzele Momi » une énergie proche des expérimentations d'un Tony Allen et de son afrobeat désormais mythique : même mélange de groove et de textes engagés, de rythmes traditionnels et de puissance électrique. Pas étonnant que Damon Albarn, grand amateur de musique africaine, ait collaboré avec les deux artistes.

Par une technique de reconditionnement musical qui ne date pas d'hier mais qui a déjà fait ses preuves, Jupiter et ses comparses donnent une dynamique très rock à des rythmes et sonorités dont l'origine tribale ne fait aucun doute. La transe dévastatrice de certains titres nous transporte dans une fête endiablée et un brin bordélique, tout en nous plongeant au coeur des contradictions qui animent le leader-chanteur à la voix grave et au rire communicatif. Toujours sur la ligne de partage entre provocation punk et sagesse ancestrale : "Le roi organisa une grande fête pour son mariage. Et il invita presque toutes les tribus. Il y a à boire, à manger. De l'okwess, quoi ! Mais moi, je n'en ai rien à foutre de son argent", raconte-t-il dans « Benanga », avant de conclure d'un éclat de rire sardonique, le meilleur moyen sans doute de lutter contre les fantômes d'un passé douloureux.

À l'inverse, il est aussi capable d'inviter l'actrice Sandrine Bonaire sur le titre « Le temps passé », pour lui faire lire l'extrait d'un ouvrage de Zamenga Batukezanga, prolifique écrivain congolais du XXème siècle, sur le thème de l'éducation des plus jeunes dans la dure réalité congolaise : "Mes ancêtres, que voulez-vous : l'homme étant ainsi créé, vous savez vous-mêmes, quand on parcourt un bout de chemin, les faux pas ne manquent pas. L'essentiel est qu'on ne se laisse pas croupir." Le propos reflète certainement le chemin de vie et de pensée de Jupiter, sa capacité à renaître des cendres de son pays et à résister à tous les formatages (politiques, sociaux, intellectuels, artistiques) qu'on voudrait lui  imposer. Suivons donc son exemple, en commençant peut-être par aller danser frénétiquement sur « Kin Sonic ».

Jupiter & Okwess
Nouvel album : Kin Sonic
Sortie le 03/03/2017 chez Zamora Label
Avec Damon Albarn, Warren Ellis et 3D (Massive Attack)