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Le livre que je ne voulais pas écrire : un livre à la rock attitude qui défie la mort

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Romans français Mis à jour : mercredi 20 septembre 2017 13:50 Affichages : 483

QuidamPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ Il y a un an, mordue par un cobra, une chanteuse indonésienne a terminé son concert avant de mourir. On ne pouvait pas avoir plus rock-attitude…pensait-on. Avec son récit, génialement intitulé : "Le livre que je ne voulais pas écrire", Erwan Larher, a en quelque sorte  terminé le concert des Eagles of Death Metal, interrompu au Bataclan, dans les conditions que l’on sait.

C’est un bon bouquin, lisez-le. Oh, pas pour savoir comment c’était à l’intérieur de la salle mais à l’intérieur d’un écrivain. Car c’en est un. D’écrivain.… Erwan Larher a réussi à créer une œoeuvre d’art avec cette sale histoire, un peu comme Picasso avec le massacre de Guernica : on pèse nos mots. C’est à ça qu’on reconnait un véritable artiste. Il cristallise, se surpasse, entre en transe, en communion, crée dans la fièvre, mélange réalité et fiction, transcende le réel, réinvente le paraître, défie la mort.
Car c’était ça le défi : créer un objet-livre, une œoeuvre d’art, qui se tienne littérairement, esthétiquement. Pari réussi car tout y est : rythme, style, émotion, amour, philo, politique, en filigrane. On entre avec lui au Bataclan et en on en ressort, comme on peut, tour à tour essoré, rassuré, mortifié, liquéfié, apeuré, soulagé, refroidi puis réchauffé par la bonté humaine. Tout y est, vous dis-je : Yin-Yang. Le pire et le meilleur du genre humain. Il en fallait, du swing, rock-jazz-rap-slam, pour rédiger dans le genre Gonzo, en 24 h quasi, comme dans la série US. Le rythme est là (et ce truc ne s’apprend pas, on l’a ou on ne l’a pas), au diapason de son coeur de rockeur mis à nu.
Impossible d’être plus à poil que ce soir-là, allongé contre une barrière métallique, avec une main amie, terrorisée, accrochée à sa santiag, la tête enfouie sous la terre, quasi, pour se faire le plus petit possible et ne pas mourir d’une balle dans le cul. Et il l’a pris, cette balle, et il ose décrire ce que ça fait, de réaliser qu’on n’est pas un héros (qu’aurions-nous fait à sa place ? Nous, quidam : le nom de sa maison d’édition). Des jeunes paumés Kalach’ en main, il ne dit presque rien. Ce sont des armes à feu, bouches de feu, des Djinns (dans l'islam, les djinns sont des créatures dotées de pouvoirs surnaturels, ils ont été créés d'un maillage/tissage de « lumière d'une flamme subtile, d'un feu sans fumée). Des flics et des sauveteurs, médecins, infirmières, il dit l’essentiel.
Oui, Erwan Larher a écrit un bon livre parce qu’il a mis sa peau sur la table et a réussi le tour de force de prendre le recul nécessaire à la conception littéraire, artistique, on insiste vraiment, en demandant à ses proches d’écrire un court texte sur la manière dont ils ont vécu cet épisode tragique, de guerre au cœoeur de Paris, loin d’Erwan, tout en étant avec lui par télépathie. Ce qui donne le fameux recul nécessaire pour rendre à cette oeœuvre journalistico-littéraire (un reportage en direct-livre) un livre complet. Pratiquement en 3 D, avec le son, les odeurs et les pensées. Pari réussi, oui. On pourrait écrire encore des pages sur ce livre court mais dense. Nulle doute qu’il vieillira bien parce qu’il est multiforme, écrit sur le vif, à chaud, avec les tripes. Il en ressort une impression de réel, au sens où le vrai sens de la vie apparait, entre absurde, folie et puissance des émotions, sensations, perceptions ; tous les sens en éveil. Le genre de truc que l’amour provoque. Ce livre donne envie d’aimer les autres, plus que soi-même. Puisque c’est aussi un hommage à ses frères et soeœurs de rock, qui ne s’en sont pas sortis, ce soir-là. Il y est retourné, depuis, au concert, au rock, à la vie. Mieux que ça, à l’amour. De cette histoire de guerre, il a su créer/trouver de l’amour. Ça fait catho, dit comme ça, mais c’est à prendre au sens rock, à la Jim Morrison, plus qu’à la Jésus Christ, tendance Doors/portes ouvertes sur l’infini des sentiments. Ça brule, ça ne laisse pas indemne, mais ça réveille. Comme l’art et l’amour véritables. Longue vie à l’écrivain Erwan Larher.
 
Le livre que je ne voulais pas écrire, de Erwan Larher, 259 p, 20 euros, Quidam éditeur.   

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