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Babel ( words ) : une pièce dansée célébrant avec virtuosité la diversité

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Danse Mis à jour : mardi 28 mars 2017 20:56 Affichages : 1187

BabelPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ A tort, la parabole de la Tour de Babel de la Genèse est d'abord synonyme de punition divine. Les hommes, par orgueil, ont voulu atteindre les nuages des cieux et prétendre ainsi égaler Dieu ; aussi ce dernier les disperse-t-il en semant la zizanie dans leur langage. Babel, c'est pourtant - et surtout - un récit de création qui explique aux hommes l'origine de la diversité. Voilà ce que montrent, avec virtuosité, Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet et Antony Gormley dans cette reprise de création d'un spectacle joué pour la première fois en avril 2010 au Théâtre royal de la Monnaie de Bruxelles. Là, pour paraphraser Baudelaire, le plateau est "un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles ; l'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observent avec un regard familier. Comme de longs échos qui de loin se confondent dans une ténébreuse et profonde unité, vaste comme la nuit et comme la clarté", la chorégraphie, la scénographie, les chants, les compositions musicales et les saynettes jouées qui s'intercalent "se répondent". L'émotion du sacré est tout autant sublimée par les voix superbes des chanteurs qui résonnent dans l'espace vibrant de la salle que par la prodigieuse richesse des musiques du monde qui y sont interprétées ; les structures amovibles en acier qui sans cesse métamorphosent le paysage du plateau - jeux de géométrie, de verticalité et d'horizontalité vertigineux de beauté -  se font un des narrateurs à part entière de ce mythe fondateur. Les danses, enfin, sont les battements de coeur de cette apologie de la différence. Elles s'affirment comme le vecteur idéal pour exprimer non seulement notre intrinsèque et ancestrale conception tribale de l'identité mais encore l'évolution de cette dernière, devenue de plus en plus une représentation déracinée et multiple dans l'ère de la désincarnation numérique.

Avant les gestes étaient plus forts que les mots.

En prologue, une conférence TEDx " The neurons that shaped civilization" prise en charge par une performeuse-androïde, qui, à l'origine, disait le texte de "L'histoire de l'amour" de Nicole Krauss ( dont les droits sont réservés au film éponyme aujourd'hui). S'invite immédiatement une évidence : celle d'un langage moderne désincarné qui contraste avec celui d'antan, intimement lié au corps. Pourtant, toute cette pièce chorégraphique oeuvre  ensuite à démontrer, en s'appuyant autant sur des arguments scientifiques ( "les neurones miroirs"), sur l'humour que sur nos sens que la révolution moderne déclenchée par les technologies nouvelles n'a pas que des points négatifs concernant l'interaction humaine. La distance physique signifie-t-elle que nous ne sommes plus connectés corporellement? Rien n'est moins sûr. Internet est une nouvelle Babel ; elle nous livre son châtiment, notre éloignement sensible et organique, mais aussi ses bienfaits pour l'humanité - une culture qui se propage et peut traverser mille frontières en un clic et des langues qui se mixent. Et ce n'est pas "du charabia philosophique" qu'on nous sert là, non, mais une véritable démonstration dogmatique et empirique.

Impossible de décrire cette pièce étourdissante de trouvailles géniales sans risquer de lui nuire en gâchant les effets de surprise. Alors, en vrac, juste des images avec lesquelles on repart, comblé : le duo du toucher, la danse des androïdes aux mécaniques bien huilées, le couloir truculent de l'évolution anthropologique, le monstre hybride à la mode " connerie cinématographique américaine", les langues qui se mêlent et se démêlent, le ring des cultures, le monologue d'apologie de la langue anglaise, le duellum torse nu, l'androïde chauve-souris, Rahan amoureux...ou encore l'époustouflant ballet final, véritable danse de l'instinct où les cheveux s'ébouriffent en tornades, les torses sursautent et exultent, incantation des corps, feu d'artifice, imploration.

Inutile de préciser que les artistes, tous les artistes de "Babel ( words)" rivalisent de talent. Au coeur d'une machine scénographique qui épouse les mouvements des danseurs, l'humour sait autant être une note dissonante qu'en harmonie, selon son humeur. Alors, pour finir sur une touche amusée, nous dirons que "Babel (words)", c'est un peu Matrix vs Chat Noir Chat Blanc, La guerre du feu vs la danse contemporaine belge avant-gardiste...Un chant polyglotte dont la cacophonie des influences charme nos tympans. Un ballet qui nous invite, en fermeture, à marcher ensemble...Et même si ce n'est pas facile, on vous prouve sur scène que c'est possible ! CQFD !

Babel ( words)
Chorégraphie et
 mise en scène
 : Sidi Larbi Cherkaoui
, Damien Jalet
Création visuelle et scénographie
 : Antony Gormley
Costume
 : Alexandra Gilbert
Lumière
 : Adam Carrée
Dramaturgie : 
Lou Cope
Consultant musique
 : Fahrettin Yarkin
Création et interprétation : 
Navala Chaudhari
, Francis Ducharme
, Jon Filip Fahlstrom
, Damien Fournier, 
Ben Fury, 
Kazutomi Kozuki
, Paea Leach
, Christine Leboutte
, Michael Moya, 
James O’Hara
, Helder Seabra
, Ulrika Kinn Svensson
, Darryl E. Woods
Musiciens
: Patrizia Bovi
, Mahabub Khan
, Sattar Khan
, Gabriele Miracle, 
Shogo Yoshii (Kodo)

Première : 20 juillet 2016, Festival d'Avignon - Avignon

Dates et lieux des représentations:
- Les 23 et 24 mars 2017 à la Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau ( 34)