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Tout le pouvoir aux soviets : Tout le pouvoir à Besson !

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Romans français Mis à jour : lundi 29 janvier 2018 20:57 Affichages : 633

sovietsPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ Le meilleur des Besson, Patrick - à ne surtout pas confondre avec Philippe - est un peu le Gérard Depardieu de l’édition germanopratine (en moins gros mais aussi gourmand). Il n’est jamais là où on l’attend. On le croit montreuillois, il est à Nice. On le croit en Serbie, il est à Saint-Pétersbourg. Bref, il est libre comme le vent de la Taïga, dans le Docteur Jivago de Pasternak. Patrick Besson connaît bien la littérature en générale et la russe en particulier. C’est d’ailleurs le vrai sujet de "Tout le pouvoir aux soviets", son nouveau roman.

Le point de départ narre les déambulations d’un jeune banquier, Marc Martouret, né d’une mère russe antisoviétique et d’un père communiste français. Lui-même tombe amoureux d’une jeune femme russe qui se dérobe puis cède, évidemment. Ce n’est pas un roman autobiographique, puisque la mère de Patrick Besson était croate et son père… sans doute pas communiste. Les plus jeunes découvriront les noms d’anciens dirigeants du PCF, tels Thorez, Waldeck-Rochet, Marchais : l’homme du bilan « globalement positif », alors que le sien, de bilan, est carrément négatif, puisqu’il avait caché avoir travaillé en Allemagne, pendant la guerre, lui qui allait devenir le secrétaire général du PCF, le parti des « 75 000 fusillés »... Il ne manque plus que Jean-Baptiste Doumeng, surnommé le « milliardaire rouge » et son accent rocailleux ; comme le fameux Jacques Duclos, l’homme de la célèbre formule : « Bonnet blanc, blanc bonnet ».
Une autre époque, celle d’avant le mur de Berlin et même de la « Guerre froide ». Besson relate cette période, depuis Lénine, en 1908 à Paris, jusqu’à aujourd’hui, dans le Moscou de Poutine. Il n’oublie pas l’URSS de Brejnev et le cinquantième anniversaire de la Révolution d’octobre 1917. Construit comme une poupée russe nous dit l’éditeur, Stock, il passe d’un personnage et d’une époque à l’autre, à chaque chapitre, il zappe. Ce n’est pas un roman nostalgique, d’une époque révolue - plus que révolutionnaire -, c’est un constat froidement lucide. Besson n’en rajoute pas sur le fiasco collectiviste et les crimes staliniens. On ne tire pas sur un cimetière (ce n’est même plus une ambulance). Pas question de faire de l’anti communisme primaire, il rappelle juste les faits : le PCF à moins de 5%, lui qui fut à près de 20-25 %, et le parti d’Aragon et de Picasso. Comme l’époque de l’ORTF, et ses débats politiques qui sentait la clope, ou les feuilletons, période Stellio Lorenzi, le réalisateur aux messages progressistes, comme dans Rahan et Pif Gadget.
Chroniqueur au Point, Patrick Besson ne regrette pas le gouffre financier dans lequel se trouve l’Humanité, le journal de Jean-Jaurès dans lequel il fit ses premiers pas de nouvelliste. Ni l’époque où le monde était divisé en deux : exploiteurs et/ou exploités. C’est un autre monde, une autre histoire, qui avance sous nos yeux à une vitesse logarithmique. C’est le rôle de l’écrivain (si tant est qu’il ait un rôle) et Besson (le meilleur des Besson) en est un, assurément. Il pense écrivain, mange écrivain, vit, dort écrivain. Il faut bien arrêter le temps, à défaut du vent, calmer les gens, et mettre ça sur le papier.
Ne pas prendre parti. Poser les questions. Au lecteur d’y répondre.
Son personnage, Marthouret le jeune banquier, peut sembler un tantinet cynique, comme Besson, sauf quand il tombe amoureux. Dans ce cas il devient non pas romantique, au sens commun du mot, mais démesurément passionné, comme un vrai slave, un russe. Un cosaque des sentiments… Il faut dire qu’il a eu la chance d’avoir « un père communiste qui aimait Dostoïevski »… Nous y voilà. Tous les plus grands écrivains de l’ex-Union soviétique sont cités (sauf André Biely), de Pasternak à Pouchkine (référence à un de ses meilleurs romans), Maïakovski, Gorki, en passant par Boulgakov, Soljenitsyne. Il y a même le Nabokov de Lolita, comme Flaubert et Balzac et de Beauvoir et Sartre et Algren, l’amant américain du Castor. Il est aussi question des Thibaut (de Roger Martin du Gard) : ça nous rajeunit pas. En réalité, le communisme, ce « dinosaure affamé », il s’en tape comme de l’an 40, Besson. Ce Parti du passif, et non plus du passé, pour paraphraser Mitterrand, dans son deuxième débat présidentiel face à Giscard (1981). Il n’y a pas de réelle histoire, au sens romanesque du terme, dans ces nouveau Soviets, au pouvoir de l’argent. Il y a les fulgurances de Besson, ses traits d’esprit, les phrases qui font mouche. Patrick Besson est le genre d’écrivain qui tuerait père et mère pour un bon mot. Avec ce livre, il achève le communisme. Au suivant ! 

Tout le pouvoir aux soviets
Auteur : Patrick Besson 
Editions : Stock
267 pages 
Prix : 19 €

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