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Sorour Darabi : "j’ai un rapport très complexe avec ces cérémonies et ce n’était pas évident de pouvoir se laisser porter par ses intuitions."

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Danse Mis à jour : mardi 5 juin 2018 18:02 Affichages : 845

Sorour Par Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Né-e en 1990 à Shiraz en Iran, artiste autodidacte vivant sur Paris, Sorour Darabi, très actif.ve en Iran, a suivi des études au Centre chorégraphique national de Montpellier où il.elle a créé d'abord le solo "Subjetc to Change", "une performance qui interroge la transformation à travers le temps et la cohabitation avec l’environnement".

En 2016, c'est le tour de "Farci.e", "un solo qui traite des notions du langage, de l’identité de genre et de la sexualité" au festival Montpellier danse. Son nouveau projet, Savušun, se présente comme "une ode à l’affection, à la vulnérabilité et aux êtres affecté.es", qui s’inspire des cérémonies collectives de deuil de Muharram, aborde la question des émotions : le chagrin, la peur et la souffrance et interroge les limites de notre corps. Existe-t-il un lien entre l'intérêt que nous éprouvons à contempler des images de tragédies et le masochisme qui réussit à nous soumettre à une cérémonie religieuse douloureuse et à en tirer de la joie ? Réponses et rencontre avec un-e artiste singulier-e et engagé-e. 

Vous rappelez-vous de ce qui vous a donné, un jour, l'envie de danser?
Si votre question concerne plutôt l’envie de faire de la danse ma profession, je dirais que j’avais presque 18 ans quand, pour la première fois, dans un workshop, mon ami Mohammad Abassi a partagé avec nous un très court extrait de vidéo de danse de Kazuo Ohno, je crois que c’était un tout court morceau d’Argentina. Sinon, en ce qui concerne ma passion pour la danse en tant que plaisir charnel, c'est depuis que j’ai connue Googoosh (NDLR: de son vraie nom Faegheh Atashin, surnommée par Le monde " la diva de l'Iran d'antan") ....et d’ailleurs l’envie de pleurer, elle, est née dès lors que j’ai connu Hayedeh (NDLR : chanteuse iranienne à voix de contralto) - Sourire. Je n’ai pas vraiment, vous l'aurez compris, le parcours et l’éducation d’un-e gamin-e occidentale issue d’une famille riche et conservatrice qui est amené-e au conservatoire de danse à partir de l’âge de 5-6 ans…


Si vous deviez citer un ou deux chorégraphes dont le travail vous inspire particulièrement, lesquels seraient-ce et pourquoi?
Exactement au même âge à peu près, j’étais très attiré par le travail de Meg Stuart qui est devenue mon héroïne d’une certaine manière (sourire). J’ai regardé des milliers de fois « Entre deux». J’aime bien aussi le travail d’Antonia Baehr. Après je ne suis pas inspiré par un-e chorégraphe particulier-e, il y a diverses choses dans les différents travaux de différentes chorégraphes qui m’inspirent. Et puis il y a aussi des artistes de ma génération que je trouve remarquables: Ana Pi par exemple. Je ressens aussi de l'intérêt pour le travail de Jule Flierl, nous étions dans la même promotion à ex.e.r.ce. J’ai vu récemment une ancienne pièce de Bryan Campbell qui m’a beaucoup touché. Pauline Le Boulba aussi c’est une artiste inspirante. Avec qui d’ailleurs j’ai très récemment commencé à travailler pour les questions dramaturgiques de Savušun. Dernièrement j’ai vu le travail de Jamila Johnson-Small durant sa résidence au Palais de Tokyo, et ça m’a beaucoup interrogé-e. Je pourrais citer également Paul Maheke...Ligia Lewis, avec qui d’ailleurs je travaillerai en tant qu’interprète dans sa prochaine création… Voilà toutes ces personnes-là, entre autres, m'intéressent dans leur travail.

Savusun
Savušun s’inspire de cérémonies de deuil du chiisme iranien : quelle a été la genèse de ce projet? Pourquoi avez-vous ressenti l’envie d’explorer l’un des visages de la mort par le biais de la danse? L'aviez-vous déjà fait auparavant?
Je ne pense pas que la question pour moi dans Savušun soit celle de la mort. Elle est plutôt autour de la représentation des émotions notamment le chagrin, la peur et la souffrance, et ces émotions peuvent surgir par le biais de différents événements. Les cérémonies dont je me suis inspiré tournent autour de la perte des héros, ce qui est plutôt joyeux dans le sens où ça procède à la naissance des figures héroïques - qui vont au-delà d’une figure de l’homme cisgenre et par le biais de son pouvoir viril. Là se trouve peut-être la possibilité de voir se renverser le rapport de pouvoir et de le redéfinir. Savušun est une pièce pluridisciplinaire - il n’y a que par le biais de la danse que les idées se réalisent - et elle est créée par des matériaux de différentes natures.


Ces rituels immémoriaux mêlent la souffrance et la jouissance…On dit qu'Eros et Thanatos ne sont jamais bien loin. Quelles ont été vos sources d’inspiration pour travailler? Des lectures? Des heures de réflexion philosophique? 
Les premières sources d’inspiration de mes projets sont toujours mes propres questionnements et mes expériences personnelles, ce qui n’entend pas le terme personnel comme quelque chose d'enfermé sur soi mais dans une relation très dynamique et active avec les sociétés qui m'entourent.
Et puis bien sûr je me suis renseigné sur mes questionnements par rapport à l’histoire du chiisme en Iran, ses mouvements, ses révolutions, sa place politique dans les différentes époques et son importance du fait d'une certaine résistance vis à vis du colonialisme occidental à une certaine èpoque.
Et je me suis aussi inspiré de lectures des livres d'Hamid Dabashi - même si je ne suis pas cent pour cent d’accord avec lui car j’ai l’impression qu’il n’arrive pas à être assez profond en ce qui concerne son regard normatif sur l'homme cisgenre hétéro… mais à part cela, je trouve sa manière d’écrire sur ces questions, ses analyses, ses connaissances et sa conscience historique plutôt inspirants.


