Paul et Gaëtan Brizzi : 31 illustrations à la Galerie Daniel Maghen pour entrer dans la légende

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Illustration Mis à jour : vendredi 1 avril 2016 06:05 Affichages : 2207
CerbèrePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ En mai 2013, la galerie Daniel Maghen avait déjà accueilli Paul et Gaëtan Brizzi pour une exposition unique nommée "Opéra". Au travers de passages clés de 12 grands opéras (« Carmen », « Macbeth », « La Traviata », « l’Anneau du Nibelung », etc.) , les deux illustrateurs avaient exprimé leur passion pour la musique. Du 16 mars au 2 avril 2016, ils reviennent à la galerie pour une nouvelle exposition tout aussi enthousiasmante intitulée «  Légendes ».
Paul et Gaëtan Brizzi sont frères jumeaux : détenteurs du prestigieux Prix de Rome, ils ont notamment dirigé et réalisé pour Disney des séquences du «Bossu de Notre-Dame  et de « Tarzan » mais également  la  séquence « l’Oiseau de Feu » sur la composition de Stravinski dans « Fantasia 2000 ».  Leurs illustrations sont toujours réalisées au crayon de cire, dans de grands formats et conçues à quatre mains, depuis le choix de l’œuvre jusqu’à la réalisation technique. En mots précis - et parfois concis! - et en images épatantes, nous sommes heureux d'accueillir deux artistes de grand talent dont l'univers nous a conquis depuis longtemps!
 
Pour l'exposition Légendes, les rôles sont repartis ainsi : Gaëtan soigne les décors et les paysages tandis que Paul se concentre davantage sur les sujets, c'est bien ça?
Paul & Gaëtan : Oui.
 
C'est donc Gaëtan qui inaugure toujours la toile ? Fonctionnez-vous toujours ainsi? Frères Brizzi

Paul : Pas toujours. Cela dépend du choix du croquis préparatoire afin de s’accorder sur la composition. Si la composition choisie privilégie les personnages, c’est Paul qui a la priorité (par exemple avec Jeanne menant ses Hommes au Combat). Si le paysage ou le sujet est dominant, c’est plutôt Gaëtan (Voir La Tour de Babel). Ensuite le dessin passe dans les mains de l’autre qui y amène sa participation.

Pourriez-vous expliquer avec quelles techniques (outils, matériaux, supports) vous avez conçu ces œuvres ?
Paul : Il s’agit de notre outil de prédilection. Ce sont des crayons « graphite » dont la qualité permet de varier les nuances d’un noir très profond jusqu’au gris clair le plus subtil.

Gaëtan : Nous exécutons le dessin original avec un crayon dans la composition duquel entre un pourcentage de cire, ce qui donne un rendu satiné et velouté. En passant par toutes les nuances du gris le plus léger à un noir profond. Nous aimons aussi patiner ce noir avec une autre couleur, pour donner à l’ensemble une harmonie plaisante. Un jaune, un vert bronze, un brun, un violet, etc…
 
Comment pensez-vous vos mises en scène ? Diriez-vous que chaque légende, finalement, a cela de magique qu’elle peut se résumer en une seule image et que l’imagination reconstruit tout autour le reste de l’histoire ? 

Paul : Non, ce n’est pas aussi magique que cela. Au contraire, nous élaborons de multiples croquis afin de choisir la meilleure composition possible. Nous recherchons une dramatisation du sujet mais aussi à rendre l’émotion des personnages et la clarté de la scène.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour représenter ces légendes ? Lectures ? Œuvres cinématographiques, picturales… ?

Paul : Oui pour toutes ces influences. Nous sommes de grands admirateurs des peintres français de la fin du 19eme siècle (Gérôme, Delaroche, Laurens,…) mais aussi des symbolistes belges (Knopff, Delville, Levy Dhurmer…) Nous sommes aussi amateurs du cinéma des grands réalisateurs pour qui l’image était essentielle (Fellini, Kubrick, Bergman, Lang…). Si l’on rajoute les grands auteurs (Victor Hugo, Dumas, Balzac et Proust) on aura un beau panorama de nos inspirateurs !

