Djam : voyage à travers les confins de l'Europe méditerranéenne à la découverte du Rébétiko

Écrit par Guillaume Marcenac Catégorie : Cinéma Mis à jour : mercredi 23 août 2017 15:21 Affichages : 257

DjamPar Guillaume Marcenac - Lagrandeparade.fr/ Djam, le dernier Gatlif, est fidèle à la ligne du réalisateur et aux idées qui l'animent. Le film est gorgé de cultures méditerranéennes, ancré dans une actualité peu reluisante, et malgré tout porteur d'un message d'espoir et de libertés.

Avec Djam, l'idée de départ est de faire découvrir le Rébétiko en suivant le parcours d'une jeune femme libre d'aujourd'hui. Libre par son énergie, sa poésie, son franc-parler ou encore son absence de pudeur.

Le Rébétiko est un genre musical né en Grèce au début du XXe siècle, enrichi par les Grecs de retour forcé d'exil turc en 1922, et certaines populations réfugiées en provenance d'Asie mineure. A l'origine pratiquée dans les tékés (fumeries de haschish) et certaines prisons, cette musique exprime des positions anti-autorité et non conformistes, parfois mêlées aux thèmes de l'exil et du déracinement.
La jeune femme libre, elle s'appelle Djam (jouée par la bluffante Daphné Patakia). Une grecque de 22 ans qui vit sur l'île de Lesbos.
Son parcours : rejoindre Istanbul pour faire forger une nouvelle bielle pour le bateau de son oncle, et revenir. A peu de choses près, le trajet que ses ancêtres ont parcouru en 1922 lors d'un exode massif de la Turquie vers la Grèce.
Seulement voilà : l'actualité des dernières années a, à plusieurs reprises, rattrapé Tony Gatlif et les thèmes de son film, alors qu'il travaillait à finaliser son scénario. Une actualité qui bousculait nos concepts de liberté, cultures et solidarité. Djam est donc un film particulièrement dense, on ne peut plus actuel, qui traite des libertés sous toutes ses formes : de penser, de s'amuser ou encore de disposer de soi-même. La crise économique grecque et celle des migrants sont évoquées à plusieurs reprises au long du chemin de la jeune fille. Certaines scènes expriment la plus profonde détresse, mais sont souvent conclues par un rebond d'espoir ou d'amour. Tant est si bien que, malgré la dureté de certaines situations (et de certaines images), le film évite le fatalisme et souffle un vent d'optimisme. A l'image de la ferveur du Rébétiko, ou de la solidarité grecque envers les migrants malgré leurs propres difficultés.
Daphné Patakia, jeune actrice grecque, est le miracle de Tony Gatlif. Elle qui était une comédienne talentueuse mais ne savait ni danser, ni chanter ni jouer de la musique, a réussi à devenir l'insaisissable Djam en quelques mois. Elle éblouit le film par sa fraîcheur, sa justesse, son regard.
Djam est un film sur la liberté, mais aussi l'exil, la détresse, la dignité, l'espoir. Réhaussé de touches de poésie, de fraîcheur, et de provocation. Beau et authentique.

Djam
Date de sortie initiale : 9 août 2017
Réalisateur : Tony Gatlif
Scénario : Tony Gatlif
Durée : 1h37