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Zabor, ou Les Psaumes : Kamel Daoud en fable, parabole, confession…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : lundi 21 août 2017 10:51 Affichages : 296

DaoudPar Serge Bressan -  Lagrandeparade.fr / Le voici, le livre sensation parmi tous ceux sortis en cette rentrée d’été 2017 ! C’est « Zabor, ou Les Psaumes ». Son auteur, Kamel Daoud, on l’avait apprécié pour son premier roman, « Meursault. Contre-enquête » (ou « L’Etranger » d’Albert Camus, revisité). Avec « Zabor », il s’impose immédiatement comme l’un des favoris, si ce n’est le favori d’un prix littéraire de prestige, l’automne prochain.

Il a écrit un texte ambitieux, et beau. C’est salutaire par les temps qui courent. Algérien écrivant en français, il dit aussi : « J’ai le droit de poser des questions, pas des bombes », ou encore : « Tous les jours, je dois choisir entre sauver mon âme ou perdre mon corps ». « Zabor », c’est l’histoire d’un orphelin de père qui a grandi dans la compagnie des livres qui lui ont offert une nouvelle langue. Mieux : cet enfant est persuadé d’avoir un don. L’a-t-il vraiment ? Qu’importe, en fait… Ce don est tout simple : s’il écrit, il repousse la mort. C’est tout simple : il enferme une personne dans ses mots, dans ses phrases qu’il aligne dans des cahiers et celle-ci gagne du temps de vie. Il y a là de la Shéhérazade sauvant ses semblables… et, dans la nuit du désert, le garçon expérimente. L’imaginaire, sa puissance, sa folie, ses voyages… Un soir, son demi-frère détesté l’appelle : leur père est tout près de la mort. Zabor va-t-il écrire les mots pour repousser le départ du père ? On lit, on réfléchit, on est comme en suspension : « Parce qu’il y a la mort, il y a une fin, et donc un début qu’il nous appartient de restaurer en nous, une explication première et dernière ». On a là un livre qui tient à la fois de la fable, de la parabole ou encore de la confession, écrit dans une langue d’excellence, où la précision de la fiction s’allie à la beauté de l’évocation du rêve. Un livre-événement qui, longtemps après l’avoir quitté, nous habite, nous interpelle quand il demande « pourquoi raconte-on des histoires depuis toujours ? Pour contrer le temps ? La peur ? Peupler la nuit par un feu et un récit ? Pour s’amuser ? Il y a dans ce rite immémorial une nécessité, un besoin et pas seulement un désir. Car lorsqu’on raconte ou lorsqu’on écrit, l’histoire a un début et une fin, contrairement au monde et à ses étoiles qui parsèment nos interrogations ! »

Zabor, ou Les Psaumes
Auteur : Kamel Daoud
Editions : Actes Sud
Parution : 16 aout 2017
Prix : 21 €