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Marie Chouinard : "La nécessité du départ, c’était d’amener les visages auprès des spectateurs."

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Danse Mis à jour : samedi 20 mai 2017 08:09 Affichages : 722

marie chouinardPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Danseuse, chorégraphe et directrice de la compagnie canadienne qui porte son nom ( fondée en 1990), Marie Chouinard a été nommée pour un mandat de quatre ans, de 2017 à 2020, Directrice de danse de la Biennale de Venise. Artiste multidisciplinaire, elle a chorégraphié plus d'une vingtaine de pièces dont "Le jardin des délices" (2017), transposition de l'oeuvre de Jérôme Bosch, et "Soft Virtuosity, still humid, on the edge"(2016). Cette dernière, accompagnée de la musique expressionniste et bondissante de Louis Dufort, a choisi comme marchepied la fascinante expressivité des visages, a poursuivi son laboratoire d'exploration chorégraphique autour des possibles de la marche pour offrir des tableaux saisissants qui jouent avec l'espace et le temps. Rencontre avec une artiste aussi singulière que pétillante, à la personnalité et au propos séduisants.

Le point de départ de cette pièce chorégraphique, c’est la marche…Pourriez-vous nous expliquer comment, à partir de cette action simple, vous avez conçu "Soft Virtuosity"?

En fait le point de départ, c’étaient plutôt les visages : la danse des visages m'intéressait, leurs mouvements très subtils ou pas, comment ils passent d’un état à l’autre, comment toute la configuration du visage se transformait, se modifiait; ces muscles qui bougent d’une façon tellement plastique, avec l’articulation de la mâchoire par exemple...Oui, comment tout le visage arrive à bouger constamment et combien les sous-plis du front, les inflexions d’un coin de la lèvre, ça change toute notre lecture de ce visage…ça, ça m’intéressait et nous avons donc beaucoup travaillé sur les visages avec les danseurs pour, finalement, que je sois intimement convaincue que j’aimais vraiment ça et que si je voulais amener ce travail jusqu’au public, il fallait que j’ai des caméras qui filment en live le visage des danseurs et transmettent ces images…parce que ce genre de détails ne se voit forcément que lorsqu’on est vraiment tout près.

Vous additionnez ainsi au vivant de la scène des projections vidéos. Comment voyez-vous ces deux partitions? Se répondent-elles en contrepoint? Sont-elles des prolongements l’une de l’autre?
La nécessité du départ, c’était d’amener les visages auprès des spectateurs mais après ça, bien sûr, ce ne pouvait pas être «  juste pour » ça : c’est une oeuvre. Vous savez, souvent, on se met au travail parce qu’on a un problème, une question, une situation pour laquelle il faut trouver une solution et là se posait la question de comment amener les visages au public... et c'est donc aussi en ce sens que j’ai ensuite développé ma scénographie...

Petite question concernant le titre «  Soft virtuosity, still humid, on the edge ». Quelles passerelles de sens faut-il franchir pour le comprendre au mieux?
...ça faisait longtemps que je le cherchais et il m’est venu en anglais. Je ne sais pas comment vous expliquer cela; ça m’est venu en anglais, je l’ai écrit et puis je me suis dit «  et ben voilà c’est ça le titre ». Je trouvais que ça convenait tout à fait à la pièce, c’était comme un poème très très court, juste quelques mots, et je me suis dit « c’est comme ça! ». Je ne me pose pas trop de questions intellectuellement. Je laisse aux autres l’interprétation. Ce qui m’a simplement étonnée, c’est que je l’ai écrit en anglais alors que je ne pense ni n’écris en anglais !

softEn dehors de la question des visages, avez-vous puisé dans d’autres sources d’inspiration?
Toujours la solitude, le silence, l’espace vide du studio, les corps des danseurs…Mon travail tourne toujours autour de ça. L’espace, le temps, les corps - de mes danseurs mais du corps humain en général aussi - c’est toujours ça le point de départ.

