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Mon cœur é fou : "Il y a un décalage, une marginalité et un isolement chez les auteurs d’art brut qui ressemblent terriblement au clown."

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cirque Mis à jour : mercredi 5 octobre 2016 14:12 Affichages : 674

coeur é fouPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ La Compagnie Doré, c’est un duo de clowns musiciens montpelliérains formé par Laurence Dubard et Sandrine le Métayer. Depuis 2001, au travers des différents genres clownesques, elles ont imaginé leur propre style aussi espiègle qu'investi. En 2015, elles avaient plongé dans l’histoire de la Grèce, de sa mythologie jusqu’à sa crise économique….en compagnie du clown Jam ( interprété par Laurence Dubard). En 2016, elles ont créé « Mon coeur é fou » d’après des écrits bruts de Francis Palanc, Sylvain Lecoq, Constance Schwartzlin-Berberat et Jeanne Tripier. Il en ressort un moment de clown empreint de poésie, de délicatesse mais également de loufoquerie. Plongé dans les méandres d’une logique qui se mord la queue, de mots joueurs et espiègles, de tentatives créatives qui le sont tout autant, l’on est invité à redevenir l’enfant que l’on a été et qui aimait se laisser porter par la beauté mystérieuse de toute chose…

Mon cœur é fou, titre de votre spectacle, s'assortit de cette définition : "Performance clownesque d’après des écrits de l’art brut". Comment est née l'idée de faire du clown à partir de cette matière ?

Il y a un décalage, une marginalité et un isolement chez les auteurs d’art brut qui ressemblent terriblement au clown.

Où avez-vous côtoyé l'art brut pour la première fois?
C’était dans un livre : il y avait des photos du palais idéal du facteur Cheval. J’ai été saisie par l’exubérance, la beauté et la liberté de cette réalisation. Par la suite, j’ai passé 2 jours à Lausanne pour visiter le musée d’art brut et depuis mon intérêt pour ces productions si particulières n’a fait qu’augmenter.

Pourriez-vous d'ailleurs nous rappeler ce que sont exactement ces "écrits bruts"?
C’est Jean Dubuffet qui, en 1945, invente le terme d’art brut pour désigner, je le cite « les ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique », donc des marginaux, des malades mentaux, des personnalités originales qui n’ont jamais évolué dans le monde de l’art, qui ne cherchent ni la reconnaissance, ni l’approbation. Pour la production textuelle, on parle d’écrits bruts. Mots mêlés au dessin, descriptifs ou légendes insérés à l’image, écritures et alphabets inventés, cahiers saturés de textes, pages entièrement calligraphiées, messages codés, subversion orthographique… Dans cette production écrite, la dimension textuelle et la dimension plastique sont indissociables.

L'idée est de faire restituer "à sa manière" à votre clown Jam "toute la poésie contenue dans les écrits d’auteurs d’art brut reconnus, mais souvent méconnus du grand public". Pourriez-vous dans un premier temps nous citer les auteurs auxquels vous rendez hommage?
Il y a Francis Palanc qui était pâtissier. À 20 ans, il invente deux alphabets suivant les principes géométriques des droites et des courbes. Avec ces deux alphabets, il écrit des poèmes qui ressemblent à des tableaux selon les techniques de la pâtisserie comme le saupoudrage, les coquilles d’œuf pilées… Il écrit également L’Autogéométrie, où il explique l’influence de la géométrie sur la vie mentale.
Ensuite il y a Constance Scwartzlin-Berberat qui a été internée à 35 ans. Ses lettres et son livre de recette, son journal intime sont très calligraphiés pleins de néologismes, de jeux de mots et de mots-clés, et d’une grande force poétique.
Enfin Jeanne Tripier écrit, dessine, réalise des broderies et des ouvrages au crochet. Elle considère ses créations comme des révélations médiumniques. Hospitalisée les dix dernières années de sa vie, elle développe une vision du monde qu’elle transcrit dans ses Messages relatant ses voyages interplanétaires, ou ses Missions sur Terre.
Dans ce spectacle il est aussi question de Lutterbach, un fou littéraire, et de Sylvain Lecoq.

Trois artistes évoqués dans trois tableaux : comment avez-vous travaillé pour arriver à " mettre en jeu ces écrits dans leur dimension textuelle et plastique?" Par improvisation?
Oui, il s’agit plus exactement de 5 tableaux et nous avons beaucoup travaillé par improvisation prenant appui sur la partie plastique et sur la partie textuelle.

Il y a plusieurs "écoles de clowns", quelle est la vôtre?
Notre « école de clowns » se situe dans le prolongement de l’enseignement de Jacques Lecoq et du théâtre corporel. Notre travail appartient à la famille des clowns de théâtre, de ceux qui parlent, mais est aussi imprégné des clowns de cirque grotesques, colorés, outranciers, touchants et fragiles.

mon coeur é fouOn peut lire que "la compagnie Doré s’attache à la recherche d’un langage mêlant expression verbale et non verbale, cultivant une relation directe et essentielle entre l’acteur et le spectateur. Ses créations, qu’elles soient ou non conçues pour l’espace public, interrogent notre rapport au monde, dans un va et vient permanent entre le théâtral et le clownesque"...La frontière entre le théâtral et le clownesque paraît à la fois évidente et perméable...Comment définiriez-vous ce qui appartient à l'un et à l'autre domaine?
Ce qui est de l’ordre du clownesque c’est la présence du clown, c’est le détournement et la manipulation d’objets, le pas de côté, le débordement, l’absurde, le bide. Ce qui est de l’ordre du théâtral, c’est le mode de recherche qui nous développons à partir des textes, le choix des thématiques, les questions dramaturgiques, les projets scénographiques.

Enfin, vous êtes trois sur le plateau...le clown Jam et deux contre-pitres, indispensables techniquement pour le spectacle mais également clowns à part entière pour lesquels le "comique" se situe ailleurs. Comment l'idée de les associer à Jam est-elle venue?
Associer ces deux personnages à Jam c’était pour moi renforcer la question de la norme et de la marginalité. Cette question concerne autant la place du clown que la place de l’art brut.

Pour conclure, peut-être, un mot sur le titre de cette performance?


Le titre Mon cœur é fou vient d’un texte de Sylvain Lecoq, auteur d’art brut à l’orthographe imagée. Ce « é » c’est comme un petit clin d’œil à nos grains de folie car nous le savons « le cœur a ses raisons que la raison ignore ».

Mon coeur é fou


D’après les écrits bruts de Francis Palanc, Sylvain Lecoq, Constance Schwartzlin-Berberat et Jeanne Tripier.

Mise en scène : Sandrine le Métayer

Avec Laurence Dubard, Cécile Etcheto, Sandrine le Métayer

Production : Compagnie Doré

Le site de la Cie

Dates et lieux de représentation:

-Le vendredi 02 décembre 2016 - Le Bousquet d'Orb, salle Marcel Roux ( Le Grand Tour- Sortie Ouest)

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