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Sage : "In between" : entre perfection et dissonance

Écrit par Virginie Gossart Catégorie : Lyrique Mis à jour : mercredi 2 novembre 2016 17:54 Affichages : 1444

SAGEPar Virginie Gossart - Lagrandeparade.fr/ Après le succès de Revolver et de nombreuses collaborations (Soko, Woodkid, The Shoes, ...), Ambroise Wuillaume revient en solo sous les traits de Sage et expérimente de nouveaux territoires musicaux. C'est avec un mélange de simplicité, de précision et de passion qu'il a bien voulu nous parler de ce changement de cap.

 

Vous êtes l'ancien membre du trio "Revolver", qui s'orientait plutôt sur des morceaux pop assez inspirés par la musique des Beatles. Qu'est-ce qui a provoqué la dissolution de ce groupe en plein succès et votre envie de vous diriger vers un projet solo aussi différent ? Un désir de briser la routine et d'aller vers plus de difficulté ?

Avec Revolver, on n'a pas arrêté de jouer pendant 5 ans, et au bout d'un moment, on était tous un peu fatigués de la vie de groupe et on avait des envies différentes, qui devenaient de moins en moins compatibles avec un projet collectif. En plus de cela, pendant la dernière tournée de Revolver, on a cambriolé mon studio à Paris, dans lequel se trouvaient tous mes instruments (notamment toutes mes guitares). Je me suis donc retrouvé sans groupe et sans guitare et je me suis alors mis à écrire au piano, qui est un instrument que je maîtrise moins. Ce changement d'instrument m'a orienté vers une musique différente, et m'a fait évoluer dans ma façon d'écrire et de chanter. Mais pour moi, les chansons écrites de cette façon restent des chansons pop, en anglais. L'habillage de l'album, en revanche, est beaucoup plus électronique et digital. Mais finalement, ce sont des chansons qui peuvent aussi être jouées au piano et à la guitare de manière beaucoup plus simple. Le fond est donc une évolution logique, mais la forme a pris un tour radical.
C'est vrai aussi que pour lancer ce projet, j'ai eu besoin d'être dans une zone d'inconfort, dans une prise de risque. C'était pour moi comme un nouveau départ (se retrouver seul sur scène, par exemple). J'ai l'impression que le piano m'a permis de me remettre à écrire en repartant de zéro. C'était un peu comme la chance du débutant : nouvel instrument, nouveaux procédés... C'est très gratifiant parce qu'on trouve très vite de nouvelles choses de façon plus spontanée, l'approche est plus naïve. Je crois que c'est ce qui m'a plu dans ce travail.

Vous possédez une voix de tête que vous parvenez à faire varier aussi bien dans les aigus que dans les graves. D'où vous vient cette capacité vocale ?

J'ai commencé à chanter très jeune : j'ai fait pas mal de musique classique et de chant. J'ai donc toujours eu l'habitude de m'amuser avec ma voix. Quand j'ai joué avec Revolver, on a beaucoup développé le travail des harmonies vocales. C'était une autre façon de chanter : ma voix ne se suffisait plus à elle-même, elle était accompagnée d'autres voix et harmonies. Quand j'ai décidé de faire mon projet solo, je me suis beaucoup posé la question de la place de la voix dans ce projet. J'ai cherché quelle allait être ma signature vocale. C'est quand j'ai commencé à écrire au piano que je me suis mis à chanter d'une façon qui m'était nouvelle, mais finalement plus familière et plus personnelle. J'ai donc voulu développer cet aspect. Ce qui me plaît aussi, c'est de jouer avec les contrastes : passer de créations très dépouillées (juste piano-voix) à quelque chose de plus maximal, avec beaucoup d'arrangements ; et dans la voix, passer de l'aigu au grave, de la douceur à des choses plus dynamiques. Pouvoir jouer avec tout cela me séduit beaucoup.

Les morceaux de votre album "In Between" sont surprenants par leur discontinuité et des contrastes entre l'aigu et le grave, l'accoustique et l'électronique, la douceur et la rugosité, une facture assez classique et des expérimentations sonores plus futuristes. Aviez-vous dès le départ cette volonté de créer quelque chose d'aussi paradoxal ?

C'est un album qu'on peut effectivement qualifier d'expérimental. Je me suis parfois permis d'aller loin dans la production et dans le décalage, au sein même des chansons, entre le contenu de la chanson et sa forme finale. C'est un album qui demande du temps, qui doit être "apprivoisé" en quelque sorte, parce qu'il contient beaucoup d'informations d'écriture et de forme, qui peuvent être déstabilisantes et surprenantes pour certaines oreilles. C'était de ma part une volonté de m'aventurer sur des sonorités un peu inédites.

Woodkid, avec qui vous avez travaillé pour la composition de son album, "The Golden Age", dit de vous que vous êtes le "docteur des chansons". Qu'entend-il par là ?

