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La symphonie du hasard : Douglas Kennedy et les secrets de famille

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : dimanche 19 novembre 2017 11:15 Affichages : 861

KennedyPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Des mots qui cinglent, qui bousculent, qui interpellent. « Toutes les familles sont des sociétés secrètes. Des royaumes d’intrigues et de guerres intestines, gouvernés par leurs propres lois, leurs propres normes, leurs limites et leurs frontières, à l’extérieur desquelles toutes ces règles paraissent souvent insensées ». Page précédente, on a lu aussi les mots d’André Malraux : « La vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache »… Tout est donc en place, à sa place pour « La symphonie du hasard », la saga de Douglas Kennedy, le plus Français des écrivains américains du moment. Une saga qui comptera trois livres (le deuxième en mars 2018 et le troisième en mai 2018) et dont le premier est arrivé récemment en librairies. L’auteur explique avoir mis dix-huit mois pour écrire la totalité de cette somme qui plonge le lecteur dans l’Amérique des années 1960 et 1970- « C’était une période passionnante, se souvient Douglas Kennedy. Il n’était pas nécessaire d’être riche pour aller à l’université et de s’endetter pour les vingt années suivantes. Nous n’étions pas obligés de penser à notre carrière ». Il dit aussi que c’est la huitième fois (sur treize romans) que l’histoire est contée par une femme- plus précisément, et c’est une première pour lui, par une adolescente, Alice Burns (née la même année que lui, ce qui lui fait dire à la manière d’un Flaubert : « Alice, c’est moi ! »). 

Donc, bienvenue chez les Burns… Alice vit à New York, y est éditrice, va visiter son frère cadet Adam en prison. Hier, il bossait à Wall Street, il y était un de ces jeunes loups à qui rien ne résistait, ne s’opposait ; aujourd’hui, il passe ses jours et ses nuits entre les quatre murs d’une cellule de prison. Alice visite son frère une fois par semaine, et ce jour, il va révéler un secret. Un de ces secrets qui, inévitablement (?), font exploser les relations (sincères ou feintes) qui cimentent une famille- « aux États-Unis, explique Douglas Kennedy, on est obsédé par l’image de la perfection, du bonheur, de l’opulence, etc. Mais cette vie idéale est un grand mensonge, ce vernis impeccable masque de grandes pathologies. Je pense que la famille est le grand défi de notre époque, son reflet aussi. C’est pourquoi, à travers un récit familial truffé de secrets, de trahisons, on aborde la question plus large de la société ». Kennedy n’a pas souhaité écrire un récit autobiographique, mais il concède que sa famille l’a grandement inspiré. Un père qui trimballe un lourd secret, qui lui confiera un jour : « J’ai été agent de la CIA, j’ai été pote avec Augusto Pinochet, j’ai eu une maîtresse au Chili… » ; une mère aussi étincelante qu’éteinte, et lui qui a fui cette famille en filant en Irlande… Dans « La symphonie du hasard », on retrouve ces destins, ces coïncidences- ces matériaux, ce terreau qui emplissent les écrits de Kennedy.
Mais, avec cette « Symphonie du hasard », on a bien la confirmation que l’écrivain, un des auteurs les plus populaires en France mais encore méconnu dans son pays natal, est monté d’un cran dans l’ambition littéraire. Enfin, il écrit un roman-fleuve. Une saga qui va courir sur, au final, environ 1 300 pages. Et ce « Livre 1 » ne conte pas seulement une destinée familiale- en verve, Kennedy plonge la famille Burns dans l’histoire de l’Amérique des sixties et des seventies. Cette époque où le féminisme était balbutiant, où l’homosexualité était tenue pour une maladie mentale, où le racisme était encore l’ordinaire au quotidien, où un président américain faisait poser des micros dans les bureaux du parti adversaire… portés de New York à Dublin en passant par l’Amérique latine, les Burns, comme l’Amérique, c’était un clan. On y est volontaire et ambitieux, on veut la réussite, on est tout habité par les démons, on pense tant et tant au rachat- « la vie parfaite est un mensonge », aime répéter Douglas Kennedy. On sent à la lecture de ce bouillonnant « Livre 1 » de cette saga qu’il ajouterait volontiers, avec sourire, que le hasard est souvent une symphonie !

La symphonie du hasard. Livre 1
Auteur : Douglas Kennedy
Editions : Belfond
Parution : 9 novembre 2017
Prix : 22,90 €