Vous travaillez régulièrement avec Louis Dufort. Comment crée-t-il sa musique, simultanément de vos répétitions? Comment fonctionne votre collaboration?
Cela fait vingt ans que l'on travaille ensemble et habituellement je commence à créer la pièce dans le silence, je la développe en plusieurs points ; une vingtaine de minutes de chorégraphies libres, de moments spécifiques et je lui envoie ensuite la vidéo de ce résultat…Il crée une musique à partir de ce support ; d’entendre ses propositions, ça m’influence et par un système d'allers-retours, on s’influence l’un l’autre jusqu’à ce qu’on arrive à la première…mais je commence toujours dans le silence, sans la musique. Et parfois même je lui envoie dès le départ la pièce complète dans le silence. Quand il a écrit la musique, ça me fait revisiter après ma propre chorégraphie parce qu’il l’a vu et entendu d’une certaine manière, forcément, et ça interagit sur ma propre perception. 

« Soft Virtuosity, still humid, on the edge » joue avec le regard : plans d’ensemble, gros plans, sujets baignés de douches de lumière sur lesquels on se focalise…mais ménage aussi des rythmes très divers : minutes toniques, ralentis…Cette variation de rythme et de points de vue est-elle intrinsèque à votre esthétique?
Particulièrement dans cette pièce-là. Il y a des moments très dynamiques et d’autres d’une extrême lenteur. Je me suis intéressée à la question du temps dans "Soft Virtuosity". Il y a notamment un moment qui dure 19 minutes, je crois, qui est d’une extrême lenteur, encore une fois avec des mouvements du visage qui évoluent très progressivement à travers cette période-là.

Cette pièce réfléchit-elle aussi sur le rapport à l’autre ? Il y a notamment une « scène » très émouvante où un couple de jeunes femmes, immobile, tournoie sur une plateforme, en se regardant…
Il y a des duos, des solos, des mouvements de groupe. C’est un espace dans lequel des évènements surviennent, qui sont tous liés autour des visages, de la marche, des notions de temps. C’est une oeuvre dans le temps et dans l’espace et donc, oui, il y a des dynamiques diverses et qui font sens…

DanseVous avez été nommée pour quatre ans Directrice de la danse de la Biennale de Venise. Quelle ligne vous êtes-vous donnée? Comment concevez-vous votre travail de programmatrice? Quelles exigences, quels objectifs sont les vôtres?
J’ai choisi des choses que j’aime absolument, où j’ai confiance en l’artiste. Je crois que j'ai confiance en l’artiste en tant qu'auteur et créateur ; j’ai confiance en sa démarche, et ça, c’est ce qui est important pour moi. De croire en l’intégrité, l’actualité et la profondeur de la démarche et des objets que la personne propose. Sa démarche et son évolution dans le temps m’intéressent aussi.

Un mot pour conclure?
On ne risque pas, avec moi, de disserter de manière intellectuelle; ce n’est pas comme ça que j’aborde ni la vie, ni l’amour, ni la philosophie, ni la danse…Alors des fois peut-être ne suis-je pas très bonne pour expliquer...mais c'est ma manière de faire!

 


Soft Virtuosity, still humid, on the edge
Chorégraphie et vidéo : Marie Chouinard
Avec : Charles Cardin-Bourbeau, Sébastien Cossette-Masse, Catherine Dagenais-Savard, Valeria Galluccio, Motrya Kozbur, Morgane Le Tiec,
Scott McCabe, Sacha Ouellette-Deguire, Carol Prieur, Clémentine Schindler
Musique originale : Louis Dufort
Scénographie et accessoires : Marie Chouinard
Lumière : Marie Chouinard, Robin Kittel-Ouimet
Costumes : Marie Chouinard
Consultant vidéo : Jimmy Lakatos

Production : Compagnie Marie Chouinard
Coproduction : Colours - International Dance Festival (Stuttgart, Allemagne), avec l’appui du Festival international de danse ImPulsTanz (Vienne, Autriche).

Crédit-photo ( portrait de Marie Chouinard) :Marie Karine Patry
Crédit-photo ( photos de la pièce) : N.Ruel

Dates et lieux des représentations: 

- 27 juin 2017 au Festival international de danse contemporaine - Biennale de Venise - Teatro alla Tese, Venise, Italie
- 1er juillet 2017 au Festival Montpellier Danse - Opéra Berlioz, Montpellier, France

Le site de la compagnie Marie Chouinard