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Gilles Paris : « C’est l’histoire qui m’emmène dans l’écriture. »

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : lundi 17 avril 2017 16:35 Affichages : 447

Gilles ParisPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr/ Sur l’Île, à une heure et demie en bateau du Continent, une maison de verre et d’acier. La plus grande de l’endroit. Y vivent Olivia la grand-mère, Rose la mère atteinte d’un cancer et sa fille Marnie, une ado de 14 ans à la chevelure rousse. A Glass, toutes et tous trimballent leur part de mystère(s). De secrets, aussi. C’est « Le Vertige des falaises », le cinquième roman de l’écrivain français Gilles Paris, auteur entre autres d’« Autobiographie d’une courgette » (adapté l’an passé au cinéma par Claude Barras et récompensé par de multiples prix). « Le destin passe son temps à se jouer de nous, dit un des personnages du « Vertige… » Rien n’est acquis, ni la vie qu’on se construit, ni l’amour qu’on s’est promis pour toujours ». Adorée de sa grand-mère, Marnie a l’âge de l’entre-deux, plus une enfant, pas encore une adulte. Et parce qu’elle voit et entend tout, effrontée elle n’a plus guère d’illusions sur la vie qui va. Dans ce roman choral où l’émotion côtoie le sombre, Gilles Paris aborde avec élégance et tact de nombreux thèmes, tels la mort, l’amour, la maladie, la légèreté des êtres, les hommes volages ou encore la violence envers les femmes, les secrets de famille, la mélancolie.

Avec vos quatre précédents romans, vous étiez le « spécialiste » de l’enfant héros…

…mais depuis un moment, pour un nouveau roman,  j’avais le souhait de ne pas être là où l’on m’attendait. Avec pour héros un enfant de 9 ans, on est vite confronté à un problème de vocabulaire. Oui, à 9 ans, un enfant possède un vocabulaire limité. J’avais envie de passer de l’enfant à l’ado mais je souhaitais aussi ouvrir mon roman à deux personnages principaux. J’en suis arrivé pour « Le Vertige des falaises » à la forme du roman choral.

Et ça commence fort avec les deux premières phrases qui scotchent le lecteur : « Papa est mort. Je devrais avoir du chagrin, je n’en ai pas ».

Les trois premiers mots me sont venus immédiatement. Pour la suite, ça a été autrement plus difficile ! Je travaille les mots, les phrases, je dégraisse, j’essaie de travailler la fluidité. Le plus dur dans l’écriture ? Il faut sacrifier des détails, des phrases… J’écris en écoutant de la musique, pour « Le Vertige… », j’ai beaucoup écouté l’album de Charlie Puth, un jeune chanteur américain. Mais quand je travaille ensuite sur le texte, c’est dans le silence total.

Comment gère-t-on un roman choral ? On image un plan précis, détaillé…

Je n’ai aucun plan pour le roman, c’est l’histoire qui m’emmène dans l’écriture. J’avais au départ deux personnages forts : Olivia, la grand-mère sexagénaire, et Marnie, sa petite-fille adolescente. Je devais veiller à ne pas leur donner le même langage… Et puis, il y a ceux qu’on appelle les personnages secondaires. Il ne faut pas les oublier, ce ne sont pas des ombres, ils doivent avoir une entité et ils permettent une vision différente de la famille Mortemer. Dans un roman choral, chaque personnage a un point de vue et c’est la somme de tous qui donne la vision, la perception globale.

N’empêche ! Marnie, l’ado de 14 ans, prend beaucoup de place dans ce « Vertige des falaises »…

Marnie, c’est ma part d’ombre ! On me connait comme un optimiste, ce n’est pas vraiment le cas… Marnie ne ressemble à aucun des héros de mes romans précédents. A 14 ans, elle a vu et entendu beaucoup de choses. Elle est chargée de beaucoup de violence… Oui, « Le Vertige des falaises » est un roman sombre, il n’y a pas grand’place pour l’humour. Je voulais aussi qu’on soit vraiment au cœur d’un huis -clos parfait. Voilà pourquoi l’histoire se déroule sur une île.  

Avouez que, dans ce roman, les personnages masculins ne sont guère à leur avantage !

Pas tous ! Oui, Aristide- le mari d’Olivia, et Luc- le père de Marnie, n’ont pas une part flatteuse. Mais j’avoue que ce qui m’a amusé, c’est avant tout de mettre dans la peau d’une sexagénaire, d’une femme clouée au lit par un cancer, d’une adolescente… C’est un véritable bataillon de femmes- elles ont fait de mauvais choix, n’ont pas épousé les bons bonhommes… Ces femmes sont si solidaires les unes des autres, avec leurs failles, leurs fragilités. Je crois que dans ce roman, il y a beaucoup d’amour. Beaucoup de haine aussi, mais ce n’est que le prolongement de l’amour dans ses excès.

Quand même, Marnie, votre ado, elle ne parle pas comme une ado d’aujourd’hui…

Pour une simple raison : Olivia sa grand-mère lui a interdit le téléphone portable, l’ordinateur. Et elle vit sur l’Île, elle va rarement sur le Continent qui est à une heure et demie de la maison de verre et d’acier.

Dans ce nouvel et cinquième roman, le lecteur va retrouver des thèmes qui vous sont chers…

Cette fois, la mort est encore plus présente. Il y a aussi la violence. Sous tous ses aspects- physique, morale… Dans ce roman, je m’exprime plus directement que par le passé- j’ai tout ça en moins. Cette part de violence, je l’expulse par le sport, par la boxe, et aussi par l’écriture.

« Le Vertige des falaises », c’est aussi un hommage à Alfred Hitchcock ?

Le prénom de mon héroïne adolescente vient de « Pas de printemps pour Marnie », le film d’Alfred Hitchcock sorti en 1964. Dans tous ses films, il y a une certaine forme d’élégance avec ces femmes blondes incroyables. Et chez lui, le suspense est très lié à la psychologie des personnes.

Après cinq romans dont un adapté au cinéma, vous vous sentez écrivain ? Votre métier, c’est l’écriture ?

J’ai commencé à écrire à 10, 12 ans. Le milieu littéraire, je n’y vais jamais, je n’ai pas beaucoup d’amis écrivains. Il faut savoir où est sa place, et je n’éprouve pas cette fascination que le monde des livres a pour les écrivains. J’aime bien me sentir en marge du milieu. C’est là que je me sens moi-même, c’est là que je me sens bien !


Le vertige des falaises
Auteur : Gilles Paris
Editions : Plon
Parution : 6 avril 2017
Prix : 16,50 euros

Crédit-photo : Jean-Philippe Baltel