Pauline

Virginie Despentes : c’est apocalypse, now !

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : lundi 12 juin 2017 21:08 Affichages : 590

SubutexPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Il s’est fait attendre- et c’est bien le moins qu’on puisse lui dire ! Il devait nous revenir pour une troisième aventure à l’automne 2015 et l’ancien disquaire se pointe seulement en cette fin de printemps 2017. Deux ans sans la moindre nouvelle de l’ancien disquaire… Bon, on ne lui tiendra pas trop rigueur, enfin il est là. Et il nous salue, avec toute sa ribambelle, dans « Vernon Subutex 3 », le troisième et ultime tome des aventures de l’ancien disquaire, squatter de canapés des copains et de lits de (petites) amies d’une nuit ou de plusieurs jours. Des aventures rock et prophétiques mises en mots par Virginie Despentes qui, avec ce volume, met fin à sa série littéraire- comme d’autres goupillent des séries télé.

A l’image d’un Philippe Djian qui s’était essayé à la série romanesque avec les six saisons de « Doggy Bag » (2005- 2008), l’auteure de Baise-moi (1993) a relevé le défi. Sur, au total, près de 1 500 pages. Pour un livre de colère retenue, intérieure et marquée au sceau des attentats de 2015- 2016 en France. Pour une nouvelle aventure de Vernon Subutex. Un temps, il fut disquaire à Paris. Il y eut la crise, il a perdu son boulot, fermé boutique, s’est retrouvé SDF. Le début de la fin- avec toujours en fond la musique, celle qui rend la vie supportable. Dans cette troisième et dernière aventure, Subutex va au gré des vents (pas toujours favorables) se laisser porter à travers l’Europe. Paris, Barcelone, Athènes… Commentaire dans la ville catalane : « Il n'était pas dépaysé : les enseignes sont les mêmes qu'en bas de chez lui. C'est toujours la même merde, où qu'on aille. Sauf qu'ici, il faudrait passer un permis piéton pour avancer sans se prendre un touriste dans la gueule. Ils se déplacent en troupeau, il faut patienter dix minutes pour traverser une rue. Ils sont allemands, chinois, russes... que des laids. Peut-être que les gouvernements font une sélection de leurs sujets les plus ingrats avant de les bombarder sur Barcelone. Les pires, sans surprise, sont les Français. Plus bruyants, plus arrogants, plus agressifs que n'importe quels autres touristes. Il n'est pas près de revenir. Il est navré de faire partie de cette horde de parasites ». Evocation de la capitale grecque : « Il revient d'Athènes, il est allé voir sa fille. Il est plein d'énergie. Avant même de s'asseoir, il est déjà lancé dans une minutieuse description des réfugiés qui se sont établis là-bas, la solidarité des habitants malgré le dénuement de tous ». On the road again…

Croisée dans les deux précédents tomes, la bande est toujours là, ribambelle de SDF, losers, magnifiques dingues et éblouissants paumés. Ils s’appellent Kiko, Pamela, Olga ou encore la Hyène, ils se croisent et se séparent au gré du temps, des événements ou des malentendus. Il y a des « Nuit Debout », on s’en prend aux politiques (« Pourquoi ces gens, quand ils accèdent au pouvoir, cessent de dire la vérité. Pourquoi ils ne s'assoient pas au micro pour raconter, simplement, « voilà comment ça s'est passé ». Voilà comment j'ai défendu une idée que je croyais juste et bonne et voilà comment on m'a convaincu de conduire mon pays à l'abattoir ») et ce Vernon Subutex qui officie comme (faux) gourou ou encore DJ. Ça sonne fort et violent comme du Mötörhead, inventif et glamour comme du Bowie… C’est beau, oui… Membre du jury Goncourt depuis 2016, Virginie Despentes frappe fort, chamboule l’écriture. C’est « Battling Despentes » ; avec ses mots, elle vise aussi juste que ne le faisait Muhammad Ali avec ses poings. Et qu’importe l’intrigue, l’apocalypse n’est pas pour demain, elle est déjà là… Apocalypse now… Ne nous reste plus avec Vernon Subutex qu’à cultiver l’utopie.

Vernon Subutex 3
Auteur : Virginie Despentes
Editions : Grasset
Parution : 24 mai 2017
Prix : 19,90 euros