Marie Curie : un fragile portrait d'une scientifique féministe à l'avant-garde

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cinéma Mis à jour : samedi 13 janvier 2018 12:53 Affichages : 502

marie curiePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Marie Skłodowska-Curie est une physicienne-chimiste d’origine polonaise, pionnière dans l’étude de la radioactivité. Elle travaille en étroite connivence avec son mari, Pierre Curie, pour développer la recherche scientifique. Cependant, dans ce milieu terriblement masculin et conservateur, la jeune épouse doit lutter pour se faire une place…et lorsque Pierre décède de manière accidentelle, les obstacles pour poursuivre leurs travaux se multiplient. Jusqu’au Prix Nobel de physique en 1903, et de chimie en 1911, le chemin sera long. Le long-métrage s’achève ainsi sur un fondu complice et significatif entre Marie et sa fille Irène…qui obtiendra également le prix Nobel de chimie en 1935 pour la découverte de la radioactivité artificielle, conjointement avec son époux, Frédéric Joliot.

Ce film franco-allemand-polonais - que l’on ne peut qualifier de biopic et qui se veut le portrait d’une avant-garde féministe affirmée - séduit surtout pour sa qualité photographique, la partie romanesque de la passion entre Marie curie et Paul Langevin, physicien et philosophe des sciences et pour certaines scènes, véritables toiles esthétiques mouvantes, telles que celle de la balade sur la plage, esthétiquement superbe, entre scientifiques dont les redingotes et chapeaux sombres tranchent avec le grain lumineux du sable. On se plait aussi à croiser Albert Einstein lors d’un colloque au sommet ; on découvre avec intérêt le projet novateur de coopérative d’éducation que mettent en place certains proches des Curie.

Le scénario raconte l’histoire d’une femme brillante, toujours restée - à cause de la réalité des conventions sociales de son époque - dans l’ombre de son époux, qui est hantée par le fantôme du défunt mais décide tout de même de poursuivre leurs travaux scientifiques communs et d’affirmer son rôle dans un monde terriblement machiste.

Marie-Noëlle Sehr a choisi d’user de cadrages souvent originaux, d’une image d’une grande douceur, souvent floutée, aimant les contre-jours et les clair-obscurs ; si l’on n’est pas forcément convaincu de l’intérêt fictionnel de cette multiplication d’effets, on se laisse tout de même porter par leur qualité photographique. Pourquoi, en effet, tout est vu « au travers de »? Derrière une vitre, par l’embrasure d’une porte…la volonté peut-être de donner l’impression que l’on est témoin privilégié d’une intimité, d'un miracle scientifique qui va bientôt percer à jour?
Si la distribution masculine convainc (que de beaux amants et confrères pour Marie!), l’on regrette cependant qu’un film à caractère a priori féministe mette surtout en exergue la vie charnelle de Marie, « radiante reine du radium », qui offre de - certes- splendides scènes empreintes de sensualité où l’on est charmé par la peau laiteuse et les boucles blond vénitien de Karolina Gruszka…mais les passages en lien avec la science apparaissent un peu fantaisistes et légers, trop anecdotiques; les discours évoqués manquent de clarté et auraient mérité d’être réfléchis davantage…Il est possible de simplifier tout en conservant l’essence d'un propos !
Pour conclure? Un film dramatique plaisant mais qui ne fera pas date, à notre humble avis, car l’équilibre entre ce nécessaire « mélange de talent et de hasard » n’est pas totalement atteint. 

Marie Curie
Durée : 1h 35m
Date de sortie en France : 24 janvier 2018 
Réalisatrice : Marie-Noëlle Sehr
Avec Karolina Gruszka, Arieh Worthalter, Charles Berling, Malik Zidi, André Wilms, Marie Denardaud 
Titre original : Maria Curie
Bande originale : Bruno Coulais
Producteurs : Marie-Noëlle Sehr, Mikolaj Pokromski, Ralf Zimmermann

Découvert le 25 novembre 2017 au Festival Les Oeillades d’Albi