Le redoutable : Michel Hazanavicius, Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky sont dans un bateau : qui tombe à l’eau?

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cinéma Mis à jour : dimanche 3 septembre 2017 17:20 Affichages : 294

RedoutablePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Voilà une histoire de Godard, fortement subjective, puisque racontée par sa deuxième épouse de vingt-ans sa cadette, Anne Wiazemsky, petite-fille de François Mauriac, qui le rencontra à l’âge de 18 ans, l’épousa au faîte de sa gloire et et le quitta trois ans après.

Le film débute, en 1967, à l’époque de la création de « La chinoise » qui raconte la vie d'un groupe de jeunes maoïstes au moment même où ce mouvement émerge en France. Anne joue dans le long-métrage ; le couple est aussi séduisant qu’amoureux. Présenté au festival d'Avignon en 1967 et projeté dans la cour du palais des Papes - et si Godard est alors au sommet de sa notoriété - le film, très attendu, n’est pas très bien reçu par le public et les militants maoïstes. Peu de temps après, ce dernier envisage d’arrêter le cinéma, du moins tel qu'il l'a pratiqué avant avec ses camarades de la Nouvelle Vague et il fonde avec Jean-Pierre Gorin en 1968 le groupe Dziga Vertov, collectif cinématographique qui produit des films militants d'orientation maoïste, tous signés collectivement. Godard participe, souvent en compagnie de son épouse, aux événements de mai 68, filmant les manifestations et exige cette année-là aux cotés de François Truffaut, Alain Resnais, Claude Lelouch et d’autres l'arrêt du festival de Cannes en « solidarité avec les étudiants ». Dans ce biopic qui n'en est un qu'à moitié puisqu'il ne narre que trois années importantes de la vie du réalisateur, Godard apparaît aussi bien dans le cadre public que privé comme un homme talentueux mais en proie au doute : tiraillé entre sa nature bourgeoise et intellectuelle et son désir de participer à cet engouement étudiant utopiste, intolérant avec ceux qui ne partagent pas ses opinions, égoïste et jaloux, maladroit et à la répartie totalement disproportionnée selon l’interlocuteur. Le ton comique développé par Michel Hazanavicius fait basculer le film dans le pastiche. Un choix cinématographique qui ne lui vaut pas que des critiques positives...et pourtant, pourquoi pas? Comme le dit à juste titre, le conducteur d'une auto qui ramène à Paris Godard et ses compagnons : " Le cinéma, c'est aussi pour se détendre...". 

Voix off qui prend en charge la narration, sous-titres qui dévoilent l’implicite d'une conversation hypocrite entre époux, jeux de mise en abyme permanents ( scènes où l’on est au cinéma, où l’on tourne un film, où l’on parle de films), références itératives à des scènes de films ( de Godard, d'Hazanavicius..), travellings, Michel Hazanavicius n’a pas lésiné dans « Le Redoutable » sur les clins d’oeil à l’univers du cinéaste dans son adaptation de l'ouvrage biographique d'Anne Wiazemsky « Un an après ». Sans doute trop, diront certains qui auront l’impression que le trop d'effets tue l'effet. D’autres apprécieront tout de même la qualité de la distribution ( Louis Garrel est délicieux en Godard, Stacy Martin incarne une Anne convaincante dans son rôle de jeune biche fascinée d’abord par le personnage et exprimant peu à peu ses vélleités de femme qui veut s’affirmer), la drôlerie de nombreux dialogues et situations ( la scène de retour avec soupe à la grimace dans la voiture est désopilante, la conversation à poil sur la question du nu au cinéma amuse autant que celle de la colle aux doigts), la qualité de la photographie ( de très belles séquences en noir et blanc et de superbes gros plans ) et des montages, les jeux de mots permanents ( « Mao sait donc », « Marion Nous »), les clins d’oeil goûteux au cinéma, le running gag de l'opticien ( Godard cassait-il aussi récemment ses lunettes?). Divisé en sous-titres du genre «(Sauve qui peut) les meubles », ce film montre un Godard en situations de ridicule surmultipliées ( l'acmé résidant à la Sorbonne avec son mot sur la Palestine) : si l’on doute que les fans de Godard apprécieront ce portrait et si l’on hésite encore sur le public susceptible d’être intéressé par un "biopic" qui semble en outre développer des questionnements, en parallèle, du réalisateur Michel Hazanavicius même, l’on arguera toutefois que c’est une fiction plaisante d’abord dans le portrait qu’elle fait d’une époque ; une comédie sentimentale légère qui repose sur un "drôle de numéro" et une jeune première à la plastique adéquate. Et nous, on a passé un bon moment! 

Je n’aime pas les vieux donc quand c’est moi le vieux, je ne m’aime pas.

Le redoutable

Réalisateur : Michel Hazanavicius
Scénario : Michel Hazanavicius
Distribution :  Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo, Micha Lescot, Gregory Gadebois, Jean-Pierre Gorin, Jean-Pierre Mocky
Nominations : Palme d'or, PLUS
Producteurs : Michel Hazanavicius, Riad Sattouf, Florence Gastaud
Date de sortie 13 septembre 2017 
Durée : 1h 47min

Découvert le 28 août en avant-première au cinéma Diagonal ( Montpellier)