Il a un peu inventé cette expression mais elle me définit assez bien. Au-delà du travail que je fais pour mes propres chansons, j'aime beaucoup composer des morceaux pour d'autres artistes et les aider à aller au bout de leurs projets. Je joue un peu ce rôle de "docteur de chanson" avec pas mal de gens : j'ai travaillé avec Woodkid évidemment, mais aussi avec les Shoes, avec Gaëtan Roussel en tant qu'arrangeur. Plus récemment, j'ai coécrit l'EP de Clara Luciani qui faisait partie de La Femme. Je crois que ce que j'ai le plus développé jusqu'à présent dans ma carrière, c'est l'écriture de chansons. Je suis devenu un artisan de la structure, de l'harmonie, des accords, des tonalités des chansons. J'aime creuser le potentiel d'un morceau, remettre les choses à leur place, créer ce qui manque et améliorer ce qui est existant.

Qu'est-ce qu'apporte à cet album votre collaboration avec Benjamin Lebeau (du groupe The Shoes) ? Qui d'autre a participé à son élaboration ?

On a été dans un travail de binôme très approfondi Benjamin et moi, presque en huis-clos. Nous sommes restés plusieurs mois dans un studio, au milieu d'une espèce de vaisseau spatial de synthés, de pianos et de boîtes à rythme. Antoine Boistelle s'occupe des batteries de l'album et c'est aussi mon batteur sur scène. Julien Delfaud a mixé l'album. C'est quelqu'un avec qui je travaille depuis longtemps – il avait déjà réalisé les deux albums de Revolver - et que j'apprécie beaucoup. Il y a eu aussi quelques intervenants, comme des ingénieurs du son. Mais finalement, ça reste une équipe très limitée. J'ai aimé pouvoir approfondir ce travail avec peu de gens, aller au bout de mon idée sans être dans le compromis.

Le clip de votre titre "August in Paris" (magnifique), semble très inspiré, dans son esthétique, par la peinture de Magritte. Pourquoi ce choix ? Y-a-t-il dans vos recherches musicales un aspect poétique, onirique et expérimental proche des surréalistes ? Ou cherchiez-vous seulement à créer une atmosphère d'étrangeté, de dissonance et de rupture qui soit à l'image de votre musique ?

J'avais envie d'associer dans l'image cette recherche commune de décalage et d'expérimentation. J'ai tout de suite été séduit par l'idée de Thibaut Grevet (le réalisateur du clip), qui était de faire un clip juste avec des jambes. Même si ça n'avait aucun rapport avec le sujet de la chanson a priori, l'idée de traduire le surréalisme musical en surréalisme visuel suffisait à être cohérent.

Lorsqu'on vous écoute, on pense à Neil Young ou à Erik Satie pour le côté intimiste et minimaliste, mais aussi à des musiciens ou groupes plus récents, où les expérimentations numériques ont une place importante, comme Radiohead  ou James Blake. Quels sont les artistes qui vous inspirent ?

Ceux que vous avez cités sont des influences majeures de l'album. On pourrait y ajouter Phil Collins, qu'on a beaucoup écouté, notamment pour le travail des batteries et des boîtes à rythmes. Je trouve que c'est un artiste majeur des années 80 qui n'a pas le crédit qu'il mérite, alors qu'il a pris beaucoup de risques et qu'il s'est livré à de nombreuses expérimentations dans sa musique. Aujourd'hui, on a tendance à le considérer comme un artiste un peu ringard alors qu'il a influencé beaucoup de gens et qu'il devrait être davantage respecté pour ses audaces.

Sage Êtes vous en tournée actuellement ? Lorsque vous êtes sur scène, préférez-vous l'ambiance des festivals et des grandes salles, ou recherchez-vous au contraire des ambiances plus intimes ?

Actuellement, c'est la fin de ma tournée, mais il me reste encore quelques dates, notamment La Réunion en décembre. Pour ce qui est de mes préférences de concert, c'est très variable. C'est comme demander à quelqu'un s'il préfère les ballades ou les morceaux rythmés. Ça dépend du moment. Dans les festivals, on chante pour un public qui n'est pas forcément le sien. Il faut donc réussir à montrer rapidement ce dont on est capable et à faire entrer les gens dans un univers musical auquel ils ne sont pas forcément réceptifs au départ. C'est un défi que je trouve très intéressant. Il faut construire le concert dans cette perspective et le rendre plus lisible et d'un accès plus direct. Dans un concert plus intimiste, c'est très agréable parce qu'il y a une vraie écoute, mais aussi une vraie attente, et donc une exigence plus grande au niveau de la qualité du concert. Ce sont deux choses très différentes mais j'apprécie les deux.

SAGE - In Between

(Labelgum). Album disponible.

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