Pauline

Valérie Tong Cuong : une belle fresque de famille

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : dimanche 5 mars 2017 18:24 Affichages : 888

Que restait-il Par Serge Bressan - Lagrandeparade.fr/ Après avoir étudié la littérature et les sciences politiques, elle a travaillé pendant une dizaine d’années dans la communication. En 1997, Valérie Tong Cuong publie son premier roman, « Big »- il y aura ensuite « L’Atelier des miracles » ou encore le très remarqué « Pardonnable, impardonnable ». Vingt ans après ses débuts, elle revient à 52 ans avec un onzième roman, « Par amour ». Sur le bandeau qui ceint le livre, l’éditeur interroge : « Que restait-il de solide dans nos vies ? », et en quatrième de couverture, la romancière glisse : « Par amour, n’importe quel être humain peut se surpasser. On tient debout, pour l’autre plus encore que pour soi-même ». Elle confie également : « Il m’a fallu beaucoup de temps car ce sujet vient de très loin. Je le porte en moi depuis longtemps. Je savais ce sujet complexe et émotionnellement difficile ».

En ouverture, Lucie, lundi 10 juin 1940. On est au Havre, on va y rester pendant l’Occupation, jusqu’à la Libération. Sous les bombardements et des Allemands et des Alliés, une famille est confrontée à l’horreur ordinaire de la guerre. Ses membres se raccrochent aux petits bonheurs de cette vie qui, malgré tout, va mais pour se préserver mutuellement, ils vont devoir prendre des décisions aussi définitives que difficiles.
    Longtemps, Valérie Tong Cuong a écrit des « feel good books », des « romans qui font du bien » et jugés légers par certains. Là, avec « Par amour », elle fait un pas de côté, glisse vers un autre registre, tout empli de romanesque. Il y a là aussi du roman choral- explication de l’auteure : « Le point de vue choral permet de montrer qu’il ne faut pas juger. À travers les récits croisés, il s’agit de décrire la position de chacun. Chacun fait ce qu’il peut. La pensée est complexe, oscillant entre intérêt général et intérêt particulier. Là est tout l’enjeu pour moi en tant que romancière ». Dans ce texte quasi symphonique, en premiers violons, Muguette et Emélie, les deux sœurs qui vont devoir quitter leurs maisons pour préserver leurs enfants. A la Libération, retour au Havre, ville dévastée, anéantie ; sur les décombres c’est saleté et puanteur. La question se pose : pour préserver les enfants, faut-il les garder là dans ce décor d’apocalypse ou les laisser aller, « par amour », en Algérie où des familles bienveillantes sont prêtes à les accueillir ? Dans le désastre, sauver ceux qu’on aime… Toutes les pages de « Par amour » sont traversées par la profondeur, par l’émotion- c’est ainsi et non pas autrement que pouvait, que devait être racontée, dans la grande histoire d’une guerre, cette petite histoire d’une famille. C’est ce que, d’une écriture aussi simple que juste, aussi précise que dense, nous offre Valérie Tong Cuong.

Par amour
Auteur : Valérie Tong Cuong
Editions : JC Lattès
Parution : 25 janvier 2017
Prix : 20 euros