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On la trouvait plutôt jolie : Michel Bussi entre thriller politique et roman humaniste

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Polars Mis à jour : dimanche 10 décembre 2017 13:11 Affichages : 499

BussiPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Comme pour rappeler d’où il vient, l’auteur dédicace son nouveau roman « aux géographes, amis, collègues qui explorent le monde ». Et immédiatement nous voilà un jour (date non précisée, mais horaire affiché : 6h48) à Port-de-Bouc dans l’autobus 22. Ouverture d’« On la trouvait plutôt jolie », le nouveau roman de Michel Bussi, pour un « jour de peine » : « Silencieuse, la péniche glissait sous l’autobus 22. Leyli, le front collé à la vitre, deux rangées derrière le chauffeur, observait s’éloigner les immenses pyramides de sable blanc charriées par le bateau à fond plat, imaginant qu’on leur volait leur sable, qu’après leur avoir pris tout le reste, on leur prenait aussi la plage, grain après grain… » Michel Bussi, 52 ans, est aujourd’hui écrivain « à plein temps » après avoir été professeur de géographie à l’université de Rouen et directeur de recherche au CNRS- centre national de la recherche scientifique. Surtout, en 2016, il a été, derrière Guillaume Musso, l’auteur le plus vendu en France, reléguant Marc Lévy habitué au duo de tête dans ce classement à la troisième place. Sans tapage, Bussi s’est installé parmi les romanciers à grand succès- il commente : « Il y a un côté assez surréaliste dans le fait d’être lu par des millions de gens, c’est difficile d’y croire. Le rapport à l’histoire est le même que vous soyez lu par cinq mille ou par un million de personnes. Je suis entouré par des gens qui n’ont pas changé, donc ça aide ». 

Récemment, il était à la Foire du Livre à Francfort- les influents de l’édition mondiale aussi, venus de Grande-Bretagne, du Brésil, de Chine, de Bulgarie, de Russie ou encore de Malaisie. Son éditeur italien a décodé le « phénomène Bussi » : « Je n’ai jamais lu quelqu’un qui maîtrise à ce point ses intrigues et ses rebondissements. On a publié trois de ses livres coup sur coup. Et, alors qu’il était quasi inconnu il y a un an, on est déjà en train d’atteindre près de 100 000 exemplaires ! » En Grande-Bretagne, score des ventes : 150 000 ventes. Commentaire de son éditrice allemande : « Avec lui, je n’arrive jamais à deviner la fin ! Et les moments de suspense pur sont beaucoup plus intenses que dans les polars scandinaves, très classiques dans leur dénouement… »
Romancier en vue depuis la parution de « Nymphéas noirs » (2011), Michel Bussi propose une mécanique implacable- c’est ainsi qu’il est devenu le plus brillant auteur français de thriller. Et il joue la carte du récit universel- comme dans « On la trouvait plutôt jolie », un titre emprunté à une chanson (Lily) de Pierre Perret. Ainsi, en quatre-vingt-trois séquences, il déroule un récit pour un « voyage » qui commence dans le désert sahélien, qui s’achève dans la jungle urbaine marseillaise. Un « voyage » qui va durer en quatre jours et trois nuits... Héroïne de ce « voyage » : Leyli (un prénom peul), une jeune femme malienne. Et l’auteur s’est emparé d’un thème furieusement d’actualité depuis quelques années : les migrants. Leur parcours pour rejoindre l’Europe. Les difficultés auxquelles ils sont confrontés dès les frontières passées. Leyli vit à Por-de-Bouc, près de Marseille, dans un appartement minuscule avec ses trois enfants. Petits jobs et enfin, un travail à temps plein. Mais elle trimballe un lourd secret. Michel Bussi sait manier l’art du suspense- aussi renversant que bouleversant. Au fil des pages, sans jamais forcer le trait, il déroule l’histoire de Leyli, de ses enfants. On lit : « Tout le monde possède des rêves, Bamby. Et ce qui compte, ce n'est pas de les réaliser, c'est juste de pouvoir y croire. Qu'il existe une possibilité, une petite chance... » Très vite, comme dans tous épisodes de la série télé Columbo, on connaît l'identité du meurtrier mais on ignore les raisons du meurtre.
Avec « On la trouvait plutôt jolie », Michel Bussi se défend d’avoir écrit un thriller politique, il préfère parler d’un roman humaniste, puisant son « inspiration dans des héros ordinaires. D’ailleurs, ce que j’affectionne le plus, c’est mettre des héros ordinaires dans des lieux ordinaires mais dans des situations extraordinaires. C’est une façon de sublimer le réel ». Et dans une époque où bon nombre d’auteurs écrivent autour de leur nombril, il glisse : « Les lecteurs adorent qu’on raconte des histoires ». L’aurait-on oublié ?

On la trouvait plutôt jolie
Auteur : Michel Bussi
Editions : Presses de la Cité
Parution : 12 octobre 2017
Prix : 21,90 €