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Une vieille histoire. Nouvelle version : Jonathan Littell, du souffle… et du soufre

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : vendredi 6 avril 2018 21:26 Affichages : 427

LitellPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Il y eut un premier texte, publié en 2012. Une version en deux chapitres, titrée simplement « Une vieille histoire ». « Normalement, une fois un livre publié, c’est terminé pour moi, mais là, il s’est passé quelque chose d’étrange : le livre a continué à produire », confie l’auteur. Qui, dans la foulée, ajoute : « J’ai donc repris le manuscrit original et je l’ai développé pendant plusieurs années… » Et voici donc « Une vieille histoire. Nouvelle version », le deuxième et nouveau roman du Franco-Américain Jonathan Littell, 50 ans, vivant à Barcelone et prix Goncourt 2006 pour son premier roman, « Les Bienveillantes » (près d’un million d’exemplaires vendus, traduit dans presque quarante langues). Littell, le retour… Enfin, façon de parler et d’écrire. S’il a quitté le genre romanesque après son Goncourt, l’auteur n’a pas chômé : quelques essais assez pointus (dont « Le Sec et l’Humide » et « Trois études sur Francis Bacon ») et aussi la réalisation d’un film documentaire sur les enfants- soldats en Ouganda, « Wrong Elements ». 

Tout comme avec « Les Bienveillantes » voilà douze ans, Jonathan Littell fait à nouveau l’événement avec « Une vieille histoire. Nouvelle version ». Par les thèmes abordés. Par la forme romanesque qu’il a choisie. On a là un écrivain qui ne fait pas « classique ». Dans les pages de ce nouveau texte aussi implacable qu’indispensable, en près de quatre cents pages, il y a la famille, le couple, la solitude, le groupe ou encore la guerre dans des lieux, des territoires et des décors comme une maison, une chambre d’hôtel, un studio, une ville ou encore une zone sauvage, là où se jouent depuis toujours les rapports humains. Il y a aussi (ça peut paraitre un artifice littéraire, un procédé technique) un narrateur (homme, femme, hermaphrodite, enfant) qui dit : « Je cherchai mon image dans les longues glaces encadrant le bassin mais n’y décernai que des fragments de corps difficiles à relier entre eux ou à attribuer à une personne donnée »), qui sort d’une piscine, qui se change et qui court dans un couloir gris. Des portes s’ouvrent… La course. Et ça recommence, encore et encore. Variations sur un même thème… Variations parce que ça peut paraître pareil, mais ça ne l’est pas tout à fait, parce que ça permet d’explorer la pulsion quelle qu’en soit la forme…
Evoquant la structure d’« Une vieille histoire. Nouvelle version », Jonathan Littell décodait : « Le texte est composé de sept chapitres, avec cinq territoires explorés à chaque fois et nombre d’éléments récurrents. Il obéit à des calculs mathématiques précis. À chaque fois que je bougeais un élément, les pommes, le chat gris ou l’électricité, les autres éléments bougeaient aussitôt car il existe un fonctionnement en réseau tout autour. Les correspondances verticales se modifient lorsqu’on bouge quelque chose à l’horizontal. C’est de l’esthétique mathématique. J’ai construit les choses du mieux que j’ai pu, comme on construit un objet, pour obtenir certains effets ». Sept variations, pour finalement revenir à la piscine à l’eau bleue, si bleue… Entre temps, le narrateur et l’auteur auront promené le lecteur dans des mondes dérangeants où flottent des airs sentis, respirés dans les mots et les textes de Sade le « divin marquis », de Georges Bataille, de Maurice Blanchot ou encore de Samuel Beckett, et dans certains tableaux de Francis Bacon. Dans ces « variations Littell », il y a du soufre dans l’air. Du souffle, aussi !

Une vieille histoire. Nouvelle version
Auteur : Jonathan Littell
Editions : Gallimard
Parution : 8 mars 2018
Prix : 21 €