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Songeant à mon père : 22 nouvelles autobiographiques sur la roue de la vie !

Écrit par Félix Brun Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : jeudi 15 février 2018 20:57 Affichages : 332

YanPar Félix Brun - Lagrandeparade.fr/ Vingt-deux nouvelles autobiographiques aux sens particuliers, vingt-deux témoignages contrits, vingt-deux marques de la souffrance d’un être qui a abandonné les siens, vingt-deux récits qui honorent les humbles. « Songeant à mon père » commence par une question "Qui suis-je ?" ; la réponse de YAN Lianke est nuancée : celui d’où je viens ! Ce sont les vies de ses parents, de sa fratrie, de ses tantes et oncles qui dans leurs situations précaires, miséreuses, maintiennent une relation de solidarité, d’entraide, d’amour. Ce sont les sacrifices de ses sœurs et frères pour contribuer à la guérison de leur "grande sœur"…les charges très lourdes, trop lourdes sous lesquelles plient les enfants pour quelques ridicules pièces pour assurer l’achat des remèdes pour »la grande sœur »…C’est l’aîné qui saute des repas, pour épargner et faire cadeau à son jeune frère d’un vélo bleu…C’est sa mère, qui sacrifie toute son énergie, et son âme au bien-être et au bonheur de sa famille. C’est ce père décharné et élancé, asthmatique à la mort… "C’était un paysan ; le travail était son devoir ; il n’y avait qu’en peinant jour et nuit qu’il se sentait vivant et qu’il trouvait un sens à l’existence ; le labeur lui était un devoir essentiel." Cet homme travailleur, trop travailleur jusqu’à l’épuisement pour que sa famille, la génération qu’il a enfantée, puisse mieux vivre. YAN Lianke veut échapper à cette condition ; à la fin de l’adolescence il s’engage dans l’Armée Populaire de Libération, fuyant ainsi la misère, la faim, mais abandonnant les siens, forme de trahison pour satisfaire son ambition de devenir écrivain.

Je me suis assis pour écrire et je peux, à travers la vie et la mort de mon père, comprendre le monde, regarder en face la vie et la mort, la décadence et la prospérité de toutes choses, l’eau tarie du fleuve, les feuilles mortes, regarder en face, à travers ma propre vie, la disparition et la renaissance, la renaissance et la disparition de tout ce qui vit.

YAN Lianke se sent coupable de cette lâcheté, d’avoir privilégier son rêve, son propre avenir et renoncer à la dévotion filiale, dans un régime maoïste tendant à faire disparaître la cellule familiale et à organiser une agriculture collectiviste en reprenant aux paysans leurs terres. 

Une idée, on peut à tout moment en changer soi-même, ou bien, la modifier en fonction des arguments des autres, tandis qu’un désir égoïste ne peut-être que contenu, sans varier jamais le moins du monde.

« Songeant à mon père » est une reconnaissance émouvante, délicate, empreinte de poésie, une confession pudique et bouleversante ; sans cette fuite YAN Lianke ne serait pas devenu cet immense romancier. Un écrivain dont les publications dérangent et sont souvent censurées et interdites. "Si un homme ne peut même plus prier, alors il ne possède vraiment plus rien au monde." 
Un très grand moment de lecture.

Songeant à mon père
Auteur : YAN Lianke
Traduction : traduit du chinois par Brigitte Guilbaud
Editions : Philippe Picquier