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Sous le ciel de l’Altaï : l'intemporelle nature de Li Juan

Écrit par Félix Brun Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : vendredi 30 mars 2018 10:01 Affichages : 170

LI JuanPar Félix Brun - Lagrandeparade.fr/ « Le ciel est sans nuages, le soleil paisiblement suspendu à l’ouest, brille d’une lumière sans chaleur. La lune diaphane baigne dans un ciel étincelant. » L’Altaï, un plateau situé à l’extrême frontière occidentale de la Chine, aux confins de la Mongolie, de la Russie, du Kasakstan. Une contrée façonnée de rudesse, de froidure, de nature sauvage, de torrents capricieux…traversée perpétuelle de troupeaux de moutons transhumants vers les paturages d’estive. Li Juan a vécu son enfance et sa jeunesse avec sa mère, sa grand-mère et sa sœur cadette, tour à tour couturières, marchandes d’articles de première nécéssité ou le superflu et l’inutile, les jouets pour enfants n’existaient pas : "Chez nous, les enfants jouent en général avec des bouteilles d’alcool vides, c’est amusant, parce qu’on peut les remplir, et quand elles sont pleines, on peut les vider. […] leurs jeux ne sont pas différents du travail, sauf qu’ils prennent plaisir à accomplir ces tâches."

La vie sur l’Altaï est sans commune mesure avec la société chinoise, le commerce qui s’y pratique, sans dégager des profits exagérés, est très éloigné du collectivisme et du régime de Pékin. 

C’est un mode de vie très ancien qui a traversé les siècles avec aisance, qui est en accord avec l’environnement, en étroite relation avec lui, si bien qu’il est devenu aussi naturel que la nature elle-même.

Li Juan raconte avec simplicité, authenticité, spontanéité, la vie quotidienne des Kasaks, des Ouigours, de ces peuples nomades au milieu de ces montagnes, oubliés dans ces déserts de modernité, à l’antipode des sociétés urbaines. « Je vis dans un monde merveilleux. Vaste, silencieux, proche, vraiment authentique, et si accessible ! » Altaï signifie les montagnes d’or… ! A travers une quinzaine de récits, Li Juan livre une ode intemporelle à la nature, une tendre passion à cette terre de loess et de poussière, comme figée dans le temps.

Que dire de cette vie qui ne s’arrête jamais et pourtant ne continue pas ?

Avec délicatesse, humour, l’auteure évoque ce déchirement à abandonner le pays de son enfance, de sa solitude : "Ce que je veux dire, c’est que le monde est comme divisé en deux : d’un côté le monde que je vois, que je perçois, et de l’autre, moi, dans ma solitude."
Un très beau recueil, une lecture passionnante.

Sous le soleil de l’Altaï
Auteure : Li Juan
Traduction : traduit du chinois par Stéphane Lévêque
Editions : Philippe Picquier
Parution : 6 avril 2017
Prix : 18€