Donkeyote : un Don Quichotte des temps modernes qui nous ramène aux racines du bonheur

Écrit par Daniel Bresson Catégorie : Cinéma Mis à jour : jeudi 12 octobre 2017 19:25 Affichages : 457

DonkeyotePar Daniel Bresson - Lagrandeparade.fr/ Le festival Cinespaña, qui se déroule du 29 septembre au 8 octobre 2017 à Toulouse, présente une compétition « Documentaire », un genre peu prisé par les cinémas et encore moins par les télévisions. Elle propose donc de découvrir des pépites du film documentaire, et chaque année met en valeur des réalisateurs méconnus du grand public. Dans le cadre de cette compétition était présenté Donkeyote de Chico Pereira, l’histoire d’un homme qui vit dans le sud de l’Espagne et qui aime faire des promenades avec son fidèle âne Gorrión et sa chienne Zafrana : sur le papier rien de très original... Mais dès les premières secondes, l’image de l’âne dans le crépuscule et le cri de « Gorrión !! » qui retentit, on sent que nous n’allons pas voir un film comme les autres. Manolo, ce professeur d’université à la retraite, cultivé et réaliste, nous envoûte. Dans la première partie du documentaire, il alterne des moments d’humour avec ses deux compères comme avec son entourage, et des scènes émouvantes comme celle où il révèle à sa fille son rêve de parcourir les 2200 kilomètres du « Sentier des larmes » aux Etats-Unis. Ce chemin est celui parcouru par les indiens Cherokee, déportés de leur terre à l’est du Mississippi par les lois répressives de l’état de Géorgie entre 1838 et 1839, ce qui reste un des épisodes les plus noirs de l’histoire des Etats-Unis avec plus de 5000 indiens morts. Et de laisser sa fille sans voix ou presque devant le danger et le défi que cela suppose « Pero Pápa, América !! ». Tout ceci avec une tendresse mais aussi une force de conviction qui nous fait comprendre que Manolo est bien décidé à aller jusqu’au bout. La deuxième partie du documentaire le suit donc avec ses deux fidèles partenaires à la recherche de financeurs pour son projet sur les routes de l’Andalousie jusqu’à Algeciras. La relation avec son âne est basée sur la confiance et une réelle amitié : Manolo ne dirige pas son animal, il l’écoute et prend le temps de décider avec lui. La scène du bateau où il attend toute une journée que Gorrión veuille bien traverser un pont pour monter sur la péniche (on sait que les ânes ont peur de l’eau !) est d’anthologie. La caméra nous fait vivre le pèlerinage de cette petite troupe, souvent à travers les yeux de l’âne ou le mouvement de ses oreilles, avec une précision saisissante. Manuel Pereira, co-scénariste et neveu du héros du film nous avouera que ce fut le fruit d’un travail intense quotidien de 14 heures en compagnie de ses deux cousins et d’une équipe technique réduite. Le caméraman allemand, alors qu’il ne parle pas espagnol, capte l’émotion en réalisant de magnifiques images. Il en découle une oeuvre pleine de tendresse et de questions sur notre monde, et on se prend même à verser une larme quand Gorrión vient taquiner le chapeau de son « maître » ami enclin à un moment de déprime pour lui rappeler qu'ils sont complices dans cette aventure. A ne rater sous aucun prétexte, même si vous n’êtes pas un adepte de la nature ou des animaux ! La preuve en est de la reconnaissance internationale à travers les nombreux prix décernés à ce film, comme en témoigne la dernière nomination aux BAFTA Scotland awards.

- Découvert au festival Cinespaña du 29 septembre au 8 octobre 2017 à Toulouse

Donkeyote
Réalisateur : Chico Pereira
Scénario : Chico Pereira
Montage : Nick Gibbon
Distribution : Manuel Molera Aparicio
Producteurs : Ingmar Trost, Sonja Henrici
ANNÉE : 2017 - DURÉE : 1h25