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Douglas Coupland : léger comme l’air, lourd comme le plomb

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : lundi 11 septembre 2017 21:07 Affichages : 369

DouglasPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Inévitablement, on y revient encore et encore. Il suffit de citer le nom de Douglas Coupland, et immédiatement on nous cite « Generation X », son roman paru outre-Atlantique en 1991. Une déflagration dans le monde littéraire à l’époque, un texte devenu culte au fil du temps.

Né à Vancouver en 1961, écrivain mais aussi plasticien et designer de renommée mondiale, Coupland a un jour commenté : « Je n’ai jamais voulu être cet écrivain que je suis devenu, tout du moins je ne veux pas être ce qu’on a fait de moi. Je n’imagine aucunement ce que serait ma vie si j’avais désiré être ce que je suis devenu. Tous ces jeunes gens qui veulent devenir écrivains me désespèrent… » Neuf ans après ce cultissime « GenX », il publiait « Miss Wyoming »- dont la traduction en VF arrive enfin avec la rentrée estivale 2017. Et avec ce texte aussi joyeux que sombre, léger comme l’air et lourd comme le plomb, il propose un pas de côté- même plusieurs pas de côté. Oui, Douglas Coupland n’est pas seulement un auteur générationnel. Il est avant tout un écrivain, qui passe avec agilité d’un genre à un autre, tout en gardant des thèmes récurrents et fondamentaux, tels l’ennui, l’amour (le plus souvent, impossible) et la fin de la morale.

D’emblée, on est transporté à Los Angeles. « Susan Colgate était assise à une table en compagnie de son agent, Adam Norwitz, sur la terrasse en pierre du restaurant Ivy à l’est de Beverly Hills. Susan avait légèrement froid. Un pull en cashmere fauve sur les épaules, elle lançait en douce des miettes de pain aux oiseaux, qui se ruaient sur le sol. Son visage était maquillé à la perfection, ses cheveux coupés à la mode du moment ». Et le romancier de relever : « Une vraie femme de couverture de magazine, qui fixe les clients à la caisse en souriant alors qu’elle est enfermée dans un autre espace-temps… » Ah ! Susan Colgate… Gamine, elle a participé aux concours de mini-Miss, tellement appréciés aux Etats-Unis. Mieux (ou pire ?) : la mère a déménagé toute sa petite famille et rejoint l’Etat du Wyoming, jugeant que sa gamine avait plus de chances d’y être couronnée et qualifiée pour la finale du concours national. Pas de doute- voilà bien le genre d’épreuves qui marquent à jamais une enfant.
La mère voyait sa fille star à Hollywood- la jeune comédienne a fini dans de pitoyables sitcoms tournées au kilomètre pour la télé. Et puis, un jour, elle prend l’avion- en classe éco. L’avion se crashe, elle est la seule survivante et s’enfuit avant que les secours n’arrivent. Road trip pour Susan… L’autre protagoniste de Miss Wyoming s’appelle John Johnson- son job ? producteur de films d’action « à fortes montées d’adrénaline ». Il a testé l’amour sous toutes ses possibilités, consommé toutes les drogues existantes et imaginables, expérimenté la mort clinique à cause d’une mauvaise grippe… Il a décidé de tout larguer, de disparaître pendant quelque temps, quelques années.
Evidemment, et comme c’était prévisible, les routes et destinées de Susan et John-O vont se rejoindre. Chez n’importe quel auteur ordinaire, ce serait grotesque parce que tellement prévisible. Mais avec « Miss Wyoming », on est chez Douglas Coupland et ça change tout. Parce que l’écrivain canadien sait bousculer n’importe quelle thématique. Parce que même une comédie romantique devient un feu d’artifice avec l’auteur de « Generation X »- il n’a pas son pareil pour jouer la satire sociale. A tout coup, il frappe juste. Et le monde du cinéma, version Hollywood, est une de ses cibles préférées. Le road trip version Coupland promet de sacrées secousses- que c’est bon, il suffit d’accrocher sa ceinture !

Miss Wyoming
Auteur : Douglas Coupland
Editions : Au Diable Vauvert
Parution : 31aout 2017
Prix : 20 €