Olivier Schefer : l’extrême élégance

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : dimanche 26 mars 2017 20:29 Affichages : 765

RomanPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr/ A peine cent pages pour « Une tache d’encre ». C’est peu ou beaucoup. Qu’importe ! Pour sa deuxième venue dans le monde de la fiction après « Un seul souvenir » (2016, un texte dans des Balkans compliqués), le professeur de philosophie de l’art qu’est Olivier Schefer brille de mille feux et mots pour un rendez-vous avec la mort qui s’ouvre sur une citation de Chris Marker : « Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance ». La mère vient de mourir ; le narrateur et son frère cadet se retrouvent dans l’appartement de la défunte, cet appartement « lieu de l’enfance » qu’il faut définitivement quitter : « Tels deux cambrioleurs, à genoux sur les tomettes de la chambre, dont le lit avait déjà disparu, nous faisions le tri de ses affaires, tout en vidant les derniers recoins dont nous avions oublié jusqu’à l’existence même ». Les petites choses ordinaires surgissent, un flacon de parfum, des cartons,… et le narrateur qui confie avoir tout oublié de son enfance. Et d’évoquer, quand même, ces « moments d’allégresse », ces moments qui « dissimulent une zone d’ombre- une phrase triste, un agacement, un flottement imperceptible- qui préfigurent des ébranlements plus violents et des glissements de terrain ».
L’ébranlement, le glissement, pour le narrateur, c’est une tache d’encre, image dans le tapis- une tache qui offre au narrateur « la puissance incontrôlable de l’émotion et celle de l’écriture sans limite ». C’est aussi un encrier chinois. Duquel vont ressurgir des images du temps passé, des images d’avant la mort de la mère. Souvenirs qui remontent, passé qui bouge et vibre, il y a des trains de nuit, le boulevard Saint-Germain à Paris en Mai 68, les Pyrénées, Milan, Venise- cette ville de la mémoire et de l’oubli où il retournera avec une femme tant aimée. Avec une extrême élégance dans « Une tache d’encre », Olivier Schefer fréquente le même monde artistique que Michelangelo Antonioni réalisant en 1960 « L’avventura »… Est-on dans une chambre d’hôtel ? Peut-être. Et, pourquoi pas, dans un petit appartement ? Qu’importe ! dans cette chambre sans lit, là où la mère avait rendez-vous avec la mort, les deux frères terminent le voyage- « partager, reprendre, s’offrir ce que nous lui avions quelquefois offert… » Et c’est ainsi que le roman d’Olivier Schefer est magnétique !

Une tache d’encre
Auteur : Olivier Schefer
Editions : Arléa
Parution : 2 mars 2017
Prix : 17 euros