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Souvenirs involontaires : Madeleine Chapsal, retours en arrière…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : (Auto)biographie Mis à jour : lundi 25 juin 2018 17:04 Affichages : 188

souvenirsPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Sur son CV, pas moins d’une centaine de livres en quarante-cinq ans -le premier publié en 1973 et titré « Un été sans histoire ». Des romans, beaucoup ; des recueils d’entretiens, dont bon nombre parurent dans « L’Express »… Et puis, à 92 ans, auteure de best-sellers (pas tous inoubliables…) parmi lesquels « La Maison de Jade », Madeleine Chapsal a cédé à la demande en réunissant des pages de vie. C’est « Souvenirs involontaires » - elle écrit : « Il y a longtemps qu’on m’y incite : vous devriez raconter votre vie, elle est passionnante : vous en avez vu des choses et des gens, que ce soit dans le journalisme, la haute couture, la politique, dans le milieu littéraire, en amour ! » A cette demande, elle renvoyait la réponse : j’ai écrit une centaine de livres, je crois l’avoir fait. Et d’ajouter : « J’en ai abattu des sujets, analyser des sentiments ! Que rajouter, comment y revenir ? » Née le 1er septembre 1925 à Paris, elle est la petite-fille de Fernand Chapsal, homme politique français, et fille de Marcelle Chaumont, couturière et première d’atelier de la maison de couture Madeleine Vionnet (qui sera sa marraine). Pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle se retrouve à Megève pour soigner une tuberculose ; elle y rencontre Jean-Jacques Servan-Schreiber dont la famille s’est réfugiée en zone libre pour échapper à l’occupant allemand, ils se marient en 1947.

Avec son mari et Françoise Giroud, elle participe à la création de « L’Express » ; divorce en 1960 mais demeure « amis à vie » avec « JJSS » et quitte l’hebdomadaire en 1978... De la seconde moitié du 20ème siècle, Madeleine Chapsal a vu tant et tant. Il y a eu le Brésil, et aussi Saint-Tropez. Des psychanalystes dont Pontalis, Lacan ou encore Dolto. Des écrivains parmi lesquels Sartre, Céline, Camus, Nimier… Des politiques comme François Mitterrand. Des riches très riches comme Liliane Bettencourt, plus grosse fortune de France pendant des années… Au fil de ses « Souvenirs involontaires », elle aime rappeler des mots. Ceux de François Mauriac : « A mon âge, les vieux chagrins sont devenus d’anciens bonheurs » ou de Marcel Jouhandeau : « A mesure que j’avance, je m’intéresse de plus en plus à ma vie comme à celle d’un autre ».
Toujours, encore maintenant, Madeleine Chapsal n’a rien imaginé d’autre pour sa vie qu’une « totale liberté de penser ». Et ses jours et ses nuits furent illuminés par des soleils doués dans l’art de verser des larmes- de belle façon, ainsi, elle raconte ses amours, ses liaisons dont celle qui, avec l’éditeur Jérôme Lindon, dura dix ans… Dans ses « Souvenirs involontaires », on croise aussi par la magie des mots de l’auteure des phares de la culture du 20ème siècle, parmi lesquels Gaston Bachelard, Georges Bataille, Jorge Luis Borges, André Breton, Michel Leiris, Jacques Prévert, Françoise Sagan, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre… Et surgit LA question : « Mais qu’est-ce qu’écrire, sinon se donner en pâture à cet ogre, le public- vous ! » Et quittant les « Souvenirs involontaires », on est vite rattrapé par Madeleine Chapsal. Parce que, comme peu, elle sait entretenir le tourbillon de la vie…

Souvenirs involontaires
Auteur : Madeleine Chapsal
Editions : Fayard
Parution : 11 juin 2018
Prix : 22 €