Foujita – peindre dans les années folles : la foisonnante et enchanteresse production du plus excentrique des peintres de l’Ecole de Paris pendant sa première période parisienne

Écrit par Imane Akalay Catégorie : Expos Mis à jour : lundi 12 mars 2018 19:16 Affichages : 426

FoujitaPar Imane Akalay – Lagrandeparade.fr / Frais émoulu de l’Ecole des Beaux-Arts de Tokyo, Tsuguharu Foujita, le plus français des peintres japonais et le plus oriental des peintres de Montparnasse, s’installe à Paris en 1913 l’âge de 27 ans. Passées les années austères de la Grande Guerre, le dandy excentrique à l’image très travaillée – coupe au bol, lunettes rondes, anneau d’oreille – sut se rendre célèbre et créer son propre style, empruntant tout à la fois à l’art classique occidental (il visita assidument le Louvre pour former son goût et chercher son inspiration) et à la tradition japonaise. Plus d’une centaine d’œuvres majeures issues de collections publiques et privées sont réunies au musée Maillol, du 17 mars au 15 juillet 2018, pour le plus grand plaisir des yeux.

Foujita est avant tout un artiste de citation : ses œuvres en rappellent souvent d’autres, fut-ce celles de primitifs italiens, de peintres de la Renaissance, d’impressionnistes ou de ses contemporains, détournées avec intelligence et souvent, avec humour. Le très bel échantillon présenté ici, limité aux années vingt, reflète l’extraordinaire diversité de son œuvre – peintures religieuses ou délicates silhouettes sur fonds d’or patiné et usé rappelant des icônes byzantines ou des maternités pré-Renaissance italienne ; splendides nus nacrés, opalescents sur draperies blanches, à contre-pied des représentations typiques de nus de Manet ou de Modigliani sur velours riches et sombres ; portraits d’enfants graves aux yeux immenses qui rappellent des mangas ; très coloré « Salon de Montparnasse » et autres lupanars aux courtisanes dodues et flamboyantes ; autoportraits et petits paysages aux tons sépia ou rosés très doux. Ses peintures sont un régal à observer de près car l’artiste a un sens du détail impressionnant et un humour facétieux que l’on ne perçoit que si l’on prend le temps de les observer : un minuscule chat se campe triomphalement sur la cage du lion, un criquet se balance gracieusement au milieu des fleurs. Les chats, souvent tigrés, sont omniprésents et délicieux, peints ou calligraphiés avec un trait infaillible et une émouvante délicatesse.

foujitaLa salle de grandes compositions présente deux spectaculaires diptyques aux références artistiques évidentes : le premier est une citation de Léonard de Vinci, son artiste fétiche ; l’autre rend hommage à l’art occidental de Velasquez à Rodin, Manet et Gauguin. Dans la salle suivante, c’est une immense et sublime composition en panneaux juxtaposés sur fond d’or patiné, tribut à sa culture japonaise.

Les vidéos présentées, et notamment le court métrage sur la Belle Epoque et l’excentricité de ses contemporains, contextualisent joliment l’exposition. Il est d’ailleurs opportun de rappeler que le bouillonnement culturel exceptionnel de cette décennie à Paris dut beaucoup à des immigrés et autres apatrides, notamment juifs d’Europe centrale : russes (Soutine, Chagall), roumains (Tristan Tzara), bulgares (Jules Pascin), polonais (Moise Kisling) mais aussi italiens (Modigliani), espagnols (Picasso), hollandais (Van Dongen).

Un véritable bol d’air frais pour qui veut s’extraire de la grisaille ambiante et se jeter le temps d’une visite dans la légèreté de la plus joyeuse décennie du vingtième siècle.


Foujita- Peindre dans les années folles

Commissariat général : Sylvie Buisson, spécialiste des avant-gardes du XXe siècle à Montmartre et Montparnasse. Anne Le Diberder, directrice de la Maison-Atelier Foujita, à Villiers-le-Bâcle, Conseil Départemental de l’Essonne. Fondation Foujita, représentée par Carole Boivineau, Déléguée Générale. 
Programmation : Nommée directrice de la programmation culturelle des expositions de Culturespaces en 2017, Beatrice Avanzi est notamment en charge du Musée Jacquemart-André, du Musée Maillol et de l’Hôtel de Caumont-Centre d’Art. À ses côtés, Agnès Wolff, responsable de la production culturelle et Hélène Sarreau, régisseur des expositions chez Culturespaces.
Scénographie : Hubert Le Gall

- Du 7 mars au 15 juillet 2018 au Musée Maillol - PARIS ( En métro : lignes 12, station Rue du Bac)