Vous avez créé un solo, entrant déjà par là-même en contradiction avec la réalité que vous essayez de reproduire puisque ces rituels s’exécutent en groupe et évoquent toute une culture ancestrale. Pourquoi ce choix?
D’abord je ne pense pas que mon intérêt pour ce projet était de mettre en scène la réalité de ce qui se pratique dans ces cérémonies, mais plutôt les questions qu’elles soulèvent en moi, les émotions qu’elles me font, et les réflexions qu’elles suscitent en moi… En plus j’adore le jeu paradoxal de l'individu dans le monde et le monde dans un-e individu-e.

Savušun est une ode à la vulnérabilité et à l’affection, aux êtres affécté.es.


Comment, concrètement, avez-vous progressé dans la création de cette performance? En vous initiant d’abord à ces rituels et en essayant ensuite de les faire évoluer vers des gestes plus contemporains, des mouvements qui s’accordent davantage avec ce que vous êtes?
Honnêtement le processus de cette création pour moi était très intensif, car j’ai un rapport très complexe avec ces cérémonies et ce n’était pas évident de pouvoir se laisser porter par ses intuitions. Mais petit à petit j’ai commencé à habiter le projet, et dans ce rapport quotidien j’ai trouvé ma manière de développer ces questions. Dans ce projet se mêlent des choses intimes et très personnelles et puis des questions historiques et culturelles révélées de mon rapport avec mes origines et le pays où je suis né et ai grandi en interaction avec des questions plus globales et humaines par rapport à l’identité, à la masculinité, le rapport au pouvoir...et des enjeux, des renversements possibles, la vulnérabilité et les émotions.
Peut-être que je répète beaucoup cette phrase pour décrire le projet brièvement et efficacement mais je vais dire ces mots assez justes: Savušun est une ode à la vulnérabilité et à l’affection, aux êtres affécté.es.


Enfin…au sortir de Savušun, quelle question aimeriez-vous que les spectateurs vous posent?
Pour être honnête, je n'aime pas cette question - désolé - je pourrais plutôt vous dire ce que je n'aime pas entendre de la part des spectateurs qui sortent du spectacle ; des questions maladroites qui peuvent s'apparenter à certaines violences raciales, transphobes, sexistes etc envers moi , vu comme une personne non blanche, non binaire, et d’une culture minorisée. Sinon j’essaie d'être bienveillant avec toutes sortes de questions, de ne pas marquer de préférence et de respecter les différents interprétations des spectateurs. Non, je ne sais pas trop ce que j’aimerais entendre; je me suis déjà dit tout ce que je voulais entendre.
J'en profite pour dire aussi que je ne souhaite pas voir des articles écrits par des gens qui ont du mal à comprendre de quoi elles parlent, des gens qui ne respectent pas certaines sensibilités par rapport à la manière dont elles décrivent les choses, qui ne me demandent pas quel pronom je préfère ou qui ne se demandent pas si c’est vraiment respectueux d’écrire telle chose sur telle personne ou telle chose sur tel projet. Et tout ce qui, de manière générale, peut naître des projections ou des préjugés du regard normatif d’une personne privilègiée blanche et occidentale. Je me demande des fois si, en tant que critique, pour écrire sur les choses que nous venons de voir, cela ne nécessiterait pas un vrai recul, un temps de réflexion, une petite lecture, ou un entretien au cas où avec l’artiste. Des fois les critiques regardent ta pièce aujourd’hui et leur texte est déjà sorti le lendemain! Bref, merci pour cet entretien.

Savušun

Conception, chorégraphie et interprétation : Sorour Darabi
Musique : Pouya Ehsaei
Création lumière : Jean-Marc Ségalen, Yannick Fouassier
Technicien son : Florian de Sépibus
Dramaturgie : Pauline Le Boulba
Regards extérieurs : Céline Cartillier, Mathieu Bouvier

Remerciements : Agnieszka Ryszkiewicz, Ali Moini, Bryan Campbell, Hossein Fakhri, Kamnoush Khosrovani, Maria Rössler, Tirdad Hashemi Production déléguée : Météores
Coproduction : Festival Montpellier Danse 2018, La Villette Résidences d’artistes, CND Centre national de la danse, Zürcher Theater Spektakel, ICI - Centre chorégraphique national Montpellier / Occitanie, Sophiensaele, Fonds Transfabrik – Fonds franco-allemand pour le spectacle vivant, La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie avec le soutien de La Fée Nadou-résidence d’artistes Avec le soutien de la SPEDIDAM et du Ballet du Nord CCN Roubaix pour un prêt de studio

Pour cette création, Sorour Darabi a été accueilli.e en résidence à l’Agora, cité internationale de la danse avec le soutien de la Fondation BNP Paribas

Dates et lieux des représentations : 

- Les sam. 23 juin à 16h & dim. 24 juin 2018 à 18h au Studio Bagouet / Agora ( Boulevard Louis Blanc, Montpellier) - Festival Montpellier Danse