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Personne ne gagne : Jack Black, les mémoires d’un voleur de grand chemin

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : lundi 19 juin 2017 21:10 Affichages : 595

personne ne gagnePar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Prisons, pénitenciers, centres de détention, cachots, régimes au pain sec et à l’eau… Fumeries d’opium, rades à viande saoule, repaires de voleurs, cachettes de mendiants… Voilà pour le décor.

Une route le long de laquelle les crimes sont immédiatement suivis d’une punition, où l’on ne boit pas de bon vin, où l’on pose rarement les yeux sur une femme… Et Jack Black, d’écrire dans les premières pages de « Personne ne gagne » : « Toutes ces choses qui me sont arrivées, je vais les raconter ici. Et je vais les raconter comme je les ai vécues : le sourire aux lèvres ». Le livre est paru en 1926 ; au fil du temps, il est devenu culte- adulé par les stars de la Beat Generation (Jack Kerouac, William S. Burroughs entre autres), et il reparait cet été en une VF préfacée par Thomas Vinau et postfacée par le grand William S. Burroughs himself. « Personne ne gagne » est encore et toujours un grand livre d’aventure(s), écrit par un homme qui, dans l’Amérique au carrefour des 19ème et 20ème siècles, a cheminé pendant trente ans avec des dingues, des paumés, des tricards, des voleurs- et des rebelles, aussi… Personne ne gagne, lu et commenté par le grand Nick Tosches (dont on a apprécié récemment sa dernière livraison, « Sous Tibère »), c’est « un sacrément bon bouquin- ce qui est déjà assez rare-, il contient une vérité intemporelle et lumineuse capable de nous guérir des mensonges empoisonnés de l’existence- ces stupides platitudes de la foi en un soi-disant droit inaliénable à la liberté et au bonheur-, ces choses qui font de nous des gogos et des losers. Ce livre est unique en son genre ». 

Jack Black, né Thomas Callaghan en 1871 dans les parages de Vancouver, a vécu mille vies et une… Dans son histoire, il y a du Dickens- en pire. Il est tout gosse quand sa mère meurt ; avec son père qui ne s’occupe pas vraiment de lui, il vit à l’hôtel. A 11 ans, premier choc de sa vie avec la mort de Jesse James- hors-la-loi américain de légende : dès lors, le gamin décide qu’il est et sera toujours du côté de « tous les fugitifs, hors-la-loi et persécutés de ce bas monde ». Il enchaîne un petit boulot dans un magasin de cigares dont l’arrière-salle a été transformée en tripot par le proprio, un voyage à l’ouest- et là, à 16 ans, il devient Jack Black, voleur, cambrioleur (mais pas gentleman !), « yegg »- ce « chignoleur » maître dans l’art d’ouvrir les coffres-forts. Il passe ses jours et ses nuits dans des trains de marchandises de l'Union Pacifie, fait étape dans des campements pour clodos bouffés par la vermine, fréquente les fumeries d'opium à San Francisco, les bars improbables chez les Mormons à Salt Lake City… « Je laisse aux scientifiques et aux enquêteurs, écrit-il, le soin d'expliquer pourquoi untel devient pasteur alors que son voisin, parti avec les mêmes chances, finit au pénitencier. Ça me dépasse. Je sais que je n'ai jamais eu le sens de l'argent et que je ne l'aurai jamais ».
Maître de la voltige, brigand de grand chemin qui s’en tire toujours par une pirouette, braqueur et taulard, Jack Black a toujours su que « bien sûr, tôt ou tard, on finit toujours par perdre, mais autant ne pas précipiter la chute en se montrant imprudent ou négligent ». En 1906, il fait un faux-pas. Arrêté, il passe devant le juge à qui il balance : « Votre honneur, je garde ma salive pour un tribunal où on ne se moquera pas de moi ». Verdict : vingt-cinq ans à l’ombre dans le pénitencier de San Quentin pour celui qui assurait avoir une éthique de la fauche ». A sa sortie de prison, avec l’aide d’un journaliste, il rejoint le club des écrivains taulards, travaille pour les studios de la MGM, milite pour la réforme du système pénitentiaire. Belle réinsertion… jusqu’à ce jour de 1932 où on le retrouve noyé dans le port de New York- selon une autre version, Thomas Callaghan alias Jack Black a été tué, une balle dans la gorge, par un ancien compagnon de (més)aventure. La preuve qu’au final, c’est inexorable, personne ne gagne… même lui, Jack Black qui confiait : « En y repensant, j’ai l’impression d’avoir été ballotté ici et là, comme une feuille morte fouettée par le vent d’automne jusqu’à ce qu’elle trouve enfin refuge dans un petit coin de clôture ».  

Personne ne gagne
Auteur : Jack Black
Editions : Monsieur Toussaint Louverture
Parution : 1er juin 2017
Prix : 11,50 euros