Gaëtan : Nous avons une assez bonne connaissance de l’Histoire de l’Art mais aussi une culture cinématographique. Nous sommes plutôt « classiques » et concernant la peinture, nos maîtres s’appellent Gustave Doré, Arnold Böcklin, l’école symboliste avec notamment Spillaert ou Fernand Knopf, l’école Orientalistes avec Gerôme, Benjamin Constant ou Jean-Paul Laurens, la peinture d’histoire du 19eme qui fut tant méprisée au cours de la deuxième partie de notre 20eme siècle. Pour le cinéma, bien sûr les maîtres de l’expressionnisme allemand Lang, Murnau. Mais aussi le chef-d’œuvre de Cocteau (La Belle et la Bête), le réalisme poétique français, ou les œuvres des grands cinéastes visionnaires comme Visconti, Zeffirelli, Kurosawa et tant d’autres !!
 
Si l'on s'en tient à la définition, la légende tient de faits réels à la différence du mythe. C'est donc un récit qui mêle le vrai au faux. Or on découvre de nombreux mythes grecs, par exemple, dans cette collection de Légendes… Il aurait fallu appeler cela Mythes et Légendes ou… Pour vous une légende c'est… ?

Paul : Notre première idée était d’intituler notre exposition Histoire et histoires puisque nous mêlons Napoléon et Jeanne d’Arc avec Ulysse et Hercule. Mais, après discussions, Légendes était plus simple et pouvait réunir des personnages à la fois mythiques et historiques.

Comment s'est effectué d'ailleurs le choix des légendes illustrées ? Au coup de cœur ? En effet, on passe de Robin des bois à Napoléon sur l'île d’Elbe, d'Orphée et Eurydice à Jeanne d'Arc, de Faust à Oedipe interrogé par le Sphynx… 

Paul : Justement, le choix des personnages réels tels que Napoléon, Jeanne D’Arc ou Hannibal se sont élevés au rang de super-héros pour ne pas dire de figures légendaires. D’autres avaient aussi leur place dans cette exposition comme Icare ou César mais il a bien fallu choisir...

Avez-vous, chacun, une légende que vous aimez particulièrement ? Laquelle et pourquoi ? 

Paul : Je dirais que, personnellement, les légendes ont ceci de fantastique qu’elles nous séduisent dès l’enfance et qu’elles nous marquent définitivement. De nombreux artistes donnent leur interprétations de ces histoires extraordinaires. Avec cette exposition nous vous présentons la nôtre.

Goliath a de fortes ressemblances avec Polyphème… et ne parlons même pas du Minotaure ! Avez-vous une vision du géant bedonnante et poilu ? ( sourire)

Paul : Sans doute notre penchant pour la caricature où une petite dose d’humour noir nous semble toujours bienvenue ! (sourire aussi)

Dans l'illustration d'Héraclès face à Cerbère, on distingue en arrière-plan le nocher Charon mais également Hadès et Perséphone… L'ajout des détails, on suppose, cherche à créer la connivence avec le lecteur de l’image ; c’est un peu le plaisir que l'on ajoute à l'initié… à celui qui a des clés de lecture plus fines que le néophyte ?

Paul : Bravo ! c’est exactement ça ! Nous cherchons toujours à être fidèles avec les détails de l’Histoire car les sujets choisis peuvent être décryptés par des spécialistes et nous ne voulons pas être pris en défaut par ces mêmes personnes. Ceci dit, nous revendiquons aussi notre subjectivité car nous ne prétendons pas faire démonstration d’exactitude historique. Il faut laisser une part à la poésie...

Le plaisir de travailler sur des légendes est, je suppose, l'extrême liberté qu'elle laisse à l’imagination ? Sur quelle légende en particulier avez-vous ressenti cette grisante liberté ?

Paul : Oui, la liberté d’interpréter ! Nous avons eu beaucoup de plaisir à représenter Le Minotaure, Babel et Hannibal… et d’autres encore...

Combien d'oeuvres seront exposées à la galerie?


31 œuvres.

Gilgamesh, de nombreux épisodes de la Bible et tant d’autres histoires légendaires manquent encore ( et forcément ) à l’appel… imaginez-vous une suite à cette exposition ?
Paul : Je ne pense pas que l’on fera une suite. Notre première expo s’appelait Opéras, celle-ci Légendes et nous avons déjà un autre grand thème pour notre prochaine mais… chut… c’est encore une surprise… (sourire)
 
Galerie & Editions Daniel Maghen
47 Quai des Grands Augustins
75006 Paris
http://www.danielmaghen.com