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My Absolute Darling : Gabriel Tallent avec bruit et fureur…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : lundi 7 mai 2018 21:56 Affichages : 176

my absolute Par Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Un phénomène. Un livre rare. Une écriture puissante et envoûtante. Des libraires enthousiastes… Après un succès immense dans le monde anglo-saxon, voici en version française « My Absolute Darling »- le premier roman de l’Américain Gabriel Tallent, tout juste 30 ans, et là aussi, ça prend des allures de tornade sur l’édition française. L’auteur confie avoir passé pas moins de huit années sur l’écriture de ce livre. Au final, on a un texte vertigineux de près de 460 pages. En VF, c’est un livre coup de poing qu’on a là. Un livre sombre, noir, violent, voire ultra-violent, dérangeant, perturbant… Pour décor, Tallent a choisi Mendocino, une ville au nord sur la côte californienne, un lieu sauvage et isolé à l’opposé du clinquant du sud de la Californie. « La vieille maison est tapie sur sa colline, avec sa peinture blanche écaillée, ses baies vitrées, ses frêles balustrades en bois envahies de sumac vénéneux et de rosiers grimpants », lit-on en première page. Là, vivent Martin Alveston et sa fille Julia, surnommée Turtle. La mère est morte quelques années plus tôt dans des conditions mystérieuses, le grand-père vit à proximité dans un mobil-home. Jusque là, rien d’exceptionnel. 

Mais ça va s’accélérer. On apprend que Martin est tout aussi abusif que démoniaque, que Turtle est une anti-Lolita aussi soumise que rebelle… Que le grand-père ne partage pas les conceptions éducatives de son fils, qu’Anna la professeure pressent le possible drame, que deux garçons vont ouvrir l’adolescente au monde… Le lecteur est pris sans cesse par une foultitude d’impressions. Parce qu’on a, dans cette histoire d’amour absolu, un père charismatique, proche des « eco warriors » et du mouvement des survivalistes, lecteur autodidacte de philosophie qui prend plaisir à citer Marc-Aurèle et manieur d’armes- un homme qui a appris à sa fille, dès l’âge de 6 ans, le tir au pistolet… un père aussi aux agissements incestueux… Un père bourreau et torturé, une fille soumise et rebelle… Un jour, le père assure à sa fille : « Peut-être que toute chose est en quête de ses limites et fuit son centre pour mourir ». Un autre jour, la fille- adolescente de 14 ans surnommée aussi « Croquette » ou encore « Connasse » par le père, se répète : « Tu n'es qu'une pouffasse » ou encore « une pauvre petite moule illettrée ». Gamine, elle gobait les œufs crus, tirait sur les cibles qui obstruaient les fenêtres de la maison… Un jour, l’élève Turtle va dépasser le maître Martin…
  De toutes les pages de « My Absolute Darling », surgissent le bruit et la fureur. Naviguant dans les mêmes eaux littéraires que David Vann et son « Sukkwan Island » (également publié chez Gallmeister), Gabriel Tallent manie à la perfection l’horrifique, en prenant nombre de tares de l’Amérique contemporaine, en les malaxant- parmi lesquelles la solitude, le repli sur soi, la violence… Faisant part de son enthousiasme pour le livre de Tallent, le grand Stephen King évoque « La Nuit du chasseur », le film culte de Charles Laughton. Oui, il y a des airs de famille mais, avec son premier roman, l’écrivain américain monte la hausse à la puissance « plus » : c’est plus trash, plus réaliste, plus dévastateur… Livre de l’amour absolu, grand roman tragique, « My Absolute Darling » est aussi (et peut-être, surtout) un « roman de formation » féministe avec un but bien précis annoncé par Gabriel Tallent : faire en sorte que « le tort causé aux femmes apparaisse aux yeux du lecteur réel, criant et intolérable ». C’est magnifiquement réussi !

Ce livre est horrible...

Stephen King

Lors de la parution l’an passé de « My Absolute Darling » de Gabriel Tallent, la presse tant américaine que britannique a crié au chef-d’œuvre. Par exemple, le « New York Times » assurait : « Avec son héroïne surprenante et ce portrait sans concession d’une jeune fille violente qui lutte pour sa survie, « My Absolute Darling » sera sans nul doute la révélation de l’année ». Le « Washington Post » fait dans la même veine : « My Absolute Darling est un roman que les lecteurs vont engloutir. Tallent est un nouvel auteur prodigieusement doué », et le magazine « Harper’s Bazaar » n’hésite pas à lancer que c’est « l’un des livres les plus importants que vous lirez cette décennie ». Le « Guardian » londonien manie, lui aussi, l’éloge : « Ce premier roman vous saisit à la gorge. Un livre incandescent avec une héroïne extraordinaire et inoubliable ». Pourtant, dans ce torrent d’éloges et dithyrambes, une voix s’élève au dessus de toutes pour complimenter le premier roman de Gabriel Tallent : oui, c’est le grand, l’immense, le follement prolifique Stephen King « himself » qui fait part de son admiration pour « My Absolute Darling ». Propos du maître : « Il y a des livres qu’on aime assez pour les recommander, mais il y en a très peu dont on se souvient toute sa vie. Sur ma liste à moi, j’ajouterai « My Absolute Darling » de Gabriel Tallent. Turtle Alveston, quatorze ans, est un personnage remarquable, et son père est le monstre humain le plus terriblement crédible à habiter les pages d’un livre depuis Harry Powell dans « La Nuit du chasseur ». Ce livre est horrible, magnifique et exaltant ». C’est un spécialiste qui le dit, faisons-lui confiance !

My Absolute Darling
Auteur : Gabriel Tallent
Editions : Gallmeister
Parution : 1er mars 2018
Prix : 24,40 €