Pauline

Summer : Monica Sabolo et la fille du lac…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : mardi 19 septembre 2017 19:08 Affichages : 457

SummerPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Un jour comme un autre. Un pique-nique en bord du lac du Léman. Une jeune fille disparait. Elle s’appelait Summer Wassner, avait 19 ans. A-t-elle été kidnappée ? s’est-elle enfuie ? a-t-elle été happée par les eaux troubles du lac ? Début d’histoire pour « Summer », le cinquième et nouveau roman de Monica Sabolo qui, en 2015, s’était fait grandement remarquée avec l’impeccable « Crans-Montana ». Vite, on apprend que Summer était blonde, courait dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Elle a un frère cadet, Benjamin - cinq ans de moins qu’elle. Tous deux sont enfants de bonne famille ; ils ne manquent de rien, dit-on. 

Le temps passe- vingt-cinq ans plus tard, Benjamin, alors 38 ans, se souvient. Sa sœur disparue apparait dans ses rêves. C’est un spectre, c’est une grâce… L’apparition fait ressurgir en pleine lumière les secrets de famille, une famille de la bourgeoisie suisse prise entre apparences et silences. Benjamin, narrateur de la disparition, confie : « Je sais maintenant que nos fantômes sont là, juste de l'autre côté de la rue. Ils nous regardent. Ils nous appellent. Ils chuchotent notre nom, d'une voix basse, implorante, à intervalles réguliers. Parfois ils s'approchent si près que leurs doigts blancs effleurent nos visages. 
Mais nous ne les entendons pas, nous ne les voyons pas. Sauf la nuit, dans nos rêves qui sont les animaux sauvages que nous tenons en laisse le jour ».  

Les fantômes hantent Benjamin qui « n’est jamais léger, explique Monica Sabolo. À aucun moment il ne l’a été. Il a toujours eu une conscience très puissante de sa famille, une conscience de devoir la protéger et pas le contraire. C’est ce qui le rend immatériel ». Le jeune homme dit aussi : « Les souvenirs s'estompent, c'est le secret. Le temps les dilue, des morceaux de sucre dans un récipient d'eau froide. Nous faisons, et refaisons, les gestes qui nous ont blessés, nous jetons et rejetons à la mer une nasse lestée de poissons transparents », ou encore : « La nuit, Summer me parle sous l'eau. Sa bouche est ouverte, palpitante comme celle des poissons noirs ». Benjamin est pris, habité par des cauchemars aqueux- on songe alors à « Virgin Suicides » de Jeffrey Eugenides. Il y a aussi les souvenirs d’enfance, de cette enfance insouciante en bord de lac… Tout se mélange dans la tête, dans l’esprit de Benjamin. Il est devenu un adulte embarqué dans la tourmente- il traverse par des états qui sont bien loin de l’Ohio : la peur, la magie, la névrose, l’obsession… Il ressent à tout moment les odeurs de ce jour de la disparition. Il est dévoré par l’effroi, lui qui mène l’enquête sur cette sœur disparue…
Dans les pages de ce beau texte qu’est « Summer » (un des meilleurs romans de cette rentrée aout-septembre 2017), il y a des airs de famille avec les écrits de Joyce Carol Oates ou encore Laura Kasischke (en particulier, « Un oiseau blanc dans le blizzard »). Les mots et les phrases de Monica Sabolo sont emplis de magnétisme et de poésie, de sensualité et de métaphores. « Summer », un roman qui, à coup sûr, bouleverse tout lecteur…

Summer
Auteur : Monica Sabolo
Editions : JC Lattès
Parution : 17 aout 2017
Prix : 19 €